img_pub
Rubriques
Tectra Maroc : “Le travail temporaire n’est pas un signe de précarité, c’est un tremplin pour les carrières”
Claudia Gaudiau-Franciso, directrice de Tectra.

Tectra Maroc : “Le travail temporaire n’est pas un signe de précarité, c’est un tremplin pour les carrières”

Le 7 novembre 2025 à 11h02

Depuis plus de 20 ans au Maroc, Tectra accompagne entreprises et intérimaires, avec pour objectif de professionnaliser le marché de l’emploi temporaire et de dynamiser l’économie. Claudia Gaudiau-Francisco, directrice de Tectra, revient sur le rôle stratégique de l’intérim, les initiatives de formation et d’insertion des jeunes et les perspectives de développement au Maroc et en Afrique.

Médias24 : Pouvez-vous nous présenter votre entreprise Tectra ?

Claudia Gaudiau-Francisco : Tectra, une société familiale qui est implantée au Maroc depuis 2002, créée par mon père qui travaillait déjà dans le milieu du travail temporaire en France. Aujourd'hui, nous avons 30 agences réparties à travers le territoire. Nous sommes installés également en Afrique, au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Sénégal et au Cameroun. Nous sommes présents dans toutes les régions du Maroc, de Tanger en passant par Marrakech, Kénitra, Rabat et en allant jusqu'à Dakhla et Laâyoune également, et nous avons à peu près 400 collaborateurs et environ 44.000 intérimaires sur le territoire marocain.

- Quel rôle joue Tectra dans l'économie marocaine et comment l'intérim dynamise-t-il le marché de l'emploi formel ?

Le travail temporaire est aujourd’hui un outil permettant de mesurer la santé économique d’un pays, et ce pour tous les pays du monde. Il sert de curseur pour savoir si l’on se situe dans les chiffres ou non. Cependant, il a l’avantage de pouvoir être mesuré mensuellement, voire même hebdomadairement, et non pas seulement annuellement. Cela offre au pays quelques repères et points d’ancrage pour évaluer si l’économie fonctionne ou non.

En général, lors d’une crise, le travail temporaire est malheureusement le premier secteur à être impacté. Par exemple, pendant la pandémie de Covid-19 au Maroc, lorsque le confinement a été annoncé et que les entreprises ont cessé leurs activités, Tectra a dû suspendre 13 000 postes en une seule fois. En revanche, dès la reprise des activités, nous avons été parmi les premiers à remettre en place du personnel afin de relancer rapidement l’activité.

Ainsi, en termes de curseur et d’outil, le travail temporaire est réellement exceptionnel. Il permet notamment de formaliser l’informel. Soyons pragmatiques : il reste encore une part d’informel, notamment au sein des petites entreprises et des TPE/PME, ce qui est compréhensible.

Cependant, avec la trajectoire actuelle du Maroc et la réalisation de grands projets internationaux, il est essentiel de s’inscrire dans une démarche internationale, capable de répondre à des appels d’offres internationaux et d’accueillir des entreprises étrangères. Dans ce contexte, la trajectoire que suit le pays est la bonne, et elle est actuellement en cours de consolidation.

- Quelles initiatives met en place Tectra pour garantir de bonnes conditions de travail et renforcer son engagement social et sociétal ?

C’est mon combat quotidien de faire en sorte que le travail temporaire soit considéré comme un tremplin, et non comme un signe de précarité. Au contraire, nous sommes là pour défendre les droits de nos intérimaires et les accompagner dans leur carrière. Comme je le mentionnais tout à l’heure, être intérimaire peut aussi être un choix : il leur suffit simplement de changer d’entreprise utilisatrice ou de mission.

Notre rôle, en tant qu’entreprise de travail temporaire, est de leur proposer le meilleur : leur garantir une couverture d’assurance – ce qui est le cas pour tous –, leur verser leurs droits et un salaire conforme à la loi, et leur faire signer un contrat de travail en règle. C’est ce à quoi nous nous efforçons quotidiennement.

