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CTP Maroc. Nouvelles révélations

Facundo Armero Madrid, le principal actionnaire de l’entreprise, est décrit dans la presse espagnole comme un spécialiste des “mises en faillites” et du transfert des trésoreries de ses sociétés “en difficulté” vers d’autres entités d’un réseau tentaculaire d’entreprises qu’il détient.

CTP Maroc. Nouvelles révélations
Omar Radi
Le 29 avril 2015 à 16h31 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Suite à la publication de notre article sur la faillite non-déclarée de la société de construction CTP Maroc, plusieurs sources proches de l’entreprise ainsi que des sous-traitants nous ont contactés. Ces rencontres ont permis de clarifier davantage la situation de CTP Maroc, les raisons de sa faillite, mais également pourquoi ses principaux dirigeants, Facundo Armero Madrid -son actionnaire principal-, et Amine Bensouda, son administrateur directeur général, ont disparu dans la nature.

Au Maroc, pour fermer une société anonyme, des procédures lourdes doivent être engagées, et ce après avoir prouvé l’incapacité définitive de celle-ci à honorer ses engagements envers ses partenaires.

De ce point de vue-là, le cas de CTP Maroc demeure un mystère: à peine un an après avoir obtenu une qualification en Classe 1 de la part du ministère de l’Equipement et des Transports, l’entreprise est devenue insolvable, et ses banques (CDM/AWB/BMCE) ont cessé de payer les chèques et effets échus.

Pourtant, les affaires tournaient bien. L’entreprise décrochait des marchés de taille importante et se présentait comme le leader de la construction industrielle. Pour les médias et le grand public, c’était une entreprise exemplaire, une exemplarité courronnée par une catégorisation fiscale.

Mais au sein de la compagnie tangéroise, depuis plusieurs années déjà, de curieux événements se produisaient dans les coulisses.

“Facundo Armero a ramené un staff de cadres et consultants espagnols, qui sont contractuels avec CTP Espagne” raconte une source de Médias 24, “CTP Maroc les payait en espèces contre leurs prestations, tout était compris, même le logement et jusqu’à la femme de ménage (...) mais malgré ces règlements faits avec du cash, dans les papiers, ces consultants étaient payés par virement en devises vers la société mère”.

Notre source indique que ces virements sont de l’ordre de 8 MDH annuellement.

Ce n’est pas tout, un autre cadre de l’entreprise témoigne que CTP Espagne surfacturait des prestations et des ventes à CTP Maroc, dont la réalité ne correspondait guère aux libellés des factures.

“On envoyait de la ferraille à CTP Maroc, mais dans la facture, c’était des équipements de construction qu’on payait incroyablement plus cher que le prix de ce qui avait été réceptionné”. Notre source se rappelle qu’une fois CTP Maroc avait commandé une machine à béton qui coûte 100.000 euros, mais ce sont 300.000 euros qui ont quitté le royaume via cette opération”.

Mort subite

Amine Bensouda, l’administrateur directeur général de l’entreprise, détenteur d’actions symboliques dans le capital, a commencé dès le mois de février à émettre des lettres de désistement, voire de résiliation des contrats de constructions signés avec CTP Maroc. En ce mois de février, les fournisseurs commençaient déjà à lever le ton et à procéder à des saisies conservatoires pour faire valoir leurs droits. Ce sera aussi le dernier mois où les salaires seront versés aux salariés de l’entreprise.

Le chantier de la centrale solaire de Ouarzazate connaît alors l’arrêt des travaux de la partie incombant à CTP Maroc.

L’entreprise doit y construire les bâtiments d’accueil, et ceux abritant le personnel et les équipements gérant la centrale. Face aux protestations des ouvriers sur place, laissés-pour-compte de cette résiliation et pas payés depuis bien avant février, Masen a dû prendre les choses en main.

Serrée par les deadlines, surtout par l’approche d’une inauguration royale du projet dont on annoncé l’ouverture cet été, Masen a transféré le chantier à la société Jet Alu. Celle-ci avait été soumissionnaire à l’appel d’offres initial, mais avait été recalée dès la première étape d’examen du dossier administratif.

“Même s’ils travaillent 24h/24, ce chantier ne pourra être prêt que vers la fin 2015” explique une source qui travaillait dans le projet Masen.

La situation est plutôt similaire du côté de l’usine Bombardier de Nouaceur, que devait construire CTP Maroc. “Le chantier est terminé, mais les réserves n’ont pu être levées afin d’obtenir un bon de livraison final” affirme une source qui connaît le dossier, “ceci est dû au refus des fournisseurs de poursuivre le travail avec CTP, de peur de ne jamais être remboursés”.

Facundo Armero Madrid, un habitué des fermetures?

Le patron de Construcciones Torre Pacheco, la CTP espagnole, a l’air bien connu de la presse espagnole. Décrit comme un magnat de la construction dans la ville de Murcie, il a aussi beaucoup de liens avec les hommes politiques de sa région, notamment ceux du Parti populaire. Des liens, mais aussi des procédures judiciaires. En 2008, sa mise sur écoute a permis, selon El Pais, de révéler un large réseau de trafic d’influence.

En 2014, il a été accusé de détourner 200vM d’euros de deux de ses propres entreprises. Le principe de ce “détournement” reposait, selon le commissaire aux comptes de ces entreprises, en une “pré-déclaration d’une faillite volontaire de deux ans, le transfert de trésorerie et des propriétés à d’autres sociétés dans le même groupe, et même pardonner des créances s’il y en a”.

CTP Maroc ne disposait pas de locaux en propriété, elle louait des plateaux de bureaux, dont le propriétaire réclame aujourd’hui une dette de 480.000 DH, et la plupart des équipements de l’entreprise étaient en leasing.

Sans immobilisations substantielles, l’entreprise n’avait que ses flux de trésorerie. Les dettes fournisseurs qui n’ont pas été réglées, et que plusieurs de nos sources ont recensées s’élèvent à quelque 60 MDH, un chiffre qui pourrait être inférieur à la réalité des engagements de CTP Maroc. Plus d’une quinzaine de ces fournisseurs sont de petite taille, qu’un non paiement pourrait mettre dans de sérieuses difficultés.

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Omar Radi
Le 29 avril 2015 à 16h31

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