img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Au Maroc, le traitement de l'hépatite C coûte 100 fois plus cher qu'en Egypte!

L'Egypte a commencé à produire le sofosbuvir en générique, au prix de 300 dollars/traitement. Au Maroc, un patient doit toujours payer 80.000 dollars.650.000 Marocains peuvent être concernés.

Au Maroc, le traitement de l'hépatite C coûte 100 fois plus cher qu'en Egypte!
Naceureddine Elafrite
Le 30 mars 2015 à 17h24 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

Au commencement, une petite société pharmaceutique américaine. Petite par la taille, mais son nom trahit son ambition. C’est “Pharmasset“, un nom qui annonce la couleur, celle des billets verts. Asset, ce sont les bénéfices que l’on compte tirer du pharma, le médicament.

Les fondateurs de Pharmasset ont effectivement créé de la valeur financière, pour eux-mêmes et leurs actionnaires. Leur petite boîte, qui n’avait en portefeuille que trois anti-viraux en développement, a été rachetée en 2011, à 11 milliards de dollars. En treize années d’existence, c’est un petit record.

Aux Etats-Unis, les bénéfices énormes et indécents dans la santé humaine sont monnaie courante. Il est fréquent que des laboratoires bien installés engrangent des bénéfices gigantesques grâce à une molécule rachetée à un groupe d’étudiants dans une université.

Le repreneur de Pharmasset est un laboratoire de bio-technolgies, Gilead.

Le pari qu’il a fait en rachetant Pharmasset s’est avéré gagnant puisque le médicament sur lequel il a parié lui a rapporté en une année, l’équivalent du coût d’acquisition de Pharmasset.

Gilead avait en effet racheté les trois molécules anti-virales, dont le sofosbuvir, un traitement oral et rapide, considéré comme efficace dans le traitement d’une partie importante des cas d’hépatite C. En tous les cas, le médicament le plus efficace pour le moment.

L’enjeu est mondial.  Au moins 185 millions de personnes dans le monde ont été infectées par le virus de l’hépatite C selon l’association Médecins du monde. Au Maroc, 1,93% de la population sont concernés soit 650.000 personnes. En Egypte, 14 millions. En France, 120.000 personnes ont besoin du traitement.

Pour n’importe quel être humain normalement constitué, cette découverte serait une grande joie. Par la perspective de soulager des misères et de guérir des dizaines de millions d’individus.

Pas pour Gilead. Pour le laboratoire américain, c’est un immense marché, captif de surcroît.

Car Gilead entend amortir son investissement de rachat de Pharmasset et réaliser des bénéfices. Et c’est pourquoi le laboratoire met le prix du traitement à un niveau stratosphérique. Le premier prix annoncé est de 80.000 dollars pour un traitement complet. Multipliez par quelques dizaines de millions de malades et vous aurez une idée. Pour la seule année 2014, le chiffre d’affaires généré par Sofisbuvir a dépassé les 10 milliards de dollars.

Une profonde indignation s’exprime progressivement dans le monde. Selon Médecins du monde, le prix de revient d’un traitement complet est seulement de 50 à 100 euros. Le 10 février dernier, l’organisation humanitaire Médecins du monde a attaqué le brevet de ce traitement, et a entamé une procédure d’opposition auprès de l’Office européen des brevets.

L’ONG écrit dans un communiqué que “si l’utilisation du sofosbuvir pour traiter l’hépatite C est une avancée thérapeutique majeure, la molécule en elle-même, fruit de travaux de nombreux chercheurs publics et privés, n’est pas suffisamment innovante pour mériter un brevet. Puisque Gilead abuse de son brevet pour exiger des prix insoutenables pour les systèmes de santé, Médecins du Monde a décidé de le contester; c’est la première fois en Europe qu’une ONG médicale utilise cette voie pour améliorer l’accès des patients aux médicaments“.

Le mot est lâché. Le brevet est abusif ainsi que toute l’attitude de Gilead.

Médecins du monde n’est pas la seule ONG à être indignée. L’indignation est mondiale, et c’est le cas au Maroc.

En France, des associations dont SOS Hépatites, Médecins du monde et Aides s’indignent publiquement et, on l’a vu, vont en justice et demandent au ministère français de la Santé de prendre une licence d’office sur la molécule pour l’autoriser en générique.

Dans notre pays, plusieurs ONG tirent la sonnette d’alarme, dont l’infatigable ALCS, le Collectif pour le Droit à la Santé Maroc et la Coalition internationale de Préparation aux Traitements dans la région MENA (ITPC-MENA).