Nous développons également une autre approche chez Tectra : sensibiliser les entreprises utilisatrices. Cette sensibilisation signifie que lorsque nous mettons un intérimaire sur un chantier, nous devons garantir, en tant qu’entreprise de travail temporaire, les conditions de sécurité dans lesquelles il travaille. Pour cela, nous réalisons des audits chez nos clients, vérifions que tout est conforme et les accompagnons dans la mise en place de bonnes pratiques.

Nous sensibilisons aussi les intérimaires, en leur expliquant ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire, et en les informant des conditions spécifiques à chaque entreprise utilisatrice. Ces conditions varient selon le secteur : elles ne sont pas les mêmes dans le BTP et dans l’agroalimentaire, par exemple. Pour cela, nous nous appuyons sur notre service ISO-RSE, actif dans tout le Maroc, afin de nous assurer que l’adaptation est correcte et que les standards sont respectés.

- Face aux grands évènements sportifs à venir, quels effets anticipez-vous sur le marché de l'emploi et comment Tectra se prépare-t-elle à accompagner ces dynamiques ?

Aujourd’hui, il est essentiel d’être accompagné et encadré. Nous avons d’ailleurs formulé des propositions d’amendement auprès de notre ministère de tutelle et de la CGEM, qui nous ont reçus. Nous avons rencontré la commission sociale, et nous sommes très heureux d’avoir été écoutés. Cela nous conforte dans l’idée que le travail temporaire peut devenir un véritable outil et un tremplin pour l’accompagnement des entreprises et des travailleurs.

Notre premier rôle est d’accompagner les entreprises en croissance. Par exemple, lorsqu’une nouvelle ligne de production est mise en place, nous pouvons déployer des travailleurs temporaires. Cela permet de définir les modes opératoires et de structurer le fonctionnement des équipes. La cerise sur le gâteau, c’est que ce dispositif peut ensuite aboutir à des contrats à durée indéterminée, offrant ainsi aux intérimaires la possibilité d’intégrer durablement l’entreprise avec laquelle ils ont travaillé plusieurs mois.

Nous nous inscrivons également dans une démarche d’anticipation des grands événements, comme la Coupe du Monde ou la CAN, en identifiant et en formant les jeunes talents. L’emploi, dans sa globalité, reste un sujet majeur, et il est aujourd’hui difficile de trouver des jeunes suffisamment formés. Pour y remédier, nous avons noué des partenariats avec des associations et des centres de formation privés. Notre rôle est ensuite de prendre ces personnes formées et de leur proposer des contrats qui leur permettent de mettre en pratique leurs compétences.

Certains secteurs, comme le BTP, la logistique ou l’hôtellerie, rencontrent des problématiques de sourcing particulièrement importantes. De nombreux acteurs tentent de pallier ces manques, mais la demande reste très forte. Nous avons également des projets à venir sur ce volet, dont je pourrai vous parler ultérieurement.

- Quels sont selon vous les secteurs qui offrent le plus d’opportunités pour l’intérim et le recrutement dans les prochaines années au Maroc ?

On observe aujourd’hui une véritable recrudescence de la demande, notamment dans les secteurs du BTP, de la construction et des grandes infrastructures. Dans ces grands chantiers, nous avons un rôle important à jouer et nous sommes pleinement présents.

Comme je le mentionnais précédemment, le secteur hôtelier connaît également une forte croissance. Il est donc essentiel d’accompagner les jeunes dans leur formation afin qu’ils soient rapidement opérationnels et prêts à occuper des postes avec efficacité.

L’agroalimentaire est un autre secteur clé où l’utilisation de travailleurs temporaires est en forte hausse. De même, les grands chantiers industriels, notamment dans l’automobile et l’aéronautique, continuent d’être des moteurs importants de l’économie du pays. Une nouvelle filière industrielle émerge également : l’industrie du rail. Avec les nombreux contrats signés dans ce domaine, le rail représente de grandes opportunités et un secteur en pleine expansion, dans lequel il faudra être opérationnel rapidement.

