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Débats

Fouad Laroui à Médias 24 : la darija est déjà une vraie langue!

L’auteur du Drame linguistique marocain, l’essai le plus abouti et le mieux argumenté sur le problème de la langue au Maghreb, répond ici à nos questions sur le débat actuel autour de la place de la darija dans l’enseignement. Entretien.  

Fouad Laroui à Médias 24 : la darija est déjà une vraie langue!
Hamza Mekouar
Le 14 novembre 2013 à 18h11 | Modifié 14 novembre 2013 à 18h11

Quel-est le lien entre la diglossie et l’éducation ?

Ce n’est pas une question à laquelle on peut répondre en quelques mots. J’en ai traité dans le détail dans mon livre Le drame linguistique marocain que j'ai quand même mis trois ans à écrire, à temps plein...

Il est évident que faire ses études dans une langue qu’on ne parle pas chez soi, en famille ou entre amis, ne simplifie pas les choses.

 

Faut-il faire de la darija une langue d’enseignement? Si oui, comment le faire? Quelles étapes?

Mais la darija est déjà une langue d’enseignement!

Il y a quelques mois, j’ai regardé sur la 4e chaîne marocaine un cours de mathématiques donné par une dame, une professeure. À part quelques mots très spécialisés, elle parlait tout simplement en darija. Peut-être croyait-elle donner son cours en arabe littéraire, mais ce n’était tout simplement pas le cas… Et officiellement, ce n’est jamais le cas.

 

La darija est-elle une langue pauvre ?

Dans l’absolu, la darija n’est ni riche ni pauvre : tout dépend du locuteur. Si celui-ci est doué, cultivé, curieux, intelligent, elle peut être très riche.

Il suffit de l’enrichir par des substantifs empruntés à l’arabe littéraire ou, pour les néologismes techniques, à d’autres langues. De ce point de vue, la darija est plus un état d’esprit qu’une langue.

Une fois qu’on s’est débarrassé de tous les complexes, on peut la prendre comme base naturelle de son expression et l’enrichir tous les jours…

 

Mais pourquoi est-elle méprisée par nos officiels ?

Pas par tous, heureusement. Quant aux autres, il faut leur poser la question. Comment peut-on mépriser la langue avec laquelle on converse avec ses amis? La langue de ses propres parents? La plupart des officiels n’ont pas une vue très claire de la situation, me semble-t-il. En tout cas, c’est l’impression que certains m’ont donné quand j’en ai parlé avec eux. Certains ne comprenaient même pas la différence entre diglossie et bilinguisme.

 

Quelles-sont les étapes pour faire de la darija une vraie langue?

Mais c’est déjà une vraie langue ! Elle a un vocabulaire, une syntaxe, des règles de fonctionnement très claires… Si ce n’est pas une langue, que faisons-nous alors toute la journée? Est-ce que nous nous exprimons à l’aide de sons inarticulés et sans signification?

 

Pourquoi le mémorandum adressé par Ayouch au Roi pour plaider pour la promotion de la darija en tant que langue d'enseignement, déchaîne-t-il à ce point les passions? Cela est-il dû à la sacralité de l’arabe classique?

Oui, bien sûr. Mais il y a aussi le fait que nous avons le défaut de la «complotite». Au lieu d’étudier sérieusement un problème, nous soupçonnons celui qui l’évoque d’avoir de mauvaises intentions.

 

Il parait que le problème linguistique marocain, voire maghrébin, est une importante source de mal-être…

C’est exact. Je l’explique dans mon livre.

 

Est-il responsable de l’état sinistré de notre éducation ?

N’est-ce pas évident? En moyenne, aucun peuple n’est plus intelligent qu’un autre. Alors pourquoi n’apportons-nous que 20% de nos élèves au baccalauréat alors que d’autres pays en sont à 75%, ou même plus?

 

Dans «Le drame linguistique marocain», vous estimez que l’arabe classique n'est pas une langue qui répond aux besoins actuels des Marocains. Vous maintenez?

Mon opinion n’a aucune importance. Que chacun réfléchisse à la question sans préjugés, qu’il s’informe, qu’il en discute avec des spécialistes, etc. Et qu’il réponde ensuite lui-même à la question.

Et aussi à celle-ci : comment se fait-il que nous ayons des étudiants qui ne maîtrisent parfaitement aucune langue? J’en ai rencontré des centaines… Quels que soient les besoins du Maroc et des Marocains, on ne peut y répondre quand une partie de l’élite présumée ne peut pas s’exprimer clairement. Le choix de la langue d’enseignement joue-t-il un rôle dans cette catastrophe? À chacun de répondre en son âme et conscience.

 

Existe-t-il d’autres exemples de pays où la langue maternelle n’est ni enseignée ni une langue d'enseignement?

Il y en a bien d’autres, en Afrique, par exemple, mais il ne s’agit pas de diglossie, il s’agit de bilinguisme, ce qui est différent. La diglossie est une spécialité des pays arabes, avec, peut-être, Haïti.

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Tags : Gnaoua
Hamza Mekouar
Le 14 novembre 2013 à 18h11

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