Affaire ONDA : de nouveaux témoins à la barre
La cour d’appel de Casablanca ne s’est toujours pas prononcée sur la liberté provisoire d’Abdelhanine Benallou, l’ex-DG de l’ONDA. Le procureur général devrait présenter son plaidoyer le 20 juin prochain.
Les audiences à la cour d’appel de Casablanca se poursuivent et se ressemblent. La séance de ce jeudi 13 juin a connu l’audition de deux témoins appelés à la barre par le tribunal. MM. Ouazzani et Tazi, respectivement l’ancien directeur financier de l’ONDA et le responsable au sein du département des ressources humaines se sont prêtés aux questionnaires des juges.
A l’issue des deux premières heures de cette audience, les avocats de défense se disent satisfaits des déclarations des témoins. « Les déplacements annoncés comme fictifs sont réels. D’ailleurs, Abdelhanine Benallou était présent durant toutes les visites effectuées par le souverain sur les sites des différents aéroports du Maroc », précise à cet effet, Me Zakaria Louski, l’un des avocats de la défense.
De plus, le premier témoin de la séance, Chérif Ouazani, l’ex directeur financier de l’Office a apporté d’autres éléments. Il précise que « si l’on comptabilisait réellement les frais de déplacement de l’ex-DG, la somme des 9.200 DH par mois fixée par la convention de 2003 paraphée par le ministre des Finances, devait être doublée ».
Les explications de Me Louski : « il est formellement établi que M. Benallou se rendait à Rabat, au minimum deux fois par semaine. Selon le barème établi par le ministère des Finances, chaque déplacement correspond 1.200 DH d’indemnités. Alors lorsque le témoin déclare de lui-même que le montant de base des 9.200 DH par mois devait être triplé afin de couvrir les frais de mission du DG, tout est dit ».
Focalisation dur les déplacements
Les juges de la cour d’appel de Casablanca se sont énormément focalisé sur les déplacements de Benallou à l’intérieur du pays et à l’étranger. Ils ont notamment cherché à savoir comment établir la véracité de ces déplacements. A ceci, l’ex-directeur financier de l’Office réplique : « il ne fait pas parti de mes prérogatives de rechercher les preuves de ces déplacements. Les justificatifs résultent de l’agenda du directeur général ou encore des PV des réunions et des rencontres. Et c’est aux ministères de tutelle de se pencher sur cette question ».
Autre point ayant vivement intéressé les juges : les cadeaux offerts par l’ex-direction générale aux partenaires de l’Office. « C’est prévu dans une clause du budget de l’Office. Lorsque je recevais un dossier, mon travail consistait à vérifier les pièces, comme les bons de commande, les factures et vérifier les caractéristiques du cadeau avec les indications inscrites sur ces documents », a indiqué à ce sujet, Chérif Ouazzani, ancien directeur financier de l’ONDA. Objection de Me Louski : « Monsieur le juge, nous vous avons remis une clé USB comprenant la liste des bénéficiaires de ces cadeaux. C’est du l’harcèlement de témoin ! »
Ce n’est pas pour autant que le débat à ce sujet a pris fin. Le procureur avec une virulence inouïe revient à la charge. Le témoin rétorque avec un calme infaillible : « cela ne rentre pas dans mes compétences ».
La procédure n'a pas changé depuis 30 ans
Abdelhanine Benallou demande la parole, elle lui est accordée. Il résume ainsi la situation : « il existe un barème des déplacements, où il est nulle question d’apporter des preuves et des justificatifs. Personne au sein de l’Office, n’est compétent pour les demander. Concernant les cadeaux, le rapport de la cour des comptes ne remet pas en cause le fait qu’ils aient été destinés à des partenaires… » Le juge l’interrompe signalant que seuls ses avocats sont habilités à en parler. Sur ce, Me Louski précise : « il clairement établi que depuis 1981, la même procédure des barèmes est appliquée pour les trois anciens directeurs généraux ».
Le deuxième témoin passe à la barre, M. Tazi, occupait un poste de responsable de l’installation du système informatique au sein du département des ressources humaines. « J’étais l’interface entre le département et le prestataire devant mettre en place la plateforme informatique », explique-t-il à la cour. A en croire le témoin, il se contentait de procéder à l’authentification des diplômes des employés de l’Office et de veiller à la mise en place du nouveau système informatique du département RH.
A cet instant, Abderrahim Boultaleb fait intrusion dans le débat, l’ex-directeur des ressources humaines, poursuivi en état de liberté. Il brandit un document, il s’agit du tableau des départs volontaires à daté de 2005, dont se serait occupé M. Tazi. Il précise tout d’abord, qu’à sa prise de fonction, il lui aurait été conseillé par la direction générale d’éviter tout rapport poussé avec le dénommé Tazi. Chose par la suite niée par Abdelhanine Benallou.
« Il y a eu des erreurs dans le calcul de l’IGR dans l’appréciation des indemnités des départs volontaires. Il en résultait un manque à gagner pour le Trésor publique de 11 millions de DH », explique M. Boutaleb. Selon lui, il aurait informé d’abord M. Tazi et ensuite le DG. Ce dernier lui en aurait voulu d’avoir découvert cela. Chose niée également par M. Benallou. « Je n’étais pas au courant, je suis surpris », a commenté pour sa part M. Tazi.
L’audition de M. Tazi s’est poursuivi jusqu’à 19 heures. L’audience fixée pour le 20 juin prochain verra certainement le plaidoyer du procureur général.
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