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L'audiovisuel public sous les feux des projecteurs

Le statut de l’audiovisuel public, sa programmation, son autonomie, ses dirigeants, sont en question ou sur la sellette.

L'audiovisuel public sous les feux des projecteurs
K. T. & J .A.
Le 5 juin 2015 à 15h11 | Modifié 11 avril 2021 à 1h03

2M a-t-elle eu raison de diffuser la soirée de Jennifer Lopez, le 29 mai 2015? Telle est la question. Une question qui en soulève pas mal d'autres.

Sur proposition du ministre de la communication, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a saisi la présidente de la HACA au sujet de la diffusion, le vendredi 29 mai par la chaîne 2M, de la soirée de Jennifer Lopez, dont les images sont qualifiées de «scènes sexuellement suggestives».

Cette retransmissions, en différé, contrevient selon la lettre (fac similié ci dessous) du chef du gouvernement, à la Constitution et notamment son article 165:

Article 165 de la Constitution

La Haute autorité de la communication audiovisuelle est une institution chargée de veiller au respect de l’expression pluraliste des courants d’opinion et de pensée et du droit à l’information, dans le domaine de l’audiovisuel et ce, dans le respect des valeurs civilisationnelles fondamentales et des lois du Royaume.

Elle viole également la loi 77.03 de l’audiovisuel, et notamment son article 9:

Loi 77.03 (Communication audiovisuelle)

Article 9

Sans préjudice des sanctions prévues par les textes en vigueur, les émissions et les reprises de programmes ou de parties de programmes ne doivent pas être susceptibles de :

·        porter préjudice aux dogmes du Royaume du Maroc tels que définis par la Constitution, notamment ceux relatifs à l’Islam, à l’intégrité territoriale du Royaume et à la monarchie ;

·        porter atteinte à la moralité publique ;

·        faire l’apologie et servir les intérêts et la cause exclusifs des groupes d’intérêts politiques, ethniques, économiques, financiers ou idéologiques ;

·        faire l’apologie de la violence ou inciter à la discrimination raciale, au terrorisme ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur origine, de leur appartenance ou non à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ;

·        comporter des incitations à des comportements préjudiciables à la santé, à la sécurité des personnes et des biens ou à la protection de l’environnement ;

·        comporter, sous quelque forme que ce soit, des allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur les consommateurs ;

·        porter préjudice aux droits de l’enfant tels qu’ils sont universellement reconnus.

Article 49

Les cahiers des charges sont établis par le gouvernement, approuvés par la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle et publiés au «Bulletin officiel».

Ces cahiers des charges définissent les obligations des sociétés nationales de l’audiovisuel public, notamment celles relatives à leurs missions de service public.

Conformément aux dispositions du dahir n°1-02-212 du 22 joumada II 1423 (31 août 2002), la Haute Autorité contrôle le respect par les sociétés nationales de l’audiovisuel public des prescriptions de leur cahier des charges.

Selon le chef du gouvernement, elle viole enfin différentes dispositions du cahier des charges de 2M et en particulier l’article 55 relatif à la protection des droits de l’enfant, et l’article 2 relatif à la protection de la famille, de la femme et de l’enfant.

La lettre rappelle de précédents avis et décisions de la HACA sur des questions similaires, sanctionnant des dérives sur des radios privées.

Le chef du gouvernement demande à la présidente de soumettre cette question au conseil supérieur de la communication audiovisuelle.

Dans sa lettre, Abdelilah Benkirane juge que certaines images de la soirée Jennifer Lopez avaient une connotation sexuelle, étaient impudiques et attentatoires aux valeurs religieuses et morales de la société marocaine, choquantes pour le public. Les responsables de la chaîne, de l’antenne et de la réalisation ne sont pas intervenus pour couper ces scènes, sachant que la diffusion était effectuée en différé.

Ces scènes constituent une atteinte aux bonnes mœurs et à l’ordre public, une provocation à l’égard des valeurs des familles marocaines, portent atteinte au jeune public et rabaissent la femme.

Jusqu’où doit aller la pudeur?

Pour comprendre la séquence actuelle, il faut revenir aux dernières semaines.

Le premier acte est écrit par Nabil Ayouch, à travers la médiatisation de son film “Much Loved“ et le mouvement d’indignation réel qu’il a soulevé et qui semble assez large.

Cet acte a pris fin par l’interdiction du film, annoncée par le ministère de la Communication.

On peut penser d’ailleurs que cette décision a été prise à un “haut niveau“, comme le laissent entendre des sources proches du gouvernement, sans que l’on sache avec précision ce que signifie cette expression.

Le second acte commence avec la diffusion de la soirée Jennifer Lopez par 2M. Plusieurs organisations politiques ou sociales ont essayé de surfer sur la vague d’indignation provoquée par le film de Ayouch, pour faire la soudure avec le concert de JLo. Mais la mayonnaise n’a pas pris. Devant 2M, les protestataires réunis par des organisations politiques n’étaient à chaque fois que très peu nombreux, quelques dizaines pour être généreux.

Mercredi 3 juin, 2M a déprogrammé à la dernière minute, quelques heures avant sa diffusion, un débat sur la liberté de création, invoquant une polémique qui cible la chaîne.

