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ECONOMIE

Santé : l’accablant constat de la Banque Mondiale

Au début du mois, la Banque mondiale a mis en ligne sa nouvelle stratégie pour les secteurs de la santé des pays de la région MENA. Le constat est accablant, et le Maroc ne fait pas exception.

Santé : l’accablant constat de la Banque Mondiale
Mélanie Xuereb
Le 10 juillet 2013 à 16h45 | Modifié 10 juillet 2013 à 16h45

Pourquoi une stratégie pour les secteurs de la santé dans la région MENA ?

Etant donné le contexte économique actuel, les systèmes de santé de ces pays doivent faire face aux défis suivants :

-  l’amélioration de l’espérance de vie, qui a augmenté de 25 ans en moyenne dans la région sur les 50 dernières années ;

-  la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ;

-  le fardeau croissant des maladies non transmissibles (MNT) : tabagisme, obésité, cholestérolémie et hypertension artérielle ;

-  La combinaison sous-nutrition/obésité : le Maroc est particulièrement montré du doigt pour la sous-nutrition infantile avec de graves conséquences en matière de développement cognitif dans la petite enfance qui peuvent affecter la productivité et le revenu à l’âge adulte ;

-  Des inégalités devant la santé liées au revenu, en particulier pour la santé des enfants. Pour le Maroc, si on constate une quasi égalité en matière de vaccination, en revanche, les inégalités de revenus ont une incidence forte sur le retard de croissance, la mortalité infantile et les accouchements médicalement assistés ;

-  Une population jeune particulièrement exposée, notamment en ce qui concerne le tabagisme et les accidents de la route. En matière de tabagisme des jeunes, avec une prévalence inférieure à 20% chez les hommes et à 10% chez les femmes, le Maroc se classe 3ème dans la région, derrière l’Iran et la Syrie ;

-  Les femmes sont particulièrement affectées par le diabète, les maladies cardiovasculaires et la dépression, du fait notamment de régimes alimentaires inappropriés et du manque d’exercice ;

-  Un faible niveau de dépenses publiques dans la santé en particulier au regard du niveau de richesse, avec des conséquences en matière d’accès et de qualité des soins. Le Maroc consacre ainsi moins de 10% de son budget à la santé (données 2010), alors que la Jordanie approche les 20%.

-  Une part élevée des dépenses de santé reste à la charge des ménages ce qui conduit à un appauvrissement de ceux-ci et un renoncement à certains soins. Au Maroc, environ 50% des dépenses de santé restent à la charge des ménages, soit une des parts les plus fortes de la région, juste derrière le Yémen, l’Iran, l’Egypte et la Syrie, sachant que ces trois derniers pays ont un niveau de revenu par habitant supérieur ;

-  Un faible niveau de satisfaction des patients vis-à-vis des soins en raison de files d’attente, de l’absence de professionnels ou du manque de confidentialité ;

-  Des lacunes en matière de traitement des maladies chroniques, d’éducation à la santé ou des habitudes de prescription ;

-  Le manque de suivi évaluation des performances de santé ;

-  La concentration des personnels de santé en zones urbaines et le manque de généralistes ;

Comment rendre les systèmes de santé plus équitables et plus redevables ?

L’amélioration de l’équité dans les systèmes de santé passe par l’introduction des notions de justice et d’efficacité ainsi que par un bon ciblage des populations les plus vulnérables, que la vulnérabilité soit liée au revenu, au lieu de résidence, au genre ou à l’âge.

Pour renforcer l’équité dans les résultats, il faut intensifier les efforts dans la lutte contre les maladies de la pauvreté, dans la santé maternelle et infantile des groupes les plus vulnérables, dans la sécurité routière, dans la lutte contre le tabagisme chez les jeunes et intégrer la dimension du genre dans la lutte contre les MNT.

Pour renforcer l’équité dans le financement du système, il faut accroitre la couverture sociale pour les plus vulnérables, notamment les travailleurs de l’informel et réduire la part des dépenses de santé à la charge des ménages, notamment par la mise en place de mesures telles que les transferts d’argent conditionnels. Pour renforcer l’équité dans la réactivité du système, il faut améliorer la formation, la réglementation – par la création d’une Charte du patient ou de mécanismes de réclamation – et le retour d’expérience en procédant à des études de satisfaction.

En ce qui concerne la redevabilité, elle fait appel à trois acteurs du système de santé : l’utilisateur, le fournisseur et le payeur. Elle est compromise par l’asymétrie d’information et la divergence d’intérêt et de motivation entre les 3 acteurs. La transparence est donc le socle de la bonne gouvernance du système de santé. Cette transparence de l’information sanitaire passe par une surveillance épidémiologique permettant de détecter les maladies émergentes, une surveillance routinière des performances du système, un suivi des dépenses de santé et des études d’impacts pour mesurer l’efficacité du système.

L’amélioration de la redevabilité envers les populations passe par une information transparente et des mécanismes de réparation, leur sensibilisation par la mise en place d’une Charte des Droits des patients, la promotion de la responsabilité sociale par la mise en place de fiches de retour, la définition d’un panier de soins minimum pour les plus vulnérables, etc. L’amélioration de la redevabilité des payeurs passe par la promotion de la prévention et des soins primaires, la réforme de la politique du médicament –en luttant contre la contrefaçon ou en encourageant le recours aux génériques – et la réduction de la fragmentation des systèmes de santé. L’amélioration de la redevabilité des fournisseurs passe par la mise en place d’incitations, la planification des besoins en matière de ressources humaines et la formation des professionnels de santé en matière de MNT.

Mais pour garantir l’équité et la redevabilité du système de santé sur le long terme alors que les pressions vont s’accroitre du fait de la croissance des MNT, il faut créer un espace budgétaire qui pérennise le financement du système tout en privilégiant la prévention et en priorisant les dépenses, en particulier celles destinées aux plus vulnérables. La continuité du cadre politique et institutionnel est également nécessaire.

La mise en œuvre de la stratégie

La Banque mondiale mettra en œuvre sa stratégie en trois phases :

-  Phase 1 : s’engager avec les pays sur des objectifs stratégiques (mai-décembre 2013) ;

-  Phase 2 : développer des plans d’actions multisectoriels (janvier-juin 2014) ;

-  Phase 3 : mettre en œuvre les recommandations (juin 2014 à juin 2018).

Médias24 suivra l’avancée de la mise en œuvre de cette stratégie pour le Maroc.

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Mélanie Xuereb
Le 10 juillet 2013 à 16h45

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