Mort d'Arafat: Les Palestiniens se sentent floués par le rapport français
Dirigeants palestiniens et proches de Yasser Arafat exprimaient mercredi leur frustration après les conclusions des analyses médicales françaises infirmant la thèse d'un empoisonnement, privilégiée par un laboratoire suisse.
Ils laissaient en outre percer une certaine aigreur envers la France, lieu du décès du chef historique palestinien le 11 novembre 2004, bien que ce dernier rebondissement de l'affaire n'occupe qu'une place modeste mercredi dans les médias palestiniens et israéliens. « Je suis toujours convaincue que le martyr Arafat n'est pas décédé de mort naturelle », a déclaré à l'AFP sa veuve, Souha Arafat, par téléphone de Paris, au lendemain de l'annonce que le rapport français écartait la thèse de l'empoisonnement pour privilégier une cause naturelle. « Que les Français n'aient rien trouvé n'est absolument pas logique », a-t-elle estimé, soulignant les conclusions contradictoires entre les expertises suisse et française à partir de lots d'échantillons biologiques similaires prélevés sur la dépouille en novembre 2012. « Je suis très choquée que le rapport médical français qui m'a été transmis se résume à quatre pages », a indiqué Souha Arafat, rappelant que celui du laboratoire suisse, publié en novembre, en comportait 108. « Je veux continuer jusqu'à parvenir à la vérité », a-t-elle ajouté.
« En l'état des analyses effectuées et des pièces figurant au dossier, les experts concluent à l'absence d'un empoisonnement au polonium-210 (substance radioactive hautement toxique, NDLR) de M. Arafat », a indiqué mardi soir le parquet de Nanterre, en charge de l'enquête française pour assassinat ouverte en 2012 sur plainte de sa veuve. Le président de la commission d'enquête officielle palestinienne sur la mort d'Arafat, Tawfiq Tiraoui a précisé attendre toujours communication du rapport français, après avoir reçu en novembre ceux du laboratoire suisse et de l'Agence fédérale russe. « Nous savons depuis le départ que ces rapports pourraient être concordants ou contradictoires et nous poursuivons l'enquête », a-t-il déclaré à la télévision officielle palestinienne.
Divergence sur le rôle du radon
Plusieurs hauts responsables palestiniens se sont étonnés que le rapport médicalfrançais semble contredire les constatations des médecins de l'hôpital militaire Percy, près de Paris, où Arafat est décédé. « J'espère qu'il n'y a pas de malentendu depuis le début entre nous et la France », a confié à l'AFP Abbas Zaki, membre du Comité central du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat et de son successeur Mahmoud Abbas. « En 2004, les Français ont dit qu'il était d'une couleur bizarre lorsqu'il est mort et qu'ils n'avaient pas d'antidote pour ça", a-t-il ajouté.
A l'époque, les médecins militaires français avaient conclu que « Yasser Arafat est décédé d'un accident vasculaire cérébral hémorragique massif ». Cette hémorragie s'ajoutait à « un tableau clinique regroupant quatre syndromes » dont la combinaison est restée inexpliquée, avaient-ils souligné. Les experts français et suisses ont constaté la même proportion anormale de polonium sur les échantillons d'Arafat, mais en ont tiré des conclusions opposées, ont expliqué mardi soir Souha Arafat et son avocat français, Pierre-Olivier Sur.
La divergence porte sur la présence d'un gaz radioactif naturel, le radon, dans l'environnement extérieur, qui expliquerait ces fortes doses, selon les experts français, alors que leurs homologues suisses ont écarté cette hypothèse. « Il y a ceux qui disent: c'est le polonium qui est à l'intérieur du corps d'Arafat qui a contaminé l'extérieur, c'est les Suisses. Et il y ceux qui disent au contraire: c'est ce radon qui est à l'extérieur qui a contaminé l'intérieur, c'est les Français », a résumé Me Sur. « Je ne viens pas vous dire que le président Arafat a été empoisonné, je viens vous dire qu'il y a une hypothèse de travail et que les expertises auxquelles nous avons eu accès valident cette hypothèse de travail », a-t-il poursuivi.
Les causes de la mort d'Arafat n'ont jamais été élucidées, et nombre de Palestiniens soupçonnent Israël, qui a toujours nié, de l'avoir empoisonné, avec des complicités dans son entourage. « Notre conviction au Fatah est qu'Arafat a été empoisonné et que seul Israël est derrière ce crime. Ce qui nous préoccupe à ce stade, c'est de trouver les exécutants », a affirmé à l'AFP Ahmad Assaf, porte-parole du mouvement.
(Avec AFP)
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