Nouveau gouvernement : l’attentisme devient insoutenable
Cinq mois à l’affût de la moindre information relative au remaniement gouvernemental. Une situation qui favorise toutes les spéculations. Un attentisme déjà connu au Maroc, devenu insoutenable tant pour les politiques, les opérateurs que le citoyen. La question qui se pose : à quoi doit-on ce blackout ?
Du côté des partis de la majorité gouvernementale, la situation n’en est que plus inextricable.
Nabil Benabdellah, secrétaire général du PPS déclare que «cet attentisme est intolérable ». Difficile de croire qu’il ne soit pas dans la confidence.
En tous les cas, le discours de son parti va dans ce sens. Les propos de l’un de ses lieutenants, Karim Taj, responsable du pôle communication au sein du PPS abondent dans la même direction. «Il n’y rien d’officiel. Nous attendons qu’Abdelilah Benkirane prenne contact avec Nabil Benabdellah. Nous savons que les négociations sont terminées. C’est maintenant au chef du Gouvernement de revenir vers les partis de la majorité, le Mouvement Populaire et le Parti du progrès et du socialisme. Notre position au sein du parti est claire. Il faut débloquer la situation le plus tôt possible. L’attentisme qui règne n’apporte rien de positif, que ce soit par rapport à l’opinion publique qu’auprès de nos partenaires étrangers », confie-t-il en substance.
Il poursuit en illustrant ses dires : « le gouvernement vient de prendre la décision relative à l’indexation des prix du carburant. Alors qu’il pouvait la prendre dans le cadre d’une réforme globale comprenant la caisse de compensation et la réforme fiscale. Mais il n’avait pas le choix. Il ne pouvait plus attendre, il devait absolument prendre cette décision ».
Interpellé sur l’état d’esprit des ministres istqlaliens sur le départ, il témoigne : « c’est un autre paradoxe. Les ministres sortants qui demeurent opérationnels. Ils poursuivent la mise en œuvre de leurs stratégies. Des lois sont adoptées et alimentent le circuit législatif. Mais attaquer les grandes réformes nécessite un climat sain ».
Direction l’opposition. Pour le compte du PAM, Mehdi Bensaid, député parlementaire du parti renvoie la balle à Abdelillah Benkirane. Les commentaires : « en tant que parti de l’opposition, nous sommes dans l’attente. Nous espérons que l’annonce se fera avant l’ouverture de la prochaine session parlementaire. Une situation qui nuit au pays aussi bien sur le plan national qu’international ».
Il ne manque pas de souligner par ailleurs : «selon le denier communiqué du RNI, nous savons que la liste des ministres est actuellement entre les mains d’Abdelilah Benkirane. C’est au niveau du PJD que cela bloque. Les instances du parti n’ont pas encore tranché sur certains noms, Benkirane n’arrive pas à satisfaire tout le monde».
Et puis avec une pointe de défaitisme, il se fait docte : «au fait, nous avons l’habitude d’un gouvernement qui n’arrive pas à trancher. Mais, au-delà de l’intérêt pour l’opposition et pour le gouvernement, il en va de l’intérêt de la nation ».
Pour démêler cet imbroglio, vite un expert ! Aziz Chahir, politologue et enseignant Science Po à l’Université internationale de Rabat. D’emblée, il plante le décor : « je ne parlerais pas de paralysie. Si l’on se penche sur l’histoire du Maroc, il existe des antécédents, déjà à l’époque des technocrates du gouvernent de l’alternance, le pays a vécu des situations similaires. Cela est très singulier». Ceci pour le rappel historique.
Quelles sont les explications pour aujourd’hui ? «Il n’y a pas de volonté de la part des partis politiques d’élever le niveau et de se mettre au rythme notamment des conséquences du Printemps Arabe. Cela dénote aussi d’une démission de certains partis politiques qui font dans la politique politicienne», analyse-t-il.
Et d’ajouter: «ce n’est pas l’intérêt général qui prime, mais le clanisme. Résultat des courses : le citoyen marocain est réduit à subir cette mascarade ! Il faut souligner également l’absence de la société civile, qui devrait mettre la pression». Tout le monde en prend pour son grade.
Pour approfondir davantage son argumentation, il s’explique : « je ne suis pas le seul à le relever, à travers des rencontres avec des observateurs tant marocains qu’étrangers, revient toujours le sceau de la confidentialité qui entoure toutes les grandes décisions politiques du pays. Pour revenir au gouvernement Youssoufi, ce dernier avait prêté serment sur le Coran… La constitution du Parti du développement et de la justice, le PJD, avec Abdeslam El Khatib, s’est aussi faite en silence… La création de l’IRCAM également. On concocte une affaire politique et on en informe ensuite le public et les médias ».
En guise de conclusion, il affirme : «je peux attester que c’est un modus operandi, une réelle identité culturelle. Et cela se passe ainsi , c’est une culture qui dure depuis le 19ème siècle. La classe politique se refuse au changement malgré la dynamique insufflée par le nouveau règne. Qu’elle comprenne que la démarche transactionnelle est révolue ! La situation trouve son fondement dans la question de la responsabilité politique, il s’agit d’emprunter la voix institutionnelle ».
Alors, c’est pour quand le gouvernement Benkirane II ?
à lire aussi
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.