En 1948, le pétrole était “une réalité marocaine”
« Réalités marocaines », diffusé en 1948, rend compte de la vie économique du Maroc en plein développement depuis la fin de la guerre. Le sous-sol était déjà riche en phosphate, en charbon et même en or noir !
Voilà un documentaire filmé il y a plus de 60 ans et qui illustre parfaitement l’adage selon lequel le passé permet de mieux comprendre le présent. Il est diponible dans son intégralité sur le site de l'INA (Institut national de l'audiovisuel), l'organisme chargé de la préservation et de la promotion du patrimoine audivisuel français (lien en fin d'article).
D’emblée, on y voit le général Alphonse Juin, en qualité de résident général de France, vêtu d’un élégant costume blanc, la démarche sûre, inaugurant d’un pas serein la foire de Casablanca. Il a pu constater la vitalité commerciale et industrielle du Maroc de l’époque.
« Il trouva là à la fois le résumé d’une réussite, en même temps que les promesses d’un lumineux avenir », s’enflamme le commentateur.
La foire de internationale de Casa était alors toute jeune : il s’agissait de la 5ème édition.
En 1948, donc 10 ans après sa création, elle présentait surtout le mérite d’être comme le haut lieu des possibilités et des certitudes d’un pays « récemment éclot aux activités modernes, mais déjà marqué par les faits pour les plus brillantes réussites ».
A l’instar d’aujourd’hui, Casa déterminait la première des réalités marocaines, l’explosion démographique.
« Cette ville qui comptait en 1917 92.000 habitants, en dénombrait 260.000 en 1932, et s’est grossi cette année jusqu’à 520.000 ». En 2012, le grand Casablanca comptait officiellement 4.055.807 d’habitants, soit 8 fois plus.
A l’époque et jusqu’à tout récemment avec la mise en service du port de Tanger Med, le port de Casa était considéré comme le plus grand port au Maroc.
Naturellement, le film-docu lui consacre un passage entier : il montre des installations qui s’améliorent chaque jour, et évoque un trafic d’avant-guerre qui est passé de 210.000 tonnes par mois en 1939, à 300.000 10 ans après.
A ce port, fenêtre grande ouverte sur le monde, se devait de correspondre un réseau ferroviaire capable d’assurer, du port aux points essentiels, "des échanges qui croissent chaque jour".
Un réseau ferré qui s'étend
La guerre avait imposé aux chemins de fer une lourde tâche, puisqu’elle les avait laissés dans un grand état de fatigue. Forcément, les pertes de la guerre devaient être vite comblées, et le rail acquérir de nouvelles forces. C'est pourquoi d’importants travaux ont été menés bon train.
Quelques années plus tard, quand le Maroc accéda à l’indépendance en 1956, il hérita d’un réseau relativement moderne et en bon état. Les anciennes compagnies concessionnaires furent maintenues dans leurs droits, le temps de procéder à la "marocanisation" du personnel.
Et si la voie ferrée ne couvrait en 1923 que 235 km, elle courrait en 1932 sur 1131 km et s’étendait en 1948 sur 1.808 km. En 2013, elle couvre 2.210 km.
Moyens d’échange, moyen de transports, ports, routes, voies ferrées, constituaient un ensemble qui devait permettre au Maroc de tirer le meilleur parti de ses possibilités, en l’occurrence de ses ressources naturelles.
« Au premier rang de ses possibilités, le charbon qui à Jerada affleure le sol et continue en terre marocaine jusqu’en Algérie ». Sa découverte date de 1907.
L’écoulement de la production du charbon était justement assuré par les chemins de fer, étant donné qu’à l’époque, les premières lignes étaient à vocation minière.
En quelques années, la production a plus que doublé. Mais le Maroc comptait aussi parmi ses ressources naturelles, le pétrole :
« D’importants travaux de sondage actuellement en cours ont été couronnés de succès, leurs résultats permettent de grands espoirs ! Si le Maroc à l’heure actuelle ne possède pas l’outillage qui lui permettrait de traiter la production pétrolière qui pourrait être la sienne, nul doute que dans un délai assez rapproché, il ne prenne les mesures utiles pour entreprendre l’exploitation intensives de ses gisements. Le pétrole comme le charbon est une réalité marocaine ». Ce n’est toujours pas évident !
