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Algérie-Maroc : pourquoi tant de haine?

La décision de rappeler l’ambassadeur marocain en consultation occupe le devant de l’actualité dans les deux pays et suscite de nombreux commentaires à l’échelle internationale.  

Algérie-Maroc : pourquoi tant de haine?
H.M & Ilham Mountaj
Le 31 octobre 2013 à 18h07 | Modifié 11 avril 2021 à 2h35

Lorsqu’on suit l’actualité algérienne, on est extrêmement étonné de voir la part que prend le Maroc dans le contenu des médias ainsi que l’énergie que déploie la diplomatie. Le Maroc est un sujet à part entière dans la vie algérienne. Il y a comme une fixation.

 

Les étranges articles-fiction de la presse. Régulièrement, des titres algériens, entre autres sur le net, publient des articles dont on a du mal à comprendre la finalité. Certains articles déforment des informations existantes: par exemple, le dernier rapport du FMI qui était très positif puisqu’il maintenait la facilité octroyée au Maroc, est devenu un rapport incendiaire qui déclare le Maroc en faillite.

Mais il y a pire que la déformation des faits : il y a le fait d’en inventer. Par exemple, ce portail qui explique que le Maroc souhaite envahir l’Algérie à cause de la famine qui sévit dans le royaume et que donc, il a lancé une campagne pour octroyer la nationalité marocaine aux Algériens.

Plusieurs titres se sont spécialisés dans les articles hostiles au Maroc, commentant négativement la moindre information, en inventant d’autres le cas échéant. Difficile de croire à des initiatives spontanées de ces journaux. Certains jours, la démarche prend les allures d’une campagne d’incitation à la haine de tout ce qui est marocain.

Pourquoi tant de haine?, s’interrogent les Marocains.

Un témoignage qui explique bien le présent a été publié par Médias 24, il y a plusieurs semaines.

Depuis l’indépendance de l’Algérie, la seule continuité qui marque la politique algérienne est l’hostilité à l’égard du Maroc. Hormis la parenthèse Boudiaf.

Les pouvoirs algériens successifs ont vendu à leur opinion publique, avec un succès limité, l’idée que le Maroc a des visées expansionnistes à l’égard du pays et qu’il constitue une menace pour ce pays.

Les relations économiques quant à elles, souffrent de la fermeture des frontières terrestres. Les échanges commerciaux n’atteignent pas des niveaux significatifs, les importations marocaines atteignant parfois comme en 2011 ou en 2012, le milliard de dollars ou le dépassant. Mais guère plus.

En 2013, les touristes algériens ont été bien plus nombreux à visiter le Maroc que par le passé.  Les liaisons aériennes affichaient souvent complet.

La rupture des relations diplomatiques, une éventualité. En rappelant son ambassadeur en consultations, le Maroc signifie à l’Algérie qu’une ligne rouge a été franchie et qu’il n’hésitera pas à aller à la rupture des relations diplomatiques.

Dr Mohamed Taj-Eddine Houssaini: L’Algérie essaye de faire du Maroc son ennemi

Pour Mohamed Taj-Eddine Houssaini , avocat et professeur de droit international à l’université Mohammed V de Rabat, «la décision du Maroc de rappeler son ambassadeur à Alger est une décision normale dans les relations diplomatiques entre deux pays qui ont des problèmes. Bien sûr, le Maroc ne considère pas cette décision comme une rupture dans les relations bilatérales.»

Le discours provocateur de Abdelaziz Bouteflika a été prononcé dans une conjoncture caractérisée par une certaine amélioration des relations entre le Maroc et l’Algérie après l’échange de visites de délégations entre les deux pays,  par la visite de Christopher Ross dans les provinces du Sud et par la prochaine visite au Maroc du secrétaire d’Etat américain John Kerry, le 7 et 8 novembre, rappelle M. Houssaini.

Plus tôt, les visites échangées avant les élections législatives algériennes de mai 2012 avaient donné une lueur d’espoir d’amélioration des relations bilatérales. Un ministre algérien avait même parlé d’une imminente ouverture des frontières. «Au lieu de s’améliorer, les relations se sont maintenant dégradées. Le FLN continue de dominer la place politique : le régime a fait marche arrière», constate M. Houssaini.    

Oui mais pourquoi ?

«L’Algérie essaye de faire du Maroc son ennemi. Notre pays constitue un problème pour le régime et non pour le citoyen. La preuve en est la fermeture des frontières. C’est un problème à la fois historique, socioculturel et psychologique» (les liens d’Abdelaziz Bouteflika avec le Maroc).   

La stratégie algérienne se prolonge sur le terrain militaire. Le pays vient de signer une convention de plus de 7 milliards de dollars avec les Russes. «Il ne faut pas oublier que 13% des exportations d’armes russes dans le monde sont destinées à l’Algérie. A quoi cela va-t-il servir ? Certainement pas à combattre le terrorisme !»  accuse notre interlocuteur.

Quand cela va-t-il changer ?

«Même si le président change, la politique de l’Algérie vers le Maroc ne va pas changer. Si, éventuellement, un président veut créer un changement il sera assassiné à l’exemple de Mohamed Boudiaf, qui a voulu apporter des changements, y compris en ce qui concerne l’affaire du Sahara marocain, mais il a fini par être assassiné».

Effectivement, l’impression qui est donnée depuis quelques décennies, c’est que  à chaque fois que les relations se décrispent et qu’un dégel est annoncé, des attitudes provocatrices arrivent à point nommé pour pousser le Maroc à réagir.

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H.M & Ilham Mountaj
Le 31 octobre 2013 à 18h07

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