Production d’électroménager: Fagor lâche prise, Siera temporise
La fermeture de l’usine de Fagor révèle au grand jour la fragilité du modèle économique des deux fabricants locaux. Confronté à la concurrence asiatique et turque, Fagor a cédé aux chants des sirènes de l’importation. Siera attend pour voir.
C’est la traversée du désert pour les entreprises de fabrication du matériel électroménager au Maroc. Fagor et Manar (fabricant de Siera), ces deux entités qui, jusque-là, tenaient la dragée haute aux importateurs d’électroménager en provenance de Chine, Thaïlande, Turquie… sont dans une mauvaise passe. Mais face à la crise, elles ont réagi différemment.
Mardi 24 septembre, Fagor annonce officiellement la «suspension» de sa ligne de production de réfrigérateurs et sa reconversion dans l’importation. Cette activité représentait 10% de son chiffre d’affaires global estimé à 310 MDH en 2012.
Dans la foulée, un plan social est lancé. Il aura pour résultat de passer de 100 employés à 30 seulement, tous dans les services commercial, marketing et financier.
«Il est clairement établi qu’il s’agit plus d’une fermeture que d’une suspension. D’ailleurs, dans la profession, les bruits couraient depuis quelque temps déjà, prédisant la mauvaise nouvelle», commente d’emblée un connaisseur du secteur.
Le monde rural courtisé
Du côté de Fagor, le ton est catégorique. « Rien n’est figé. Tout dépendra de l’évolution de la conjoncture économique. Pour nous, il s’agit bel et bien d’une suspension. Aujourd’hui, nous manquons de souffle pour maintenir l’activité. Mais personne ne sait de quoi demain sera fait», réplique une responsable autorisée de Fagor.
De sources internes, le nouveau directeur général, en poste depuis 3 ans, était venu avec l’idée d’investir dans l’outil de production, mais il s’est confronté à la réalité d’un marché inondé par des produits asiatiques, d’entrée de gamme, défiant toute concurrence. La crise économique qui sévit en Espagne n’a pas non plus arrangé les choses.
«Nous ne connaissons que très bien le marché marocain. Le besoin en réfrigérateurs d’entrée de gamme demeure important, notamment en milieu rural, grâce au programme d’électrification. Mais pour y percer, il faut maîtriser les coûts. C’est ce que nous essayons de faire», ajoute la même source.
Afin d’y arriver, Fagor ira chercher des fournisseurs bon prix là où ils se trouvent: en Chine, en Pologne, en Turquie ou ailleurs. «Ils doivent, par ailleurs, être capables de respecter nos exigences et notre cahier des charges», tient à préciser la même source.
Siera s’accroche
Manar refuse, quant à elle, de déposer les armes, et continue à croire en un avenir meilleur.
«Suivant les directives de l’Etat, Manar, comme beaucoup d’entreprises marocaines, s’est préparée à l’entrée en vigueur de l’accord de libre échange avec l’Union européenne. Nous croyions la bataille gagnée. Sauf que, dans la foulée, le Maroc a conclu une multitude d’accords avec d’autres pays. Ils ne sont d’aucun intérêt économique pour le Maroc. Pire encore, ils détruisent l’industrie locale», s’indigne Abdeljalil Lahlou, DG.
Et d’ajouter : «nos produits sont très compétitifs sur des marchés qui adoptent une bonne gouvernance. Mais là où des Etats subventionnent de grands groupes à l’export et les protègent à l’import, nous sommes bien entendu hors compétition».
Il ne manque pas de pousser un grand coup de gueule montrant du doigt les pratiques douteuses adoptées par certains importateurs multi-produits allant du blanc au brun en passant par la téléphonie. S’agirait-il de la sous-facturation ? «C’est encore plus élaboré. Ils jouent sur les prix de transfert en minorant les prix des produits sur lesquels ils paient des droits de douane importants, tels les réfrigérateurs, et en compensant sur les autres produits où l’imposition est minime, voire inexistante, comme la téléphonie. Il s’agit d’un jeu d’écriture nocif pour l’économie marocaine. Je ne comprends pas pourquoi l’Etat continue à ménager de tels rouleaux compresseurs», ajoute la même source.
Si la situation perdure, cette entreprise, la soixantaine approchée, n’est pas sûre de pouvoir tenir le coup. Cela dépend du degré de nocivité des importateurs. N’aimant pas faire des vagues, ni réveiller les soupçons, ils dosent, privilégiant une approche destructrice dans le temps».
Dans ces circonstances, un deuxième plan social n’est pas écarté. Le premier du genre a eu lieu, il y a plus d’une année, touchant quelque 200 employés. Les effectifs sont ainsi passés de 700 à 500 salariés.
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