Premières tensions wali-élus autour du financement du plan Tanger-Métropole
On ne réunit pas sans difficultés plus de 7,6 milliards de DH de financements en provenance de 20 contributeurs dont des ministères, des collectivités locales et des entreprises publiques. La commune urbaine de Tanger doit en apporter 40%.
Les premiers grincements commencent à se faire entendre du côté du conseil de la ville de Tanger où les débats se font plus vifs sur le sujet du financement. Sur fonds d’élections locales en juin 2015 et de rapprochement entre le PAM et le PJD.
Vente aux enchères de terrains appartenant à la ville
La goutte qui a fait déborder le vase est constituée par «le projet de cahier des charges pour la ventes aux enchères de certains biens fonciers» parvenu aux élus sans concertation préalable, si ce n’est qu’au lieu de la vente de 11 ou 6 biens comme prévu il y a 3 mois, le nombre de biens à vendre n’est plus que de 3. Mais d’ici 2017, cela peut changer.
Le fait que le maire PAM Fouad El Omari ait peu –«ou pas du tout» selon des élus- intervenu dans la préparation du projet de cahier des charges a choqué des élus, l’opposition communale PJD en premier. Mais pour l’Istiqlalien Mohamed Benazzouz également, «les biens proposés à la vente sont irréalistes notamment ce terrain de 8.100m² qui se trouve sur le territoire de ma commue », indique-t-il. «Nous espérions y construire nos bureaux au lieu de continuer à payer des loyers».
A la veille de la tenue de cette session, le PJD Mohamed Khiyi membre de la commission des finances indiquait à Médias 24 que «le fait de n’envisager que des ventes d’actifs n’est pas une solution. Il y a des possibilités de PPP (partenariat public-privé) pour faire rentrer de l’argent ou le système du BOT (Build-Operate-Transfer) comme ce qui est prévu pour les futurs parkings souterrains urbains».
Le projet de cahier des charges officiellement présenté aux élus mercredi 22 janvier est critiqué sous plusieurs angles. «Le premier, selon Fatima Bellahsen (PJD) de Béni Makada, est qu’il ne nous a été remis que quelques minutes avant l’ouverture de la session de ce matin».
Ce que le maire n’a pas démenti, mais tenté de justifier par «un manque de temps». Commentaire d’un journaliste dans la salle: «Ils n’ont pas internet dans cette commune?»
Conflits d’intérêts: entre rhétorique et gouvernance moderne
Le second reproche fait au cahier des charges est de contenir une clause incomplète sur le conflit d’intérêts. Le manque de précisions sur la mise en œuvre de cette clause numéro 11 a fait tiquer certains élus. Le conseil de la ville de Tanger, outre une longue histoire de mélanges des genres entre politique locale et scandales immobiliers abrite plusieurs élus-promoteurs.
Dans une ville où promotion immobilière, politique locale et parfois blanchiment d’argent n’ont souvent pas eu de peine à trouver des terrains d’entente, insister sur les problèmes de conflits d’intérêts ne relève pas que de la rhétorique, mais d’une tentative de faire évoluer la gouvernance.
Les autres reproches faits au cahier des charges ont trait aux prix fixés pour les 3 biens fonciers à vendre. Un élu de l’UC (Majorité) a ainsi rappelé que «le prix fixé pour le terrain de Moghogha directement situé sur la route de Tétouan est bas».
Le nombre de biens à vendre était de 6 dans une première version du projet, «11 encore, selon des élus, au moment de l’annonce deTanger-Métropole». Dans ce plan, la contribution financière de la commune urbaine de Tanger est supérieure à un milliard de DH en plus de 2 autres milliards provenant des caisses de l’autorité délégante des services d’électricité, d’eau et de l’assainissement. Sur les 7,6 MMDH du plan Tanger-Métropole, 3,3 MMDH, soit 40%, doivent directement ou indirectement provenir des caisses de la commune urbaine.