A l’évidence, « il faut naturellement parler des phosphates dans ce chapitre consacré aux ressources minérales du pays », annonce sans surprise la voix-off du film.
« Les phosphates comme chacun le sait, sont à l’heure actuelle et depuis 25 ans l’un des richesses les plus enviées de l’empire chérifien. Dans les villes de Khouribga et Louis Gentil de véritables citées industrielles sont nées pour le traitement scientifique des phosphates naturels ».
En fait, la ville de Youssoufia s'est longtemps appelée Louis Gentil, du nom de ce géographe, géologue et minéralogiste spécialiste du Maroc.
Pour sa part, la ville de Khouribga a été fondée par les colons français dans les années 1920, elle est désormais considérée comme la plus importante zone de production de phosphate au monde, cette richesse considérable qui participe grandement depuis bientôt un siècle à l’essor industriel du Maroc.
Détail savoureux, ce docu accompagne sa voix off d’une image rarissime : il s’agit d’une carte du Maroc dans laquelle figure la ville de Béchar.
La construction de logements progresse
Il y a 65 ans, à l’instar d’aujourd’hui, le problème de l’habitat revêtait une importance cruciale. Et pour cause, l’accroissement exponentiel de la population (25% en 10 ans), avait reçu des solutions effectives.
« La population autochtone est passée entre 1936 et 1947 de 6 millions de 8 millions ». En 2013, elle est de 33 millions.
Mais revenons à 1948. Alors qu’un déplacement des populations rurales vers les villes se faisait sentir et qui dure d’ailleurs jusqu’à nos jours, un plan de construction a été dressé et suivi, lequel plan « élève chaque jour de nouvelles maisons et voit chaque soir naître de nouveaux toits ».
L’eau, ce grand problème…
Même la situation hydrographique du Maroc, depuis toujours très délicate, tendait à s'améliorer grâce à la construction de barrages. Une meilleure irrigation allait permettre de développer l'agriculture marocaine et de sauver des populations en danger.
Car au Maroc comme dans toute l’Afrique du nord, le grand problème était (est ?) celui de l’eau, « qui gouverne tous et régit la misère comme la prospérité. L’eau, porteuse de joie, qui même en plein désert donne naissance aux oasis, ouvre la route à la végétation, abreuve et nourrit les troupeaux, fixe les populations. Cette eau qui donne la force aux industries, la santé et la richesse aux agriculteurs », s’emporte le présentateur, sur un ton lyrique, témoin d’une époque où littérature et journalisme étaient intimement liés. Mais ça, c’est une autre histoire !
Fort heureusement, le problème de l’eau que la situation hydrographique du Maroc rendait particulièrement délicat, était en phase d’être résolu grâce à la construction de barrages, tel celui d’Imfout, réalisé entre 1939 et 1944. D’autres suivront par la suite.
Le Maroc, terre de promesses
« Grâce ainsi à cette mise en place d’un dispositif considérable, on peut donc penser qu’en même temps et au même rythme que l’accroissement industriel qui en résultera, l’agriculture marocaine trouvera de nouvelles expansions », poursuit la voix-off.
« La terre marocaine qui conserve encore aujourd’hui près de 50% de surfaces improductives, verra demain réduire de jour en jour ses steppes et ses landes : des oasis heureuses y naîtront et se décupleront. Cette promesse que tiendra l’avenir, le présent déjà nous l’apporte. Aux réalités d’aujourd’hui correspondront demain d’autres réalités plus amples. Le Maroc n’est pas seulement comme on le disait hier une terre de promesse, le Maroc d’aujourd’hui ne dénombre plus seulement ses espérances, il compte ses réalités », conclut ce film-docu absolument passionnant et que pouvez visionner ici. Seul bémol, la musique, cacophonique et un peu vieillotte.
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