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CULTURE

Un prix littéraire récompensera la darija

Le Centre de la Promotion de la Darija, de la Fondation Zakoura, lance le prix littéraire de la darija, subtilement rebaptisée «langue arabe marocaine Darija». Serait-ce le moment, pour les lettres marocaines, de s’attaquer en profondeur à la question linguistique, loin des réactions passionnelles?  

Un prix littéraire récompensera la darija
Hamza Mekouar
Le 5 février 2014 à 10h39 | Modifié 11 avril 2021 à 2h35

Les lettres pour interroger le statut des langues au Maroc

Le débat télévisé entre Laroui et Ayouch marquait la fin de la polémique sur la darija et semblait conforter le statut quo, mais le célèbre publicitaire, fervent défenseur de la darija, persiste et signe, au nom de sa Fondation. Peu médiatisée, cette première édition concerne les œuvres publiées en 2011, 2012 et 2013. Les œuvres doivent parvenir en trois exemplaires à la fondation avant le 30 avril 2014. Trois prix, dotés chacun de 15.000 DH, seront attribués :

-Prix de la création littéraire (roman, nouvelle, théâtre)

-Prix de la traduction (vers la darija)

-Prix de la littérature de la jeunesse et des enfants

La darija, langue de création?

Le prix littéraire spécial darija suppose l’existence d’une production pour le moins notable de livres en darija. Quelle est cette production? A vrai dire, sa légitimité est incontestable, mais l’arabisation idéologique politisée et ses oukases finement imposés aux peuples ont contribué à la négation de la spécificité linguistique marocaine, voire maghrébine, stoppant tout élan créatif en ce sens. Encore plus décourageants pour ceux qui seraient tentés, nombre d’écrivains, et non des moindres, ne considèrent pas le dialecte comme une langue de création, à l’instar de Abdallah Laroui. Enfin, le fait de publier des textes en dialecte, dans le contexte actuel, ne semble pas particulièrement rentable pour les éditeurs, jusqu’à preuve du contraire.  

Pour autant, les ouvrages en darija existent, bien qu’ils ne courent pas les rues ; les quelques initiatives émanent de personnes engagées, qui militent pour une reconnaissance du dialecte comme langue à part entière. Aujourd’hui, la production littéraire en darija est presque expérimentale.

Mourad Alami a publié il y a un an «Arrahil, Damaa msafra», roman entièrement écrit en darija. 

Des auteurs arabophones, à l'instar d'un Mohamed Berrada ou du dramaturge Youssef Fadel, ont depuis longtemps expérimenté l'écriture en darija.

Mohamed Elkhadiri, journaliste et écrivain marocain, est l’auteur de Al-hay wallaf, livre de récits en darija, publié en 2011.

Youssouf Amine Elalamy, écrivain de langue française, s’est essayé à la darija avec Tqarqib Nnab (bavardages), publié chez Khbar bladna, et vendu au prix modique de 10 DH.

A propos, Khbar bladna est une maison d’édition associative qui ne publie que des livres en Darija. Elle a été fondée par Elena Prentice, artiste peintre américaine installée à Tanger. Parmi les œuvres notables publiées par cette maison d’édition, qui semble exister loin des contraintes du marché, un savoureux recueil de poèmes de Fouad Lemseyah illustré par des dessins de Fouad Bellamine.

Des livres sur la darija

Si les livres écrits en darija sont encore peu nombreux, la production d’essais portant sur la darija- souvent en passant par le prisme de la diglossie- est plus prolifique. En plus du “Drame linguistique marocain“ de Fouad Laroui, sans conteste l’essai le plus abouti et le mieux argumenté sur le problème de la langue au Maghreb, il convient de noter l’essai de l’Algérien Abdou Elimam, “Le maghribi langue trois fois millénaire“, une œuvre salutaire sur l’opposition des penseurs panarabes au dialecte maghrébin.

En 1862, déjà, Auguste Cherbonneau publiait «Nouvelles observations sur le dialecte arabe de l'Algérie», essai un peu court mais non son intérêt sur le dialecte algérien. Le modèle, transposable dans nos contrées, semble résister aux outrages du temps.

«Parmi les infinitifs de fabrication berbère, il faut signaler tahramit (tahramiyat), « propension du mal», de la racine Haram ; teihoudit, manière d’agir particulière aux juifs, de l’adjectif ihoudi, (…), Sanâie’i, «industrieux», du substantif «sanaa». L’auteur évoque aussi les altérations du radical, qui résulte du déplacement d’une lettre ou de l’adoucissement d’une consonne. «Personne ne dit la’an «il a maudit», chems «soleil», la seule prononciation usitée pour ces mots est na’al, semch…elle se trouve dans la bouche des oulémas, aussi bien que chez les gens du peuple, à la ville comme sous la tente».

Ce livre est mis à la disposition des lecteurs, gratuitement, sur Gallica, portail numérique de la Bibliothèque nationale de France.

Pour revenir au drame linguistique marocain, l’auteur installé à Amsterdam estime que «l’arabe classique reste une langue artificielle, ce n’est pas une langue de vie dans laquelle on exprime ses sentiments».

Pour Fouad Laroui, on ne peut traduire ses émotions, son imaginaire, son subconscient sans passer par sa langue maternelle, et la naissance de la littérature d’expression française n’est qu’une réponse à cette forme de schizophrénie qu’est la diglossie. C’est la raison pour laquelle les écrivains marocains de langue française ayant pour langue maternelle la darija n’exploitent qu’une partie de leur potentiel.

Les amoureux des belles lettres doivent-ils espérer voir plus de livres en darija ? 

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Hamza Mekouar
Le 5 février 2014 à 10h39

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