En fait, il n’était pas possible d’évoquer la liberté artistique et de création (de Ayouch?) sans soulever la diffusion de la soirée de JLo, assez critiquée sur le web.

Fin du deuxième acte.

Le troisième acte, c’est la multiplication des rumeurs et spéculations autour de l’avenir de l’audiovisuel public.

Dans les milieux concernés, on évoque un jeu de chaises musicales avec par exemple un retour de Omar Dahbi à la tête de Médi 1, une arrivée de Hassan Khyar à la tête de 2M et … Noureddine Saïl à la tête de Médi 1 tv… Rien n’est évidemment officiel.

Mais la vraie question est celle des relations entre le gouvernement et l’audiovisuel public.

Des relations de méfiance ou de tension

En effet, jamais relation n’a jamais été aussi tendue entre exécutif et médias publics qu’à l’arrivée du gouvernement Benkirane.

Au lendemain de sa nomination par le Roi début 2012, le gouvernement affiche sa volonté de marquer de son empreinte le paysage audiovisuel. Un discours, somme toute, habituel et attendu de la part des politiques. Sauf que le gouvernement Benkirane a une particularité: il est réputé islamiste ou à dominance islamiste. C’est dire qu’il était attendu au tournant. La suite des évènements le prouvera.

Dès sa nomination, M. Khalfi effectuera plusieurs "descentes" ou "rondes" dans des institutions de l'audiovisuel public, comme si la maîtrise de l'antenne était son objetif premier et prioritaire. En septembre 2012, il présente sa vision de la programmation audiovisuelle pour le pôle public. Conformément à la loi régissant ce secteur, le gouvernement élabore le cahier des charges des chaînes publiques et le présente à l’approbation de la HACA

Cette procédure a été respectée et le projet Khalfi, qui suscitera une grande polémique, est approuvé par le gendarme de l’audiovisuel le 10 octobre 2012, après des amendements. Les cahiers des charges sont publiés au Bulletin officiel avant la fin du même mois.

Mais ce n’est pas la fin des problèmes. Le cahier des charges porte l’empreinte d’une certaine volonté de retour de l’ordre moral. Surtout, il impose aux chaînes un très gros effort de production, quantitativement et qualitativement, et ne leur en donne pas les moyens financiers.

Loi et usages politiques

Cet épisode a été riche en enseignements et a mis en confrontation les termes de la loi et les usages politiques au Maroc. Techniquement, le champ audiovisuel a un lien viscéral avec l’exécutif. Ce dernier fixe son cahier des charges et lui attribue une subvention en conséquence (du moins en principe). A titre indicatif, le budget 2015 de la SNRT est constitué à hauteur de 70% de subventions de l’Etat. Pourtant, les chaînes publiques échappent au contrôle du gouvernement.

En effet, le respect des cahiers des charges est contrôlé par la HACA qui doit de plus, veiller au respect général de la loi sur la communication audiovisuelle.

De plus, les dirigeants de l’audiovisuel public sont nommés en conseil des ministres. Certes sur proposition du chef du gouvernement. Mais leur nomination échappe en fait à l’exécutif. L’audiovisuel public est considéré, par la force de la loi, comme un secteur stratégique, au même titre que l’agence MAP, OCP, la RAM ou l’ONEE.

C’est pourquoi il a été estimé, à raison, que l’audiovisuel public doit échapper aux aléas politiques.

Le vrai problème donc, n'est pas que 2M ait diffusé la soirée controversée de JLo. Si c'est un loupé, il sera sanctionné. Dans un Etat de droit, un loupé est possible. L'essentiel est qu'il soit sanctionné selon les termes prévus par la loi. Pour la première fois, le gouvernement ne contacte pas la chaîne concernée mais passe par la HACA. Ce qui signifie, comme dans tout Etat de droit, qu'il accepte [enfin] que son pouvoir soit limité.

Cela étant dit, la question de fond est celle-ci: à qui l'audiovisuel public doit-il rendre des comptes sur le plan de la performance? Comment mesurer sa performance?

Celle-ci est en effet discutable. Selon les chiffres du CIAUMED (centre interprofessionnel d’audiométrie), les chaînes du pôle public ne réunissent en moyenne que 50% de l’audience au maximum. 50% à 56% préfèrent regarder d’autres chaînes. Un taux extrêmement élevé. Et si l’on ne tient pas compte des séries et des fictions étrangères doublées en dialectal, il baissera encore plus. Le JT qui devrait être un programme phare de la première chaîne, ne réunit que 2 à 4 millions de Marocains.

Pendant le mois de Ramadan, la performance est nettement meilleure. Et pour cause, une programmation de proximité. Ce qui montre bien qu’il est possible de séduire les Marocains. Mais c’est certainement, aussi, une question de moyens. Nous soulevons ces questions avec des données objectives, sans jugement à l’égard des personnes. La seule conclusion qu’il faut retenir est que l’audiovisuel a encore beaucoup de chemin devant lui. Il y a dix ou quinze ans, le Maroc était précurseur et  leader de la région dans ce domaine.

Il peut le redevenir.

 

Le fac similé de la lettre adressée par le chef du gouvernement à la présidente de la HACA

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K. T. & J .A.
Le 5 juin 2015 à 15h11

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