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CULTURE

Exclusif. Fouad Laroui: la littérature, le Goncourt, l’amazighité…

ENTRETIEN. Fouad Laroui est nominé pour le Goncourt du roman après avoir obtenu en 2013 le Goncourt de la nouvelle. L’auteur et penseur marocain fait l’objet en même temps d’une absurde accusation de racisme anti-amazigh*. Il y répond sans détours.

Exclusif. Fouad Laroui: la littérature, le Goncourt, l’amazighité…
Hamza Mekouar
Le 9 septembre 2014 à 12h58 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

M24: Vous avez reçu le Goncourt de la nouvelle 2013 pour L’Étrange affaire du pantalon de Dassoukine. Vous n'avez pas eu de mal à vous remettre au travail?

-Si. Une telle récompense déstabilise un peu. On se dit que la barre est maintenant placée très haut: il ne faut pas décevoir les lecteurs ni les critiques. Mais bon, j’ai fini par me remettre au travail.

Écrire est pour moi une nécessité, une activité salubre, comme le sport. Même si vous gagnez un titre olympique, il faut, le lendemain même, remettre votre tenue et retourner au stade…

 

- Un peu plus d’un an plus tard, votre dernier roman, Les Tribulations du dernier Sijilmassi, figure sur la première sélection des livres en lice pour le prestigieux  Goncourt du roman 2014…

-Oui, c’est amusant et inédit. Je ne m’y attendais pas. Je me disais: «Pas deux années de suite, quand même…»

Et pourtant, ils l’ont fait. Je veux dire: les jurés du prix. Ce qui prouve leur esprit d’indépendance. Ils font ce qu’ils veulent.

 

- Les tribulations du dernier Sijilmassi, c’est un peu un roman initiatique dans la tradition voltairienne?

-Vous me faites beaucoup d’honneur en citant celui qui a su comme personne allier le style et l’engagement.

Mais plutôt que de roman initiatique, je parlerais de conte philosophique, ce qui est également très voltairien: derrière les péripéties de l’infortuné Adam Sijilmassi, il y a quelques idées qui me tiennent à cœur.

Et il y a une réflexion sur le rôle de la vitesse dans nos vies, sur la possibilité de retourner au rythme de nos ancêtres...

 

- On retrouve en arrière-plan du roman des thèmes qui vous sont chers: «le choc doux des cultures» comme vous dites souvent, ou encore votre réfutation du totalitarisme religieux…

-Oui. C’est un combat sans fin, hélas.

Cette fois-ci, j’ai essayé de fournir des arguments historiques dans cette lutte contre le fanatisme et le totalitarisme. Il y a eu beaucoup de travail de documentation avant même d’écrire la première phrase.

En particulier, j’ai relu les classiques de la pensée médiévale arabe, surtout les philosophes andalous. C’est d’une richesse et d’une audace extraordinaires.

 

-Le personnage principal va se retrouver pris dans une confrontation entre l’Etat en place et un système islamiste. C’est un peu ce qui se passe dans le monde arabe?

-Le dilemme de l’intellectuel arabe pris entre l’État et les fondamentalistes, c’est très actuel. Regardez ce qui se passe en Syrie, ce qui a failli se passer en Tunisie.

La dernière tribulation du pauvre Sijilmassi est effectivement celle-là. Mais il s’agit d’un roman, n’est-ce pas, et j’ai essayé d’assurer au lecteur le fameux «plaisir de lecture» dont parlait Barthes. C’est l’essentiel, me semble-t-il. Si le lecteur ne passe pas un bon moment, c’est raté.

 

-Sinon, comment jugez-vous la situation actuelle de la littérature marocaine de langue française ?  

-Je l’ai souvent dit: elle va plutôt bien, à côté des écrivains déjà installés, beaucoup de jeunes se lancent dans l’aventure.

Je viens de lire la semaine dernière le roman d’un ex-jeune cadre dynamique et celui d’une pharmacienne, tous deux publiés à Casablanca. Ils ont chacun leurs mérites et leur intérêt. Ce qui manque, ce sont de vrais éditeurs.

Il n’y en a que deux ou trois, qui font du bon travail, là où il en faudrait une bonne dizaine.

 

-Dans un certain web, on vous accuse de racisme anti-amazigh suite à votre publication en 2006 d’une chronique au ton décalé dans laquelle vous vous insurgiez contre le profilage ethnique des Marocains installés aux Pays-Bas. Comment réagissez-vous à ces accusations ?  

-C’est absurde. Et d’abord, ça veut dire quoi «racisme anti-amazigh»? Étant donné que tous les Marocains sont amazigh à des degrés divers, cela serait synonyme de racisme anti-Marocain, et cela de la part d’un Marocain! C’est comme un chat qui n’aimerait pas les chats. Vous voyez l’absurdité de la chose?

Cette campagne montre une fois encore que la bêtise, la méchanceté et la mauvaise foi mènent le monde.

Rétablissons les faits: il y a quelques années, des jeunes Néerlandais d’origine marocaine décident de faire une enquête sur les artistes et intellectuels marocains résidant aux Pays-Bas. Je reçois leur questionnaire. Une question me stupéfie: ils nous demandent à quelle tribu nous appartenons! Tribu!! Ces jeunes écervelés ne savaient vraiment rien du Maroc moderne: ils croyaient que tous les Marocains appartiennent encore à des tribus, aujourd’hui! J’ai éclaté de rire puis j’ai été attristé par une telle méconnaissance par ces jeunes de deuxième génération du pays de leurs ancêtres.

Du coup, pour me moquer d’eux, j’en fis une chronique au ton léger dans Jeune Afrique sous le titre ‘Apaches, Berbères et Nez-Percés’. Vous voyez d’où vient le malentendu? Des gens se sont fâchés en lisant trop rapidement ma chronique parce qu’ils ont tout pris au premier degré: ils ont cru que je me moquais des Berbères… Quelle idiotie! Quelle lecture pauvre et niaise! Comme je manie l’ironie, qui consiste à dire le contraire de ce qu’on pense, ils comprennent exactement l’inverse de ce que je pense…

C’est donc la médiocrité et l’ignorance des procédés stylistiques qui sont à l’origine du malentendu. D’où des réactions au ton outragé dans certains médias. L’affaire a pris en 2008 des proportions ahurissantes: cette année-là, je suis tombé sur des textes écrits en anglais par des Libyens ( !) qui me dénonçaient comme auteur de pamphlets discriminatoires. Bien entendu, ils ne savaient pas qui j’étais et n’avaient jamais rien lu de moi. Mais c’est la malédiction d’Internet: les textes circulent sans contrôle, sont déformés, mal compris, etc.

Bref, voici des années que cette absurde histoire circule. Ceux qui la perpétuent n’ont lu aucun de mes romans, nouvelles, essais, etc. Ils ne me connaissent pas, il ne connaissent pas mes idées, mais ils répètent bêtement ce que d’autres leur disent.

Internet et les réseaux sociaux ont malheureusement tué tout esprit critique. En tout cas, avec la mise au point que je fais ici, les choses sont maintenant claires et cette absurde fable devrait disparaître.

Si quelqu’un continue de la propager, c’est qu’il est bête, malveillant ou de mauvaise foi. Et dans ce cas, il ne mérite pas qu’on le prenne au sérieux.

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*Un militant amazigh connu et respecté, crédible aussi, a créé une page Facebook contre l’attribution du Goncourt à Fouad Laroui, “pour ne pas cautionner ses idées racistes contre les amazighs“. L’accusation est grave. Elle se base notamment sur une chronique publiée sur Jeune Afrique. Nos lecteurs se feront leur propre opinion, en lisant les réponses de Fouad Laroui dans l’entretien ci-dessus et également en allant sur la page FB et sur Jeune Afrique. Pour notre part, nous sommes convaincus que cette accusation est absurde car ceux qui la relaient n’ont pas pris la peine d’effectuer les recherches nécessaires.


 

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Hamza Mekouar
Le 9 septembre 2014 à 12h58

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