Gilead ne perd pas le nord. Il signe avec des “génériqueurs“ indiens un accord pour produire la molécule en générique et l’exporter dans 91 pays à faible revenu. Les pays à revenus élevés ou intermédiaires comme le Maroc, sont exclus de cet accord qui renforce en réalité la mainmise de Gilead sur le marché solvable.

ITPC explique qu’au Maroc, seulement 2.000 personnes étaient prises en charge par le ministère de la Santé notamment par l’intermédiaire du Ramed et de l’AMO.

Dr Othman Mellouk, militant au sein d’ITPC-MENA, voit trois issues possibles pour le Maroc:

1.       Négocier avec Gilead: L’Egypte l’a fait. Elle a obtenu un prix de 350 dollars par traitement (vous voyez la différence avec le prix facial de 80.000 dollars) et finalement a lancé ses propres lignes de production. Actuellement, le produit générique fabriqué en Egypte est vendu à 300 dollars pour un traitement complet.

En mars 2014, révèle le Dr Mellouk, une délégation de la société civile, parmi laquelle des membres de ITPC-MENA et l’ALCS, a rencontré les responsables de Gilead à Bangkok. Les participants marocains avaient demandé à Greg Alton de Gilead si le Maroc allait bénéficier du même prix que l’Egypte. Ce dernier avait répondu clairement que le prix serait plus élevé car la situation du Maroc était différente.

Selon notre source, le représentant de Gilead avait annoncé que les critères qui seraient pris en compte par le laboratoire pour fixer les prix dans les pays en développement sont : la sévérité de l’épidémie, le niveau de revenu du pays et la volonté du pays à traiter.

Dr. Mellouk estime l’option de négocier un prix avec Gilead “a peu de chances d’aboutir au prix le plus bas fixés aujourd’hui par le laboratoire à savoir un prix similaire à celui de l’Egypte, du Pakistan et de l’Inde“.

2.       Importer un générique de l’étranger :

“En l’absence d’un brevet bloquant qui protégerait la molécule principale au Maroc, il est tout à fait envisageable et légal d’importer une version générique de l’étranger. Reste à trouver une source d’approvisionnement. Si jusque là l’Inde, de part son industrie pharmaceutique assez performante et respectant les bonnes pratiques dans le domaine, a été considérée comme la pharmacie des pays en développement. Cependant, la stratégie de Gilead a été de verrouiller la production Indienne en proposant aux génériqueurs Indiens les plus importants, onze à ce jour, sa licence volontaire. Le Maroc étant exclu du territoire géographique de la licence, ne pourra bénéficier de ces génériques. Tout laboratoire qui exporterait vers le Maroc pourrait risquer des sanctions. Reste à trouver des producteurs Indiens qui n’ont pas signé la licence de Gilead ou dans un autre pays où il n’existerait pas de brevet sur la molécule“.

A cette date, seuls trois laboratoires de médicaments génériques produisent le sofosbuvir: deux en Egypte et un au Bangladesh. Le Maroc pourrait parfaitement en importer, sous réserve de la qualité des produits et de leur enregistrement.

3.       Produire le sofosbuvir localement:

Avec ses 33 unités de production, l’industrie pharmaceutique marocaine pourrait parfaitement fabriquer du sofosbuvir.

Voilà une bonne  nouvelle. Attendons la suite pour voir. Et quelle que soit l'issue, il faudra en profiter pour ouvrir le dossier des brevets abusifs et des royalties versées par le Maroc et qui ne sont pas toujours justifiées.

Du côté du gouvernement, nous sommes en mesure d'affirmer que le ministre de la santé, Lhoucine Louardi, suit personnellement la question et qu'il y est très sensible. Mais on ne voit toujours pas de solution. Aucune des trois énumérées ci-dessus.

MISE A JOUR: après la mise en ligne de notre article, de nouvelles informations nous sont parvenues au sujet d'un prix de vente en Egypte, de 300 dollars par mois, soit 900 dollars pour un traitement.

D'autres informations, en provenance d'une ONG française, avancent le prix de 300 dollars pour un traitement complet.

Quoi qu'il en soit, nous avons changé le titre initial qui disait "266 fois plus cher" pour un "100 fois plus cher". Dans un cas comme dans l'autre, retenons que c'est beaucoup plus cher qu'en Egypte et surtout beauoup trop cher dans l'absolu 😉

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Naceureddine Elafrite
Le 30 mars 2015 à 17h24

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité