img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire

La région Casablanca-Settat vient de clôturer sa première levée obligataire, une opération inédite pour une région. La levée est d'un montant d'un milliard de dirhams sur le marché des capitaux, dont 400 millions apportés par la Banque européenne (BERD). Le président de la région, Abdellatif Maazouz, revient sur les coulisses de cette opération, ses fondements financiers et les projets qu'elle est appelée à financer.

Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire
Par
Le 25 avril 2026 à 13h02 | Modifié 25 avril 2026 à 20h35

Un milliard de dirhams, dix ans, sans garantie de l'État. La région Casablanca-Settat a finalisé fin mars 2026 la première émission obligataire d'une région marocaine, avec la BERD comme co-financeur à hauteur de 40%. Une opération pilote qui ouvre, selon son président Abdellatif Maazouz, la voie à un nouveau modèle de financement territorial.

L'opération trouve son origine dans le Programme de développement régional (PDR), dont le montant total s'élève à 47 MMDH, avec une contribution de la région estimée à environ 13 MMDH. "Dès le départ, la dette était admise et nécessaire pour boucler, sachant que ce sont des projets d'investissement", explique Abdellatif Maazouz.

C'est en mars 2024 que le conseil régional a approuvé le principe du recours à l'emprunt obligataire. L'autorisation des ministères de l'Intérieur et des Finances est intervenue en décembre 2025, et l'opération a été finalisée fin mars 2026. "Entre le moment où on a exprimé ce besoin de manière insistante et l'obtention du visa, ça a pris trois ou quatre semaines, pas plus", précise-t-il.

Le moment de la levée a été délibérément choisi. "On ne voulait pas lever des fonds qui vont rester oisifs. On a attendu que les décaissements soient effectifs". La baisse du taux directeur de 50 points de base depuis le vote initial a également été mise à profit.

Un assainissement financier préalable comme argument clé

Avant de se présenter sur le marché, la région a procédé à un travail d'assainissement de ses finances pour réduire son taux d'endettement. "Entre octobre 2021 et aujourd'hui, on a soit annulé, soit remboursé un peu d'un milliard de dirhams de dettes".

La région se présente ainsi comme la moins endettée du Royaume. Rapporté aux recettes annuelles de 1,6 MMDH, le remboursement annuel en capital, soit 100 millions de dirhams sur dix ans, représente 1/16. "C'est rassurant. Il n'y a pas photo pour un investisseur", commente le président.

L'opération a été structurée avec un consortium de trois banques (CDG, Banque Populaire et Attijariwafa bank) et a fait l'objet d'une due diligence de plusieurs semaines portant sur les comptes, les projets et les ressources de la région.

40% apportés par la BERD

La participation de la BERD à hauteur de 400 MDH, soit 40% du montant total, confère une dimension internationale à l'opération. Pour Maazouz, cela tient à trois facteurs d'attractivité : "Une dimension développement économique très importante, avec des plateformes d'activités industrielles et logistiques qui vont générer de la richesse, de l'emploi, et des recettes pour la région" ; une "dimension humaine", avec des projets de développement rural, d'accès à l'eau potable et à l'électricité ; et, enfin, "la durabilité", à travers des projets liés à la préservation de la ressource en eau et à l'assainissement.

Il n'y a, en revanche, aucune garantie de l'État derrière l'emprunt. "La garantie, c'est la crédibilité de la région. On n'a pas signé d'hypothèque. À partir du moment où vous signez un engagement, ça devient prioritaire avant toute dépense".

Un financement budgétaire, pas un projet précis

Le milliard levé, dans le cadre de cet emprunt désintermédié, n'est pas fléché vers un projet unique. "C'est un financement budgétaire, pas un financement lié à un projet. Nous avons un portefeuille de projets en cours. Le financement permettra de faire face aux flux de trésorerie de dépenses déjà programmées".

À ce jour, la région a engagé 10 MMDH dans le cadre de son PDR, dont 7 MMDH déjà décaissés et 3 MMDH disponibles. Le milliard levé ne représente donc que 10% de l'effort total.

