Vaccination: Une nouvelle étude pourrait mener à un changement de stratégie au Maroc
Une étude scientifique en pré-print dans The Lancet annonce que le vaccin AstraZeneca est efficace à 76% après la première dose et que la seconde dose peut être délivrée 3 mois plus tard. Si cette nouvelle est confirmée, le Maroc pourrait changer sa stratégie vaccinale ce qui permettrait de surcroît de contourner la rareté du vaccin et l'incertitude sur les délais de livraison.
Le Maroc va-t-il changer sa stratégie vaccinale et utiliser les quelques millions de doses qu'il a reçues ou s'apprête à recevoir, entièrement en "premières doses". Ce qui signifie que beaucoup plus de Marocains seront rapidement immunisés.
Face à la rareté du vaccin et à l'incertitude qui caractérise les dates de livraisons, le Maroc avait conçu une stratégie évolutive qui s'adapte au contexte global tout en maintenant son objectif de vacciner 80% de la population âgée de plus de 17 ans.
Le vaccin est une denrée rare. Les approvisionnements partout dans le monde se font au compte-gouttes. Le Maroc ne fait pas exception. Jusqu'à présent, il a reçu 2,5 millions de doses, une quantité qui lui a permis de démarrer sa campagne de vaccination.
Pour quand la prochaine livraison ? Une question à laquelle aucun responsable ne s'aventure à répondre tant les dates peuvent changer à la dernière minute.
Des sources bien informées ont assuré à Médias24 qu'une seconde livraison des deux laboratoires est imminente. L'on s'attend à recevoir dans les prochains jours 4,5 millions de doses de Astrazeneca et 700.000 doses de Sinopharm. Ce qui permettra de vacciner 2,6 millions de personnes en plus des 1,25 million dont l'opération de vaccination a démarré grâce à la première livraison.
Selon ces données, le Maroc pourra vacciner sur le court terme 3,85 millions de personnes seulement, car la stratégie adoptée par la Royaume est de verrouiller la seconde dose aux personnes ayant reçu la première.
Nous sommes encore bien loin des 20 à 25 millions de personnes à vacciner en trois mois.
Une seule dose du vaccin Astrazeneca donne une immunité à 76%
Une récente étude faisant l'objet d'une pré-publication sur la revue The Lancet (les prépublications sont des documents de recherche à un stade précoce qui n'ont pas été évalués par les pairs, ndlr) apporte, peut-être, une lueur d'espoir aux gouvernements.
Cette étude porte sur "l'administration d'une dose unique et l'influence du moment choisi pour la dose de rappel sur l'immunogénicité et l'efficacité du vaccin ChAdOx1 nCoV-19 (AZD1222) [NDLR: vaccin AstraZeneca Oxford]". Elle fournit une analyse groupée des essais de ChAdOx1 nCoV-19 et des analyses exploratoires de l'impact sur l'immunogénicité et l'efficacité de l'allongement de l'intervalle entre les deux doses. Elle montre aussi l'immunogénicité et la protection offertes par la première dose, avant qu'une dose de rappel ne soit administrée.
Elle conclut que "les programmes de vaccination ChAdOx1 nCoV-19 visant à vacciner une grande partie de la population par une dose unique, avec une deuxième dose administrée après une période de 3 mois est une stratégie efficace pour réduire la maladie, et peut-être la meilleure option pour le déploiement du vaccin à grand échelle lorsque les stocks sont limités à court terme". Appliquée au Maroc, cette stratégie permettrait de vacciner dans l'immédiat 7,7 millions de personnes, en leur apportant la deuxième dose mois plus tard.
Ces conclusions ont été avancées sur la base de résultats montrant une efficacité de 76% qui se maintient du 22ème jour au 90ème jour après l'administration d'une dose standard unique du vaccin.
Après la deuxième dose, l'efficacité du vaccin monte à 82,4% (l'intervalle de 3 mois étant utilisé au Royaume-Uni entre la première et la seconde dose).
"L'efficacité du vaccin après une dose standard unique était de 76% (59%, 86%) du jour 22 au jour 90 après la vaccination. L'analyse modélisée a indiqué que la protection n'a pas diminué pendant cette période initiale de 3 mois. De même, les taux d'anticorps ont été maintenus pendant cette période avec une diminution minimale au jour 90. (...) Après la deuxième dose, l'efficacité était plus élevée avec un intervalle de rappel initial plus long", peut-on lire sur la publication.
"Le plus important à retenir c'est que ce vaccin apporte 76% de protection après une première dose et qu'il n'y a aucun patient hospitalisé dans le groupe des vaccinés", commente Pr Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech.
"C'est une étude sérieuse et les résultats qu'elle apporte sont extrêmement rassurants", nous explique-t-il.
Le scientifique, un élément parmi d'autres
Le Maroc doit-il changer de stratégie de vaccination en optant pour l'administration de l'ensemble des doses reçues (2,5 + 4,5 + 0,7 millions) en tant que première dose et attendre les livraisons ultérieures pour administrer la seconde trois mois après la première ?
Avoir une efficacité à 82% pour 3,85 millions de personnes vaccinées vaut-il mieux d'une efficacité à 76% pour 7,7 millions de personnes vaccinées ?
"Si les résultats de cette étude sont confirmés, et qu'une seule dose apporte une efficacité à 76%, cela veut dire qu'on pourra entamer dans le futur la discussion sur le besoin d'une deuxième dose. Il y a aussi d'autres études qui sont actuellement menées et dont on attend les résultats. Ces études analysent si les personnes qui ont déjà contracté le virus doivent prendre une ou deux doses du vaccin", avance Pr El Adib.
"Scientifiquement, les résultats sont là. C'est rassurant de savoir qu'un vaccin est sûr et efficace à une seule dose, mais le régulateur prend les décisions en matière de stratégie de vaccination en se basant sur plein d'autres facteurs comme le volet logistique et l'approvisionnement par exemple", poursuit notre interlocuteur.
"Il faut aussi prendre en compte les contrats signés par le Maroc notamment avec Sinopharm qui comprend un volet relatif au transfert de technologie. C'est important pour notre pays de se doter de cette technologie et de commencer à produire des vaccins pour le Maroc mais aussi pour l'Afrique", conclut Pr El Adib.
Le Maroc adopte une stratégie de vaccination évolutive
Le Comité de stratégie de vaccination prendra-t-il en compte ces nouvelles données ? "Le monde est en train de tester à grande échelle ces vaccins notamment en ce qui concerne leur efficacité. Les résultats préliminaires de cette étude ne sont pas encore totalement confirmés. Il faut attendre la confirmation. Pour le moment il estr en effet probable qu’une seule dose suffit", nous répond un membre du Comité.
"Au Maroc, nous avons choisi de n’entamer la vaccination des citoyennes et des citoyens que lorsqu’on est sûr d’avoir les deux doses. Pour les personnes qui ont déjà reçu la première dose, leur deuxième dose est déjà stockée", poursuit notre source.
"A l’heure actuelle nous maintenons cette stratégie de vaccination à deux doses puisque nous disposons du vaccin. Et il y a une programmation de livraisons futures", avance notre interlocuteur.
Le ministre a assuré dans une récente sortie médiatique que des livraisons sont, en effet, prévues au cours des mois de février, mars et avril prochains.
Avec ce rythme de livraison et l'incertitude des dates d'approvisionnement, l'objectif de vacciner 25 millions de personnes en trois mois semble compromis.
"Notre stratégie est univoque tout en étant adaptative et évolutive. Nous voulons vacciner 80% de la population de plus de 17 ans. L'adaptation se fait en fonction de plusieurs paramètres. L’efficacité et la sécurité des vaccins est une constante de base. Ensuite, il y a d'autres facteurs comme les nouveaux résultats scientifiques confirmés, la programmation des livraisons, les prix,…"ajoute-elle.
"Si demain, il est confirmé qu’une seule dose du vaccin est suffisante pour 3 mois, c’est une bonne nouvelle. On s’adapte. Dans sa stratégie adaptative, le Maroc peut aussi autoriser de nouveaux vaccins, qui vont apparaître, en fonction de leur sécurité, efficacité et leur disponibilité", conclut-elle.
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