Le premier bien foncier à vendre situé dans une zone R+7 abrite aujourd’hui un dépôt de véhicules et matériels de la commune sur l’arrondissement de Moghogha sur la route de Tétouan face à l’usine des Fromageries Bel. 4.000DH/m² sont demandés pour ses 8.103 m².
Le deuxième bien foncier, les actuels abattoirs situés à 300 mètres de la gare ferroviaire Tanger-Ville, fait 23.343 m² dans une zone R+15 et pour lequel 9.000 DH/m² sont demandés.
Enfin le troisième bien est le plus grand, le plus cher et le plus susceptible de soulever des problèmes sociaux et des problèmes de réélection pour certains. Il s’agit de deux lots de 43.263 m² et 4.857 m² mitoyens qui abritent les fameuses puces de Casabarata et leskissariates du centre commercial Ibn Battouta voisin. Là le prix du mètre carré a été fixé à 5.000 DH. La seule vente de ces 3 biens doit rapporter un peu plus de 450 MDH sur les 3,3 MMDH de contribution communale prévue au plan Tanger-Métropole.
Autres points de contestation, sur le terrain de Moghogha, en bordure de la RN2, certains élus veulent construire des bureaux pour leurs services ; pour Casabarata, le caractère historique des puces tangéroises est rappelé.
Le PJD et le PAM proches sur certains points
Les difficultés rencontrées dans la concrétisation de la contribution communale à Tanger-Métropole ont incité le président de la commune à introduire en dernière minute en ce début de semaine un point supplémentaire à l’ordre du jour des travaux du conseil de la ville : un emprunt de 420 MDH auprès du Fonds d’équipement communal. Mais la précipitation et le non-respect des délais légaux d’établissement de l’ordre du jour, outre un endettement supplémentaire, ont suscité les protestations d’élus.
Selon un responsable communal, «il est impossible de connaître aujourd’hui le chiffre exact de l’endettement de la commune urbaine de Tanger. Il y a les dettes officielles, indique-t-il à Médias 24, puis celles qui ne sont pas officiellement enregistrées, plus les jugements des tribunaux et les pénalités».
La séance du conseil de la ville du 22 janvier n’aura constitué qu’une étape dans la discussion du financement de la part de la commune dans le plan Tanger-Métropole.
La donne politique locale à Tanger, outre le plan Tanger-Métropole, comprend le souci des élections de juin 2015. Aucun élu ne souhaite demain se voir reprocher de «brader le patrimoine de la ville». Le climat politique s’en ressent, sachant que les électeurs sont mieux informés. Vendredi 24 janvier au soir, un rassemblement d’associations de la société civile est convoqué au centre de la ville. Elles souhaitent se faire entendre sur les dossiers du patrimoine et de l’environnement.
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant désormais d’entendre des élus du PAM tel Hafid Chergui «remercier les élus du PJD pour leur contribution au débat sur les affaires locales et à la compréhension du plan Tanger-Métropole» et les élus du PJD rappeler que «la propriété privée est sacrée» mais que sur le dossier du club équestre, «seul son déplacement et la création d’un nouveau club moderne aux normes internationales a été approuvée». Selon Fatima Bellahsen, «pour le permis de construire pour le résidentiel, nous verrons lorsque le problème se posera; à ce moment-là, il y aura peut-être un autre président et d’autres élus».
A 18 mois des élections, les élus de la commune savent où se situent leurs intérêts et dans les couloirs de la commune, parler du PJD et du PAM qui se rapprochent n’est pas tabou.
Sur Tanger, le PJD a récolté 56% des voix aux dernières élections législatives contre moins de la moitié au PAM. Ce dernier dirige la commune avec une majorité hétéroclite de 5 partis dont le RNI, l’UC et le MP avec des indépendants qui dominent la majorité même si son chef, Fouad El Omari, est membre du PAM.
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