Turquie: Erdogan va rencontrer les manifestants, qui ne désarment pas
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a fait un premier geste concret lundi 10 juin pour désamorcer la grave crise qui secoue depuis onze jours la Turquie en acceptant de recevoir, mercredi 12 juin, des représentants des manifestants qui exigent sa démission.
Au soir d'une nouvelle journée de mobilisation à Istanbul et Ankara notamment, le chef du gouvernement a surpris en faisant annoncer sa première entrevue avec ceux qu'il présentait encore la veille comme des «extrémistes» ou des «pillards». «Notre Premier ministre a donné rendez-vous à certains des groupes qui organisent ces manifestations. Je crois qu'il en rencontrera certains mercredi», a déclaré le vice-Premier ministre Bülent Arinç à l'issue du conseil des ministres. «Ils seront informés des faits et notre Premier ministre écoutera ce qu'ils ont à dire», a poursuivi M. Arinç sans préciser le nom de ces groupes. Sitôt annoncée cette ouverture, le porte-parole a adopté à nouveau un ton plus ferme en indiquant que «les manifestations illégales ne (seraient) plus tolérées en Turquie», sans fournir de plus amples détails. «Nous vivons dans un Etat de droit», a-t-il dit.
Après un week-end marqué par des manifestations record dans plusieurs grandes villes du pays aux cris de «Tayyip, démission!», plusieurs milliers de personnes se sont encore retrouvées lundi soir à Istanbul, autour de la place Taksim, et au centre d'Ankara, la capitale, les deux principaux foyers de la contestation. «Nous viendrons ici tous les jours après le travail. Ceci ne s'arrêtera pas», a promis Can, un responsable commercial de 30 ans, rencontré par l'AFP près du parc Gezi, dont la destruction annoncée a donné le coup d'envoi à la fronde le 31 mai. «Nous sommes ici parce qu'il (le gouvernement) veut changer la façon dont nous vivons. Tout devient plus religieux, moins démocratique», a-t-il déploré, «ils nous traitent d'ivrognes, de marginaux, parce que nous ne sommes pas du même camp».
Le président Abdullah Gül a promulgué lundi soir une loi très controversée, véritable pied de nez aux manifestants, qui limite la vente et la consommation d'alcool. De nombreux contestataires en ont fait le symbole de la dérive autoritaire et de la volonté de M. Erdogan de vouloir «islamiser» la société turque.
Tensions
Dimanche, M. Erdogan avait nettement durci le ton face à la contestation. Tout au long de la journée, il a occupé le terrain médiatique en haranguant à six reprises des milliers de partisans sur un ton de plus en plus comminatoire. «Ceux qui ne respectent pas le parti au pouvoir dans ce pays en paieront le prix», a lancé le dirigeant turc à Ankara devant une foule chauffée à blanc. «Si vous continuez comme ça, j'utiliserai le langage que vous comprenez parce que ma patience a des limites».
Sûr du soutien d'une majorité de Turcs, le Premier ministre a demandé à plusieurs reprises à ses partisans de «donner une leçon» de démocratie aux manifestants aux prochaines élections municipales de 2014. En 2011, son Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, avait recueilli 50% des suffrages. En mars dernier, le dernier sondage du Pew Research Center créditait le Premier ministre de 62% d'opinions favorables. Cette stratégie a fait craindre des dérapages entre les manifestants et ses partisans. Des accrochages entre les deux camps, jusque-là limités, ont été signalés la semaine dernière, notamment à Rize (nord-est), le village d'origine de la famille d'Erdogan sur les bords de la mer Noire et à Adana (sud).
En réaction aux événements et au ton employé par le chef du gouvernement, la Bourse d'Istanbul a clôturé lundi 10 juin, une nouvelle fois en baisse (-2,48%), avant l'annonce de la rencontre entre M. Erdogan et des représentants de la contestation. «Ce refus apparent de faire baisser la tension n'est pas bon pour les marchés, il pourrait même générer encore davantage de spéculation contre les marchés turcs», a averti Deniz Ciçek, analyste à la Finansbank. L'AKP a d'ores et déjà prévu d'organiser deux réunions publiques de masse samedi prochain à Ankara et le lendemain à Istanbul, officiellement pour lancer sa campagne pour les élections municipales de l'an prochain. Malgré les craintes émises par certains pays, les organisateurs de la 17ème édition des Jeux méditerranéens, prévus du 20 au 30 juin prochain à Mersin (sud) ont annoncé lundi qu'ils auraient lieu normalement, en dépit de l'agitation politique actuelle.
à lire aussi
Article : Prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie (DGM): - Températures en hausse avec temps […]
Article : Dette hybride. Au-delà de la levée, le modèle et les contraintes d’OCP
Derrière le succès de son émission obligataire hybride d’avril 2026, le groupe OCP révèle une équation financière complexe. Entre montée de la fiscalité, politique de dividendes, investissements massifs dans la transition verte et dans des activités hors cœur de métier, le champion des phosphates doit désormais arbitrer dans un environnement compliqué.
Article : Un nouveau “dictionnaire critique” pour relire le Maroc colonial
Un ouvrage collectif dirigé par l’anthropologue marocain Hassan Rachik propose une relecture de la période coloniale à travers un format original de dictionnaire, réunissant une vingtaine de chercheurs marocains, français et espagnols.
Article : Sahara: despite Algiers’ efforts, Washington’s position remains unchanged
On the sidelines of the Antalya Diplomacy Forum in Turkey, Algeria’s foreign minister and the U.S. president’s senior advisor for Arab and African affairs discussed several regional issues, including the Sahara. Yet behind the carefully worded Algerian statement, Washington’s support for Morocco’s territorial integrity remains clear and unchanged. Since December 2020, that position has taken on the weight of state continuity, suggesting it will endure regardless of political turnover in Washington or diplomatic initiatives from Algiers.
Article : Santé animale : Biopharma et le Tchad passent à la phase opérationnelle de leur partenariat
La société pharmaceutique marocaine Biopharma a signé à N’Djamena une feuille de route de coopération avec l’Institut tchadien de recherche en élevage pour le développement (IRED), dans le cadre du renforcement de la coopération maroco-tchadienne dans le domaine de la santé animale.
Article : Casablanca : les autorités démentent auprès de Médias24 une rumeur sur une fermeture des commerces à 23 heures à Anfa
Les autorités ont démenti, auprès de Médias24, l’existence d’une décision imposant la fermeture des commerces, cafés et restaurants à 23 heures dans le ressort de la préfecture d’arrondissements de Casablanca-Anfa, après la circulation d’informations en ce sens sur certains sites et réseaux sociaux.