"Il y a encore trois autres milliards qu'on peut lever. Nous avons une convention avec l'AFD sur un milliard. La Banque mondiale nous propose un autre milliard", confie le président de la région.

Parmi les chantiers financés figure le programme Région verte. Maazouz en illustre la portée par deux exemples concrets. Le premier concerne la décharge de Médiouna. "Ce qui était un point noir est devenu une colline verte. On est à presque 75% d'avancement". Le modèle de traitement a également évolué, passant d'un système d'enfouissement à un modèle de recyclage avec incinération produisant de l'énergie injectée dans le réseau public, pour un investissement de 16 MMDH.

Le second axe porte sur les eaux usées : deux stations de traitement et de réutilisation ont été ouvertes, permettant d'irriguer les espaces verts sans recourir à l'eau potable. D'autres stations sont prévues à Mohammédia et à Berrechid.

La mobilité non polluante constitue le troisième pilier, avec notamment le projet de RER, doté d'un budget de 16 MMDH. "L'idée, c'est qu'il y ait un modèle de transport public non polluant, avec accessibilité financière et temporelle du citoyen".

Enfin, des stations d'observation de la qualité de l'air ont été déployées dans la région. "Entre 2023 et 2025, ce qu'on appelle les points rouges ont disparu".

Une opération pilote pour les autres régions

Casablanca-Settat est la première région marocaine à recourir au marché des capitaux. La commune d'Agadir avait été pionnière pour les collectivités territoriales, mais dans des modalités différentes.

Maazouz appelle désormais à généraliser la démarche, sous condition. "Il faut de la maturité financière, dans le sens d'abord de compétence. Notre administration a appris, learning by doing. Il faut aussi que la situation financière le permette".

Sur la question de l'autonomie régionale, il relativise les délais d'approbation administrative. "C'est une question d'apprentissage. Quand on n'avait pas besoin d'argent tout de suite, on a laissé les choses se faire". Et il conclut sur une conviction : "L'argent n'a jamais été un problème pour des projets qui sont bien ficelés et bien portés".

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 25 avril 2026 à 13h02

à lire aussi

Les Forces spéciales marocaines participent à l’exercice multinational Flintlock 26
Defense

Article : Les Forces spéciales marocaines participent à l’exercice multinational Flintlock 26

Les Forces d’opérations spéciales marocaines ont pris part à Flintlock 26 en Côte d’Ivoire, exercice annuel d’AFRICOM réunissant plus de 30 pays pour renforcer la préparation opérationnelle, la lutte antiterroriste et la coopération transfrontalière.

Santé : 300 jeunes formés dans le cadre du programme PEPS
Communication d'entreprise

Article : Santé : 300 jeunes formés dans le cadre du programme PEPS

Les lauréats du programme PEPS ont reçu leurs attestations, marquant l’aboutissement d’un parcours de formation orienté vers les métiers de la santé. Porté par EFE-Maroc et le groupe Akdital, ce dispositif, lancé en 2025, affiche déjà des résultats concrets avec 300 jeunes formés et plus de la moitié insérés dans les cliniques du groupe.

Le Maroc condamne l’attaque armée survenue à Washington en présence de Donald Trump
Quoi de neuf

Article : Le Maroc condamne l’attaque armée survenue à Washington en présence de Donald Trump

Le Maroc a condamné l’attaque armée ayant visé une réception organisée à Washington en présence du président des États-Unis, Donald Trump, a indiqué une source du ministère des Affaires étrangères, citée par l’agence officielle MAP.

Youssef Allakouch élu nouveau secrétaire général de l'UGTM
Quoi de neuf

Article : Youssef Allakouch élu nouveau secrétaire général de l'UGTM

Élu à l’unanimité lors d’un congrès extraordinaire à Salé, Youssef Allakouch prend la tête de l’Union générale des travailleurs du Maroc, succédant à Naam Miyara.

Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
ECONOMIE

Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite

Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.

Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
ECONOMIE

Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages

Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité