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Couverture médicale de base : les 50 recommandations du Conseil économique et social

Le système de santé marocain est mal organisé, les personnels sont en nombre insuffisant, les moyen manquent... Le constat du Conseil économique et social est sévère. Il propose 50 recommandations pour que tous les Marocains bénéficient des soins de base.  

Couverture médicale de base : les 50 recommandations du Conseil économique et social
Mélanie Xuereb
Le 10 décembre 2013 à 18h00 | Modifié 10 décembre 2013 à 18h00

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté le 9 décembre 2013 au cours d’une conférence de presse présidée par son président, Nizar Baraka, son nouveau rapport sur les soins de santé de base.

Le CESE établit ici un constat sans complaisance. Si les progrès ont été notables, il n’en reste pas moins que les faiblesses structurelles du système de santé marocain freinent l’avancée vers un accès équitable et généralisé aux soins de santé de base.

Le Maroc connaît actuellement une double transition démographique, avec un vieillissement de la population ; et épidémiologique, avec une diminution de la prévalence des maladies transmissibles et une forte croissance des affections non transmissibles, telles que les maladies cardio-vasculaires ou le diabète.

Il doit donc adapter sa politique de santé à cette évolution pour offrir à sa population un système de santé apte à accompagner son développement économique.

Manque de personnel et mauvaise organisation

Selon le diagnostic du CESE, le réseau des établissements de soins de santé de base (ESSB) est marqué par la prédominance d’un secteur public hiérarchisé et cloisonné. Il souffre d’un manque de coordination et de communication avec le secteur hospitalier, de l’absence d’une carte sanitaire, de l’insuffisance des moyens humains et financiers et d’une gestion inefficace et trop centralisée.

Face au secteur public, le secteur privé se développe à grands pas, mais il se concentre principalement en milieu urbain : Casablanca centralise ainsi 30% des cabinets médicaux. Mais les systèmes privés et publics n’entretiennent quasiment aucune relation.

Le Maroc souffre d’une pénurie de personnel soignant et d’une répartition très inégalitaire de celui-ci sur le territoire national. Le ministère de la Santé estime ainsi qu’il manque 6.000 médecins et 9.000 paramédicaux. Les principales causes de cette pénurie sont : la faible capacité de formation de médecins et d’infirmiers, l’insuffisance de postes budgétaires et l’émigration des personnels soignants vers l’Europe. La formation du personnel soignant est estimée trop longue et inadaptée aux tâches.

Le système de santé marocain est trop centralisé, la régionalisation n’étant pas effective. Si des directions régionales ont bien été créées, elles n’ont pas reçu les transferts de compétences et de moyens nécessaires à leur bon fonctionnement. De plus, le manque de coordination intersectorielle est une source supplémentaire d’inefficience. L’implication des communautés dans les programmes de santé est très faible, alors même que l’approche communautaire est recommandée par l’OMS. Le partenariat public-privé reste marginal. Enfin, le secteur santé est l’un des plus touché par la corruption.

Un Marocain sur 4 trop éloigné d’un centre de santé

L’accessibilité aux ESSB reste difficile pour 24% de la population marocaine qui vit à plus de 10km d’un centre de santé. Ce manque d’accessibilité est aggravé par des inégalités persistantes, notamment liées au genre. Si des progrès notables ont été accomplis en matière de mortalité maternelle – qui atteint aujourd’hui 112 pour 100 000 – elle reste une de plus des élevées de la région MENA, notamment en raison d’un manque de suivi médical des grossesses et d’accouchements médicalisés.

Les grossesses chez les adolescentes et les avortements non médicalisés qui en découlent expliquent également le niveau de la mortalité maternelle. A tel point que le CESE recommande l’ouverture d’un débat national sur la question.

Alors que les maladies non transmissibles sont responsables de 75% des décès et que leur prévalence est croissante avec un coût économique élevé, elles ne font l’objet d’aucune prévention.

L’accès aux médicaments, difficile en raison de leur coût élevé, est également un obstacle à la généralisation de la couverture médicale de base. Il est donc urgent, selon le CESE, de revoir la législation y relative et de promouvoir davantage l’usage des médicaments génériques, dont la pénétration dans le secteur privé reste faible.

Les ménages doivent payer en moyenne plus de la moitié des frais

Les dépenses de santé représentent 6,2% du PIB du Maroc, soit une dépense moyenne par habitant de 153 USD. La dotation budgétaire du ministère de la Santé en 2012 était de 4,2% (largement inférieur à la norme des 9% de l’OMS). Les dépenses de santé sont donc largement supportées par les ménages (53%) et près de la moitié de cette dépense est consacrée aux médicaments.

L’assurance maladie obligatoire (AMO) consacre 51% de son budget aux affections de longues durées, qui ne touchent toutefois que 3,3% des assurés, d’où la nécessité d’améliorer la prévention contre ces maladies.

Enfin, une partie importante de la population, notamment les étudiants et les indépendants, sont exclus de la couverture médicale de base. Or, ils représentent quelque 10 millions de personnes, soit près d’un tiers de la population marocaine. L’extension de la couverture à ces catégories de population est donc incontournable pour généraliser l’accès à une couverture médiale universelle.

Force est donc de constater que la gratuité des soins s’est accompagnée d’une diminution de la qualité de la prise en charge des patients, alors que cela ne devrait pas être le cas.

Les 50 recommandations du CESE

Face à ce constat alarmant, le CESE propose près d’une cinquantaine de recommandations pour améliorer l’accès aux soins de santé de base, dont notamment :

-Elaborer une politique nationale de santé ciblant en priorité les régions défavorisées, le monde rural et les populations pauvres et vulnérables ;

-Rendre effective la régionalisation comme principe fondamental de planification, d’organisation et de gestion des services de santé ;

-Décliner une stratégie sectorielle de partenariat public/privé ;

-Définir la carte sanitaire nationale et les schémas régionaux d’offre de soins ;

-Mettre en place des stratégies intersectorielles de prévention des maladies non transmissibles, des déficiences et du handicap ;

-Investir massivement dans les ressources humaines en régionalisant la formation et le recrutement ;

-Prévenir et lutter contre la corruption, etc.

Mais de l’aveu même du CESE, ces recommandations sont toutes interdépendantes. Une réforme efficace du système de santé en général et de santé de base en particulier suppose donc la mise en œuvre concomitante de l’ensemble de ces recommandations.

 

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Mélanie Xuereb
Le 10 décembre 2013 à 18h00

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