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ECONOMIE

Bitcoin, naissance d’une nouvelle monnaie

La monnaie virtuelle, pas vraiment en odeur de sainteté chez les économistes et les banquiers, suscite le débat. Des internautes astucieux ont d’ores et déjà constitué de petites fortunes en spéculant sur son cours virtuel.  

Bitcoin, naissance d’une nouvelle monnaie
Mourad Kejji
Le 13 janvier 2014 à 12h35 | Modifié 13 janvier 2014 à 12h35

Au Maroc, quelques rares vétérans du web avaient entendu parler des bitcoins en traînant dans le « deep web », alors qu’ils coûtaient moins de 20 dollars l’unité. Ils s’en mordent les doigts aujourd’hui de ne pas avoir cru en cette technologie, mais le commun des mortels a entendu parler de la monnaie cryptographique lorsque les médias ont relayé son premier passage au-delà de la barre des 1.000 dollars le 27 novembre 2013.

Plongée dans les profondeurs du web

Pour parler des bitcoins, crypto-monnaie lancée en 2009, et des autres monnaies cryptographiques (5 autres ont été lancées entre 2011 et 2013), il faut d’abord revenir sur le deep web. Le web profond est composé de tous les sites web accessibles en ligne, mais non référencés ni par des moteurs de recherche, ni même par un nom de domaine. L’Internet est ainsi souvent représenté comme un iceberg dont la partie émergée serait le web que tout le monde connaît et la partie immergée représenterait le web profond dont on dit qu’il représente 80% des sites web. Cependant, un simple navigateur web ne peut pas y accéder.

Depuis 2002, le logiciel libre « Tor » (The Onion Router) permet aux Internautes du monde entier de naviguer en tout anonymat sur le web, contournant ainsi les mesures de censures prises par certains gouvernements (comme en Chine où Facebook et Twitter étaient inaccessibles jusqu’en septembre dernier). Un autre avantage du « routeur à l’oignon » est de pouvoir visiter une partie du deep web : les services cachés, à savoir, tous les sites ayant pour extension « .onion » (au lieu des habituels « .com »  « .ma » et autres « .net »). Ces sites étant difficiles à tracer par les autorités, c’est là que se sont nichés nombre d’activités illicites comme le célèbre marché noir Silk Road dont les activités illégales ont définitivement été arrêtées par le FBI le 2 octobre 2013.

Sur ces marchés noirs du web profond, étant donné le caractère illégal des transactions qui s’y font, il n’est pas question de payer avec sa carte de crédit, car trop traçable. Il n’est pas question non plus de recevoir les paiements sur un compte bancaire quel qu’en soit le pays hôte. C’est comme ça que s’est déclaré à l’origine le besoin d’avoir recours à un moyen de paiement intraçable, et sous le contrôle d’aucune autorité. Ainsi est né le bitcoin.

Payer avec des jetons

Le terme bitcoin est une contraction des deux mots « bit » qui est la plus petite unité de mesure de données informatiques et « coin » qui veut dire jeton ou pièce. Mais alors comment fonctionnent ces jetons de données informatique qui ont la prétention d’être une monnaie internationale ?

Sur le site officiel de bitcoin et sur les innombrables billets de blogs sur le web qui traitent ce sujet, on apprend comment utiliser ces jetons, quels sont les commerces qui l’acceptent et de façon très vague, comment, en mettant la puissance de calcul de son processeur et sa carte graphique à la disposition du réseau pour résoudre des problèmes mathématiques ultra-complexes, notre ordinateur génère des jetons, une activité nommée « minage » de bitcoins.

Une autre particularité du bitcoin est son nombre d’unités mises en circulation, fixé à 21 millions d’unités à terme. Cette particularité donne l’illusion de maîtriser l’inflation jusqu’à ce que l’on se rende compte que le bitcoin est divisible à l’infini. Rien n’empêche de traiter en milibitcoins, microbitcoins ou en femtobitcoins. Donc virtuellement, une quantité infinie de cette monnaie est en circulation.

Le bitcon est-il vraiment une monnaie ?

Sur une vidéo du New York Times datant du 24 novembre 2013, David Gillen se pose la question suivante : qu’est-ce qui fait que la monnaie fiduciaire classique est une monnaie ? La réponse se trouve derrière l’étymologie du terme « fiduciaire » qui veut dire en latin « confiance ». Un billet de 100 DH est une monnaie parce que tout le monde s’accorde à dire que ce billet vaut 100 DH soit 83 baguettes de pain, 25 trajets en bus ou 1 mois de connexion chez Inwi.

Si tout le monde a confiance dans le billet de 100 DH, tout le monde l’accepte comme moyen de paiement. Alors aujourd’hui, explique David Gillen, si les gens croient aux bitcoins, si des commerces les acceptent comme moyen de paiement et, si des institutions sont prêtes à effectuer la conversion en dollars ou en euros, alors le bitcoin est déjà une vraie monnaie.

Mais au final, on ne trouve pas de vraie explication convaincante sur ce que représentent les bitcoins et de quelle valeur ils sont la contrepartie. En bref, les mêmes interrogations que l’on est obligé de soulever à propos du dollar US lorsqu’on sait que depuis 1971, sa valeur n’est plus en corrélation avec le stock d’or du gouvernement américain mais qu’elle est arbitrairement fixée par la réserve fédérale.

Mais en tout cas, tant qu’il y a des transactions, la santé du bitcoin n’est pas trop menacée et tant qu’il est possible de les convertir en devise, il est toujours possible de réaliser un bénéfice en spéculant dessus.

D’ailleurs aujourd’hui, la majorité des commerces légaux qui acceptent le bitcoin sont des sites web qui vendent du matériel informatique. Parallèlement à ça, la majorité des détenteurs de jetons de données ne font qu’acheter pour revendre avec plus-value.

Alors on peut être sceptique comme on veut sur la réelle valeur du bitcoin (par opposition à sa valeur sur le marché), si de plus en plus de commerces (essentiellement des magasins de matériel informatique mais aussi des hôtels et des restaurants) acceptent ce moyen de paiement, les particuliers seront de plus en plus sûrs de pouvoir les dépenser pour se procurer ce dont ils ont besoin. On assiste donc peut-être bien à l’émergence de  la première monnaie numérique mondiale.


 

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Mourad Kejji
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