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Maroc-Algérie : frontières fermées, familles séparées

Universitaire et militante des droits humains, Fatiha Daoudi lutte contre l’indifférence et le cynisme qui frappent le sort des familles maroco-algériennes séparées par la fermeture des frontières terrestres entre le Maroc et l’Algérie depuis août 1994, il y a 20 ans. Entretien.  

Maroc-Algérie : frontières fermées, familles séparées
Jamal Amiar
Le 5 février 2014 à 12h35 | Modifié 5 février 2014 à 12h35

Fatiha Daoudi, militante associative des droits humains

 

Quelle est la réalité des familles séparées aujourd'hui ?

Fatiha Daoudi. Pour pouvoir répondre à cette question, il faut remonter l’histoire et dire que la notion de frontière en tant que limite n’existait pas dans la région. Seule, la colonisation française de l’Algérie a imposé des frontières coupées au cordeau afin d’y protéger ses intérêts.

Avant, et aussi loin que puisse remonter la mémoire de la région, la population frontalière algéro-marocaine circulait librement, commerçait et se mariait entre elle. Même la colonisation de l’Algérie n’a pu arrêter ces flux. Il suffit pour cela de se remémorer que l’arrière-pays de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie était la région de l’Oriental marocain.

Pour revenir aux relations de sang, elles sont jusqu’à nos jours très fortes. Il arrive qu’on trouve d’un côté de la frontière les parents et de l’autre les enfants mariés. Le lien le plus faible qui existe est le cousinage.

La récurrence de la fermeture des frontières entre l’Algérie et le Maroc est à son tour une donnée importante pour expliquer l’obligation de trouver des solutions humanitaires aux séparations qu’elle cause. Les familles ont été plus séparées que réunies depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962. En effet, les frontières ont été fermées en 1963 après la guerre des sables, en 1975 après la récupération du Sahara par le Maroc et depuis 1994. Cette dernière fermeture dure depuis 20 ans.

Quel est le nombre des familles concernées ?

Je ne peux avancer aucun chiffre à part dire que ce sont des centaines de milliers de familles pour ne pas dire toute la population frontalière. Dans le plaidoyer de notre association pour le développement humain et culturel de la région de l’Oriental Ryage.com, nous demandons à ce que ces familles soient recensées afin de leur trouver des solutions humanitaires qui leur permettront de se visiter.

Vous avez déclaré dans le cadre d’un reportage sur Médi 1 TV que ce qui était légal est devenu illégal. C’est-à-dire ?

Je voulais et veux dire que les relations familiales et commerciales entre la population frontalière se faisaient dans la légalité lorsque les frontières étaient ouvertes. Il suffisait, pour rendre visite à sa famille, d’acheter son ticket de train ou de car ou alors de prendre sa voiture. Les relations commerciales se faisaient de la même manière.

A contrario, lors des différentes fermetures et surtout depuis la dernière, les familles, pour se visiter, empruntent la voie clandestine dite Tarik al Ouahda parce que humainement il leur est impossible de ne pas se fréquenter. Et les relations commerciales sont devenues de la contrebande.

Les dirigeants des deux pays doivent avoir présent à l’esprit que les relations entre les populations frontalières sont de par le monde des relations très fortes que rien ne peut arrêter, même pas une décision politique.

Où en est l'idée du recensement pour permettre les visites ?

Elle reste une bouteille jetée à la mer. Notre plaidoyer dans ce sens ne trouve aucun écho ni à Alger ni à Rabat malgré le fait que nous ayons frappé à différentes portes.

Pourquoi la solution du télex n'est-elle pas utilisée ?

Cette question devrait être posée aux autorités des deux pays. La solution du télex nous semble intéressante surtout qu’elle a déjà été utilisée lors de la fermeture des frontières en 1975.

Pourquoi à votre avis, les choses restent-elles autant bloquées entre le Maroc et l'Algérie et notamment sur le plan de la coopération sur ce dossier des familles ?

Ce qui importe c’est qu’il soit trouvé des solutions humanitaires aux familles séparées afin qu’elles puissent se visiter. Le télex est une des solutions possibles. Le laissez-passer en est une autre. La population frontalière l’a utilisé pendant des années. Mais toute solution qui prenne en considération la dignité humaine serait la bienvenue.

Existe-t-il des moyens de pression pour faire sauter ce verrou de la frontière fermée même pour les échanges humains ?

Le plaidoyer de la société civile des deux côtés de la frontière pour des solutions humanitaires me paraît pour l’instant seul capable de venir à bout à l’indifférence politique.

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Tags : coronavirus
Jamal Amiar
Le 5 février 2014 à 12h35

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