Les grands embarras du PJD
Ces dernières semaines, certains membres du PJD ou de ses organisations parallèles ont eu un discours sensiblement différent de celui du gouvernement, sur nombre de sujets. Quant aux ministres PJD, ils n'ont pas hésité à prendre position contre d'autres ... ministres. Sans compter les divergences entre la base et le sommet.
De l'opposition à la majorité, le chemin de croix est long, et la transition ne se passe pas sans heurts. Le PJD, actuellement au gouvernement, récolte le fruit de cette évolution.
Hésitant à assumer, pleinement, ses responsabilités gouvernementales, avec ce qu'elles imposent comme compromis et comme déviations par rapport au discours antérieur, il donne parfois l'impression d’être dans un gouvernement qui n'est pas le sien, en se désolidarisant de certains de ses ministres.
Et les organisations parallèles du parti, que Benkirane a invitées à jouer "le rôle de l'opposition", n'y vont pas de main morte. Quelques exemples récents sont très parlants à ce sujet.
>Une Justice opposée à l'Intérieur
D'un coté, le ministère de l'Intérieur interdisant des événements organisés par Amnesty et l'AMDH. De l'autre, celui de la Justice, accusant implicitement l'Intérieur d'agir dans l'illégalité.
Que la Justice et l'Intérieur aient des désaccords, n'est pas anodin. Et que ces désaccords éclatent au grand jour, au lieu d’être réglés dans les réunions de travail ou lors des Conseils du gouvernement, témoigne d'une problématique absence de coordination.
>Egypte: deux présidents, deux légitimités
Tandis que la diplomatie marocaine, représentée par Salaheddine Mezouar, le ministre des affaires étrangères, s'est résolue à reconnaître la légitimité de Sissi, le PJD n'a pas bronché: Mohamed Morsi ou rien.
Ce faisant, il campe sur sa position: en août 2013, le parti de la lampe avait participé à une marche de solidarité avec l'ex-président égyptien.. En juin 2014, les PJDistes avaient refusé de faire acte de présence, lors d'une réception organisée par l'ambassade égyptienne, et à laquelle ils étaient conviés.
Mohamed El Hilali, vice-président du Mouvement unicité et réforme (MUR), est allé jusqu'à demander l'incarcération de Sissi, qui prévoyait de venir au Maroc en septembre 2014.
Dans une déclaration faite à TelQuel, Abdelaziz Aftati a résolu le dilemme en disant que "les relations historiques entre deux États, l’Égypte et le Maroc, ne peuvent être influencées par les affaires internes de deux pays (...) mais le PJD garde tout de même sa position officielle concernant l’Égypte".
C'est, certes, vrai, mais l'embarras du PJD vis-à-vis de ces relations diplomatiques 'contre-nature', n'est pas prêt de s'effacer.
>Da'esh: entre lois rédhibitoires et volonté de pardon
Plus de 1.500 Marocains partis combattre en Syrie, certains ayant fini par rejoindre les rangs de l'EI. Plusieurs démantèlements de cellules dormantes au Maroc. Des incarcérations de jihadistes retournés au bercail. Le bilan de l'action antiterroriste de 2013 et de 2014 est révélateur de l'ampleur de la menace terroriste qui plane sur le Maroc. Et le gouvernement a pris les dispositions qu'il faut pour contrer le fléau.
Mais sur ce dossier, le PJD semble être traversé par des tendances contradictoires: alors que le gouvernement a, récemment, adoptée un projet de loi antiterroriste, censée durcir l'arsenal législatif déjà adopté dans ce sens, Khalid Boukarai, le SG de la chabiba du PJD, a préconisé une approche différente: dialoguer avec les jihadistes marocains souhaitant retourner au Maroc car, après tout, "ils sont Marocains".
>Droits de la femme: ligne politique vs ligne idéologique
En 11 ans, le PJD a eu le temps de changer d'avis sur la question des droits de la femme: alors qu'en 2001, le parti de la lampe avait organisé une méga-manifestation pour s'opposer à la réforme, il semble avoir aujourd'hui accepté de revoir sa conception de la femme.
Du moins dans son programme politique: nous nous souviendrons longtemps de la bourde dont nous a gratifié Abdelilah Benkirane, avec son concept de femme-lustre --qui, pour certains, a engendré une polémique qui n'a pas lieu d’être, car fondée sur une mauvaise interprétation du speech du chef du gouvernement.
Quoi qu'il en soit, certains membres du PJD et des organisations parallèles du parti n'hésitent pas à exprimer leur profond désaccord avec le progressif gain de pouvoir, de droit de parole et de représentativité des femmes.
Et, avant même sa nomination à la tête du gouvernement, Benkirane disait clairement à ceux qui lui demandaient une réforme plus courageuse du statut de la femme: "Moi, je serai honnête avec vous, ne comptez pas sur moi pour toucher le Coran!"
En novembre 2013, il a retiré le projet de loi contre les violences faites aux femmes, promettant un retour rapide de ce projet dans les circuits législatifs. On attend toujours.
>Majopposition ?
Que les organisations parallèles adoptent un discours éloigné de celui du bureau du parti n'est pas (très) problématique. Le PJD peut se targuer d’être l'un des partis les plus démocratiques sur le plan interne, et la parole contestataire de ses militants, reconnue par le SG du parti qui les invite à remplir le rôle de l'opposition, s'en trouve canalisée et débarrassée de son potentiel nuisible. A condition, toutefois, qu'elle évite d'aller à contre-courant de la ligne du gouvernement, sur les sujets sensibles.
Paradoxalement, le PJD ne fait pas de même avec son gouvernement: en se désolidarisant ou en s'opposant, publiquement, aux prises de position et au programme de certains ministres, le parti de la lampe porte un rude coup à l'image de cohésion qu'est censé véhiculer le gouvernement, et montre que, entre la liberté de ton de l'opposition à la résignation de la majorité, le parti peine à faire son choix.
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