- Quelle est aujourd’hui la feuille de route de Tectra pour consolider sa position au Maroc et accélérer son développement en Afrique ?

La feuille de route de Tectra est, avant tout, de garder le cap. C’est sans doute l’aspect le plus difficile aujourd’hui : rester au niveau des attentes, face à toutes les opportunités qui se présentent, ainsi qu’aux exigences de nos clients. Il ne faut pas oublier que le premier client d’une entreprise de travail temporaire, ce sont les intérimaires eux-mêmes. Leur satisfaction est essentielle, car elle reflète directement la qualité du service que nous leur proposons en tant qu’employeur.

Notre trajectoire, comme je le disais, est de rester au plus près de nos interlocuteurs et de favoriser la proximité. Cela fait 23 ans que nous fonctionnons ainsi. Aujourd’hui, il est peut-être nécessaire de renforcer encore cette proximité sur le terrain, auprès de nos clients et de nos intérimaires, pour mieux comprendre leurs attentes et travailler de manière plus ciblée. C’est là l’essence de la feuille de route de Tectra.

Concernant l’Afrique, nous continuons également notre développement. Pour avancer sur ce marché, nous avons suivi nos clients marocains, en limitant les risques tout en assurant un fonctionnement efficace. Là encore, la proximité et l’écoute restent au cœur de notre stratégie, afin de répondre aux besoins et de servir au mieux nos intérêts et ceux de nos partenaires.

- Tectra met en avant la formation, l’insertion des jeunes et la promotion de l’inclusion. Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d’initiatives menées et de leurs résultats ?

Les exemples concrets de notre engagement sont nombreux. Nous avons d’abord signé des partenariats avec plusieurs associations qui œuvrent dans la formation. Parmi elles, l’association Bab Bryan, qui forme des jeunes aux métiers de l’hôtellerie. Nous avons conclu une convention avec sa présidente afin de permettre à ces jeunes de suivre une formation qualifiante, puis d’accéder directement à un emploi. C’est un modèle vertueux : le jeune est accompagné de A à Z, il se forme, acquiert une expertise, puis trouve un poste. Cela fonctionne très bien, même si, pour l’instant, ces initiatives restent à petite échelle face à l’ampleur des besoins.

Nous collaborons également avec d’autres acteurs, comme Nafas, la SFB, et plusieurs entreprises privées de formation, notamment dans le secteur hôtelier. Dans la région de Marrakech, où nous disposons d’un portefeuille important, nous avons même mis en place des programmes de formation directement chez nos clients, afin de répondre aux besoins immédiats en expertise.

Chez Tectra, nous sommes convaincus que fournir simplement du personnel n’a pas de réelle valeur ajoutée. En revanche, proposer du personnel qualifié, prêt à être opérationnel immédiatement, en a une véritable. C’est pourquoi nous réfléchissons actuellement à la création de l’Académie Tectra. Ce projet, encore en phase de conception, vise à proposer des formations certifiantes, reconnues par le monde professionnel.

Notre objectif n’est pas de créer des cursus diplômants – trop lourds administrativement – mais des parcours rapides, efficaces et concrets, qui permettent aux jeunes d’être formés, soutenus et accompagnés vers l’emploi. Nous envisageons de bâtir cette académie en partenariat avec le ministère, la CGEM, les fédérations professionnelles et d’autres acteurs du secteur. Mettre en place une telle structure n’est pas compliqué : il suffit de se réunir, de partager les idées et de formaliser les partenariats. C’est la trajectoire que nous souhaitons suivre dans les prochains mois.

Le 7 novembre 2025 à 11h02

RENDEZ-VOUS PARTENAIRES

by

Plus d’articles

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité