Gouvernance, foncier, les raisons de l’échec des coopératives d’habitation
Plébiscitées au début des années 2000, les coopératives d’habitation sont en nette perte de vitesse au Maroc. Elles se heurtent à de grands problèmes liés au foncier, à la gouvernance et au manque d’information.
Le projet de loi sur les coopératives d’habitation, publié sur le site du SGG pour commentaires,et présenté par le ministère de l’Habitat comme révolutionnaire, pourra-t-il booster, plus tard, les coopératives d’habitation? Car de coup de pouce, elles en ont réellement besoin.
Quelques indicateurs pour s’en convaincre: en moyenne, ces coopératives représentent moins de 2% de l’ensemble des coopératives créées durant l’année en cours. Elles viennent derrière les coopératives artisanales et bien loin derrières celles agricoles (totalisant plus de 70%).
Autre élément chiffré: en nette perte de vitesse, les créations de coopératives d’habitation sont passées de 30 en 2011 à 26 en 2012 puis à 14 seulement au titre des 11 premiers mois de l’année et seules le tiers des coopératives d’habitation a pu achever ses travaux. Edifiant !
Comment expliquer un tel recul alors qu’elles étaient arrivées durant le début des années 2000 à enregistrer un joli palmarès et à accrocher une clientèle flairant la bonne affaire?
La question se pose d’autant plus que selon certaines estimations non officielles, ces coopératives permettraient de réduire du quart les coûts de construction d’un logement.
Foncier: le grand désordre
Les coopératives d’habitations souffrent de grands problèmes liés au foncier. «Très peu de coopérateurs arrivent à dénicher un terrain à cause de la rareté et la cherté de ces biens», souligne une source autorisée au ministère de l’Habitat.
Résultat: beaucoup de coopératives tombent dans le piège et achètent des terrains situés dans des zones où la construction est non autorisée. «Elles n’ont pas de visibilité sur la vocation des terrains. C’est pour régler ce problème que le projet de loi implique l’Agence foncière dans l’octroi des autorisation», ajoute la même source.
Le projet de loi exige aussi que l’autorisation soit conditionnée par l’achat d’un terrain immatriculé. Cette condition n’est pas mentionnée dans la loi actuelle, compromettant sérieusement l’aboutissement des projets.
Au niveau du ministère de l’Habitat, il est prévu de mettre en place un nouveau programme permettant d’offrir davantage d’opportunités de foncier aux coopératives. Al Omrane mettait certes des lots de terrain au profit de ces structures, mais deux points faisaient défaut: l’opération se réalisait au compte-goutte et n’était pas encadrée.
La gouvernance fait défaut
L’ODCO (Office de développement de la coopération), organisme de tutelle selon l’actuelle législation, s’est penché sur ces structures pour en identifier les points faibles. Le constat a été sans appel. Les coopérateurs potentiels craignent d’être victimes d’une arnaque, le nombre des affaires de ce genre portés devant la justice confirment que les cas d’escroquerie ne sont pas isolés.
«Les coopératives d’habitation connaissent de grands problèmes de gestion, de contrôle financier et de détermination des responsabilités», ajoute notre source.
Le projet de loi verrouille cet aspect. La coopérative d’habitation est obligée de désigner un auditeur et de présenter un rapport annuel à l’Assemblée générale. A la fin de chaque année, le bureau doit faire un bilan actif-passif suivant le plan comptable propre aux coopératives.
L’information ne circule pas
Certes, ce n’est pas propre aux coopératives d’habitation, mais le manque d’information dans ce cas en particulier a un coût économique.
La loi est mal connue par les adhérents qui ne profitent pas pleinement des avantages fiscaux et se perdent au milieu des rouages administratifs, sans compter les retards liés à la récupération de la TVA, dont ils sont exonérés, en principe.
Il faut savoir que cette exonération est tout de même soumise à conditions: la superficie doit être inférieure à 240 m2 pour chaque coopérateur et les travaux doivent être effectués par une entreprise structurée. «Nombreuses sont les coopératives qui ont recours à l’informel. Difficile dès lors d’apporter des factures et par ricochet de récupérer la TVA», nous explique notre expert.
Un plan d’action dédié à la sensibilisation sera mis en place au lendemain de l’entrée en vigueur du nouveau projet de loi, promet-on au ministère de l’Habitat.
À découvrir
à lire aussi
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.