Les experts du Forum économique mondial appellent aux réformes dans les pays de la zone Mena
Réformes structurelles et davantage d'intégration sont les deux recommandations essentielles de la rencontre tenue en Jordanie.
Le Forum économique mondial sur la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) s’est tenu du 24 au 26 mai sur les rives de la Mer morte en Jordanie. Plus de 900 des plus grands leaders mondiaux issus des gouvernements, de l’industrie, des médias, de la société civile et de la jeunesse se sont réunis pour faire progresser le dialogue et les actions tant sur les priorités immédiates que sur les défis du long terme. Ils appellent les pays aux réformes structurelles et à plus d’intégration.
La région dispose d’atouts considérables : une population jeune et désireuse de prendre part au développement économique, des ressources énergétiques importantes et certaines des économies les plus dynamiques du monde. Mais elle a des défis à relever pour réussir sa transition. Elle doit s’attaquer au chômage des jeunes, favoriser un processus de décision plus inclusif et intensifier la coopération régionale pour ramener la paix et promouvoir le développement.
Lutter contre le chômage des jeunes
Le constat est accablant : en moyenne dans la région, plus de 30% des jeunes sont sans emploi. Depuis 2011, les attentes des jeunes ont été exacerbées. Bien que la question du chômage des jeunes soit en tête des priorités des gouvernements de la région, le problème est complexe car il a plusieurs dimensions telles que les obstacles à l’entrepreneuriat, les compétences et l’inadéquation de la formation, l’absence de politique éducative et le manque de financements disponibles.
Selon les estimations, la région devra ainsi créer 75 millions d’emplois dans les dix ans à venir pour pouvoir exploiter le potentiel que constitue sa jeunesse. Mais pour ce faire, les pays de la région devront investir de façon productive dans leurs infrastructures, promouvoir une croissance de l’entrepreneuriat tirée par les jeunes et mener à bien les réformes institutionnelles urgentes.
Favoriser un processus de décision plus inclusif
Bien que les évènements du Printemps arabe n’aient pas eu la même intensité dans tous les pays de la région, la revendication des peuples est la même : plus d’autonomisation et d’inclusion sociale, politique et économique.
Citoyens et gouvernements doivent maintenant dépasser les clivages pour parvenir à un consensus national autour des difficiles mais nécessaires réformes, renforcer la capacité des institutions à absorber les chocs et trouver le juste équilibre entre d’une part les besoins sociaux et d’autres part la contrainte budgétaire et macroéconomique de court terme. Car comme l’a souligné John McCain, sénateur de l’Arizona, « la partie la plus difficile dans une révolution n’est pas de faire la révolution, mais de mettre en œuvre ses objectifs».
Intensifier la coopération régionale pour promouvoir la paix et le développement
Selon Francis Maude, secrétaire d'État au Secrétariat du conseil des ministres britannique, «le commerce est le meilleur antidote au conflit. En général, les peuples qui commercent ensemble ne se battent pas les uns contre les autres».
Mais alors que la région abrite certaines des économies les plus dynamiques au niveau mondial, le commerce intra-régional ne représente que 9% des échanges de la région. Or, compte tenu de l’atonie de la croissance des partenaires commerciaux traditionnels, il devient urgent de développer les échanges intra-régionaux pour protéger les économies en transition et gommer les disparités régionales.
Les perspectives économiques, diplomatiques et sécuritaires de la région ont été modifiées suite à l’onde de choc du printemps arabe. La région a donc besoin plus que jamais d’institutionnaliser le cadre de sa coopération et du soutien de la communauté internationale.
Le cas des pays importateurs de pétrole
Répondant à Reuters en marge des réunions du forum, Ahmed Masood, Directeur de la région Mena au FMI a attiré l’attention sur les pays de la région importateurs de pétrole, dont le Maroc.
Il a souligné l’épineuse situation dans laquelle se trouvent ces pays qui doivent faire face au double choc de l’alourdissement de leur facture d’importation suite à l’augmentation des prix des produits alimentaires et énergétiques et du ralentissement économique mondial, tout cela dans un contexte de désaffection populaire croissante, deux ans après le Printemps arabe.
Il a réitéré pourtant l’urgence d’entreprendre les réformes nécessaires, notamment en ce qui concerne la décompensation, malgré les difficultés actuelles. Il est pour lui urgent d’intensifier la réduction de ces subventions qui détournent des fonds que l’ont pourrait consacrer à stimuler la croissance.
«Au milieu d’une transition économique et politique, il est encore plus difficile d’entreprendre les réformes nécessaires pour réduire les déséquilibres budgétaires ou essayer de prendre des mesures pour protéger vos réserves. Mais la plupart des pays n’ont pas la possibilité d’ajourner ces réformes plus longtemps» a-t-il dit, compte tenu de la faiblesse de leur niveau de réserves de change.
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