Des associations de consommateurs s'interrogent sur la qualité du lait
Les consommateurs marocains se détournent du lait, à en croire les volumes de vente de lait usiné. En cause notamment, une méfiance générale sur la qualité du lait. Les doutes des consommateurs sont-ils fondés?
La filière laitière est actuellement traversée d’incohérences. Alors que la campagne de production laitière est cette année abondante, les ventes de lait usiné sont en chute libre depuis 9 mois. Et alors que la profession peine à séduire le consommateur marocain sur les vertus de la consommation de lait, la filière prévoit de doubler la production laitière d’ici 2020.
C’est dans ce contexte que la fédération du lait Fimalait a lancé il y a 2 semaines une campagne de sensibilisation, pour informer les consommateurs sur les vertus nutritives du lait.
A-t-on raison d’être méfiants sur la qualité du lait que nous consommons? Les associations de consommateurs pointent du doigt deux problèmes sanitaires majeurs, des polémiques infondées importées de l’étranger ou un manque de transparence général des opérateurs qui perturbent les ventes du lait.
Le lait de colportage: une bombe sanitaire
Déjà mentionnée dans un précédent article par le DGA de Centrale Laitière Abderrahmane Tarabi, la recrudescence du lait de colportage dans la consommation de lait des ménages marocains est une cause possible de la chute des ventes de lait usiné. Il s’agit de lait collecté d’une manière informelle par des individus qui les revendent en tant que “lait de ferme“, à des particuliers ou des laiteries.
Difficile à quantifier car échappant au secteur formel, la consommation de ce lait présente un risque sanitaire conséquent. Pour Bouazza Kharrati, vétérinaire et Président de la Fédération de défense des consommateurs, le lait en vrac ou lait de colportage est une véritable bombe sanitaire.
Vendu par les producteurs aux collecteurs ou directement aux clients à des prix attractifs, le lait en vrac trouve pour premier client les laiteries - qui le transforment en produits laitiers - mais également les cafés, et même les consommateurs finaux. Pour se donner une idée de l’ampleur du phénomène, le Président de la fédération avance comme ordre de grandeur le chiffre de 35% de la consommation totale de lait et produits laitiers. Selon lui, ce taux approche les 50% en période de Ramadan. Les chiffres de Fimalait qui ne sont pas actualisés concordent: en 2009, seulement 64% de la production laitière était usinée.
Le problème de cette filière de distribution, le colportage, c’est qu’aucun contrôle n’est assuré ni sur les conditions de production, ni de transport. Dans la plus grande opacité, ce lait peut être mélangé à l’eau mais également à des conservateurs, des additifs alimentaires, ou du lait périmé.
Les chaînes de froid ne sont pas nécessairement respectées au cours du transport. Mélangé ou mal conservé, ce lait peut s’avérer impropre à la consommation. Le vétérinaire et défenseur des consommateurs avertit du risque tuberculeux lié à sa consommation, et rappelle que 16% des cas de tuberculose sont transmis par origine animale au Maroc. Le lait informel peut également être vecteur de maladies infectieuses à bactéries comme la brucellose.
La fédération est opposée à la vente de lait en vrac dans les conditions actuelles et appelle les autorités à se mobiliser.
Tout le monde n’est toutefois pas de l’avis de la FDC. Pour Oudia Madih le Président de l’association Uniconso, l’hypothèse du lait de colportage comme facteur de la chute des ventes de lait industriel est illogique.
A part les laiteries, la très grande majorité du lait consommé est d’origine industrielle. Il explique la baisse avérée des ventes de lait, par la chute de la consommation.
Pour lui, l’élément qui entre en jeu se trouve sur les réseaux sociaux. Des campagnes de défense des consommateurs ont fait polémique aux USA et en Europe, où on trouve un phénomène inverse de surconsommation de lait, alertant sur les risques de la consommation de lait, et des maladies qu’elle engendre.
