A bâtons rompus avec Abdelouahed Fassi
Abdelouahed Fassi, candidat malheureux au Secrétariat général de l’Istiqlal face à Hamid Chabat, chef de file des opposants à la nouvelle direction et accessoirement fils du zaïm Allal Al Fassi, nous livre un point de vue franc et sans concession sur l'actualité.
C’est dans les salons privés d’un café de Rabat que nous rencontrons cet homme discret qui fuitplus que quiconque les lumières des projecteurs. Conciliant et affable, il n’élude aucune de nos questions en évitant la langue de bois. Notre tour d’horizon des questions d’actualité est marqué par son calme olympien et une franchise peu commune chez nos politiques.
Le discours du roi à l’occasion du 38ème anniversaire de la Marche Verte a été le point de départ d’un long entretien consacré aux bouleversements politiques que connaît le Maroc depuis quelques mois. Il souligne que l’allocution royale du 6 novembre est tombée à point nommé après celle de l’ouverture du parlement qu’il jugeait pessimiste sur l’affaire du Sahara. Le souverain a eu raison de remettre les choses dans leur contexte en étant ferme et diplomate à la fois. Cette mise au point s’imposait face aux écarts de langage des dirigeants algériens qui alternent le chaud et le froid.
L’animosité et l’accalmie constituent les deux mamelles de l’histoire tumultueuse des relations maroco-algériennes. Il constate avec dépit que dès que notre voisin de l’Est traverse des périodes difficiles ou électorales, l’Algérie contourne ses problèmes en prenant le Maroc pour cible et bouc-émissaire.
Drapeau algérien : il faut sanctionner sévèrement
Il émet cependant un bémol en précisant que les problèmes de voisinage n’excusent en rien «la grosse bêtise» du jeune qui a arraché le drapeau algérien du fronton du consulat éponyme de Casablanca. Ceci constitue pour lui, une aberration qu’il convient desanctionner sévèrement et qui participe à une escalade qui n’est pas en l’honneur du Maroc.
Spectateur avisé du paysage politique marocain, Abdelouahed El Fassi estime que la participation du PI au premier gouvernement Benkirane était une obligation d’intérêt public tant sur le plan constitutionnel que sur le plan général.
Le PJD n’est pas obscurantiste
Il pense qu’il existe actuellement au Maroc une volonté souterraine de détruire les partis politiques historiques et qu’il y a une certaine réussite en la matière. Le seul parti qui a du crédit actuellement et trouve grâce aux yeux des électeurs est sans conteste pour lui le PJD et le bon sens dictait de s’allier avec lui.
Il tient à préciser le fil de sa pensée en affirmant que contrairement à ce qui est dit ici et là, ce dernier n’est pas un parti obscurantiste.
Il n’y a pas donc pas de problème fondamental entre le PI et le PJD car ces partis ont un socle musulman commun et précision oblige, «pas islamiste». Le parti de l’Istiqlal ne pouvait pas laisser tomber le Maroc et le gouvernement issu légitimement des urnes sous prétexte de luttes de chapelle car le sacrifice fait partie intégrante de la culture de sa famille politique.
Concernant le remaniement récent, il affirme que face au retrait irresponsable de son parti, le RNI a fait preuve de nationalisme. Ce dernier a pris le risque de rentrer au gouvernement et c’est tout à son honneur même s’il assure n’avoir aucune accointance avec ce parti. Cela a permis une sortie de crise qui aura cependant des conséquences économiques désastreuses pour les années à venir.
S’il ne trouve pas le nouveau casting de Benkirane II parfait, il est en tout état de cause le bienvenu car il a le mérite d’exister. Il faut donc pour un temps encore l’épargner et lui laisser le bénéfice du doute.
Au niveau des résultats du gouvernement depuis 2011, le Dr Al Fassi convient que de gros retards ont été enregistrés sur certains chantiers mais que tout n’est pas bon à jeter à la poubelle. Il se dit optimiste sur la suite des réformes à condition que les lois organiques soient appliquées. Il soutient que le travail technocratique a été fait et que le travail politique doit désormais prendre le relais en s’activant davantage.
Il semble donc que M. El Fassi n’est pas un opposant forcené à la coalition de Benkirane et qu’il ne veut juger que sur pièce. Il nous explique son pragmatisme par un besoin de recul dicté par l’intérêt public.
A contrario, il ne fait pas montre du même optimisme sur le nouvel attelage PI-USFP car si ce front a pour but d’agir en faveur du pays il est le premier à l’applaudir mais si le seul but affiché est de détruire M. Benkirane, il qualifie cette démarche de comble de l’inutilité.
Ceci s’explique sans doute par sa conviction que le 1er parti du Maroc est le seul à avoir encore du crédit auprès des électeurs marocains. Il juge minime la désaffection des électeurs pour ce parti et pense que tout comme l’Istiqlal d’antan, le PJD dispose d’un capital humain fixe fortement ancré dans la population marocaine.
Et s’il y avait des élections anticipées ?
En l’état actuel des choses, aucun autre parti ne peut se prévaloir d’un tel capital sympathie et d’un tel réservoir de voix électoral. Il affirme que même si l’abstention politique ne cesse de se creuser, le PJD sera toujours le vainqueur des urnes en cas d’élections anticipées. Il prévoit à cet effet un taux de participation électoral d’environ 30% des Marocains et pense qu’au pire des cas, le PJD passerait de 107 députés à 80 ce qui en ferait toujours le premier parti du Maroc.
S’il ne se veut pas indulgent avec le parti de la lampe, il se refuse à l’enfoncer systématiquement pour exister politiquement. Sa seule préoccupation est de rester au sein du parti de l’Istiqlal et de faire un travail constructif de proposition et de critique sans aucune velléité guerrière contre le SG de son parti.
Il nous assure n’avoir aucune ambition politique pour sa personne car il a exclu de se présenter à quelque mandat électif qui soit et maintenir la flamme du parti qui l’a vu naître serait son seul leitmotiv du moment.
Il déplore cependant le fait que l’avenir politique du Maroc est en passe de traverser de grosses turbulences et pense qu’il y a lieu de s’en inquiéter. Même s’il tient à ne pas mettre de l’huile sur le feu, son discours plein de retenue et de bon sens oscille entre l’optimisme et le pessimisme.
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