Ces campagnes ont beaucoup circulé au Maroc et ont contribué à inquiéter les consommateurs. S’il reconnaît que ces études sont infondées, le défenseur des consommateurs avertissent d’un réel risque sanitaire porté par le lait industriel transformé.
Tricheries et intoxications chimiques dans l’industrie du lait
La triche dans l’industrie du lait consiste à ajouter des additifs de goût ou de conservation au lait, et cela sans prévenir le consommateur à travers l’étiquetage. «La triche dans le lait industrialisé existe, et nous la constatons au niveau de notre association», accuse O. Madih.
Ces constats se font par simple observation, selon lui: lorsque le lait pasteurisé ne tourne pas après 72H dans un réfrigérateur, il existe des présomptions fortes d’addition de conservateurs. Or, le principe du lait et de la crème - produit non transformé au sens de la réglementation sanitaire - c’est qu’il n’y a ni addition, ni retrait (cf. circulaire conjointe du Ministère de l’agriculture et du Ministère de la santé N°001/97).
Le témoignage de Bouazza Kharrati confirme cette hypothèse. Certaines sociétés, «surtout celles qui voient leur chiffre dégringoler» pratiquent ce type de fraude. Et les additifs portent également des dangers sur la santé. Les conservateurs sont cancérigènes à long terme. Sans parler des autres produits chimiques ajoutés qui sont totalement impropres à la consommation.
O. Madih apporte en effet des témoignages effrayants. Celui de cette consommatrice qui retrouve une brique de lait qui en tournant est devenu bleu. Ceux de deux salariés de sociétés productrices de lait, qui confirment l’addition de lait en poudre périmé dans le lait et les produits dérivés par les industries.
Ces tricheries ne sont pas un secret, même si rien ne prouve qu’elles sont appliquées au Maroc dans l’industrie laitière: des scandales ont déjà éclaté auprès de coopératives laitières et de transporteurs qui jouaient aux apprentis sorciers avec le lait distribué. L’année dernière, les gérants d’une coopérative laitière et un collecteur ont été arrêtées par la brigade judiciaire d’El Jadida après la découverte de produits chimiques dans le lait.
A Settat, une autre coopérative avait été prise la main dans le sac en tentant de mélanger au lait frelaté de l’eau, du sucre et de la javel, avant de le revendre aux industriels.
Pour le Président d’Uniconso, “le crime profite aux industriels“, et ceux-ci sont au moins responsables de ne pas assurer les contrôles adéquats sur le lait qu’ils achètent. Tout cela est rendu possible par l’inadvertance des autorités de contrôle de l’ONSSA. L’ONSSA n’est pas assez outillé et répressif. La loi sur la sécurité alimentaire a donné beaucoup de souplesses aux fournisseurs, en leur laissant la responsabilité du contrôle. Le contrôle de l’administration est effectué a posteriori. Et l’industriel n’a pas pris la mesure de la responsabilité sanitaire qui lui incombait, regrette O. Madih.
«Les deux leviers de contrôle, que sont le droit de la concurrence et le droit des consommateurs, sont aujourd’hui en panne, laissant aux industriels la liberté totale d’agir n’importe comment de proposer à la consommation n’importe quoi».
Une grande enquête pour dissiper la méfiance
Au niveau des associations de consommateurs, on constate que ces derniers agissent par méfiance. Exposé à l’info comme à l’intox qui circulent autour du lait, le consommateur préfère se détourner de cet aliment.
Consciente de ce phénomène de méfiance, la Fédération de défense des consommateurs est en train de mener une grande enquête comparative sur les produits laitiers. Chaque produit doit être soumis à une étude organoleptique (tests chimiques sur le produit) et à une vérification de conformité avec la réglementation sur la sécurité sanitaire, sur l’étiquetage, et l’emballage. La fédération pilote l’enquête, en coordination avec des organismes reconnus au niveau national et même international.
Et si la fédération observe une infraction aux règles sanitaires, elle se dit prête à user tous les recours offerts par la réglementation, en saisissant les services concernés, à défaut d’autorisation d’ester en justice.
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