L'investissement de Peugeot expliqué par MHE et Tavares
Un accord historique a été signé ce vendredi 19 juin en fin de journée au Palais royal de Rabat, par lequel PSA va construire une usine à Kénitra.
Ce fut une journée historique. Et d’ailleurs, il y avait de l’émotion en l’air et une humeur joyeuse aussi.
Moulay Hafid Elalamy, l’heureux ministre de l’Industrie (et du commerce et de l’économie numérique) et Carlos Tavares, président du directoire de PSA (Peugeot Citroën) ont donné un point de presse au sujet du projet d’implantation du constructeur français au Maroc.
Ils étaient gonflés à bloc –ils sortaient d’une audience royale, où M. Tavares a officiellement présenté le projet au Souverain et où ils ont signé le contrat d'implantation, en présence du Roi. Ils ont enfin annoncé les premiers détails concernant cette opération.
Pour le Maroc, c’est le vrai jackpot. Il devient le second pays africain en matière d’industrie automobile, après l’Afrique du Sud.
Surtout, cet accord crédibilise le Maroc en tant que pays attractif et crédibilise la politique de ré-industrialisation du royaume.

>Le projet industriel.
L’investissement initial vise à produire 90.000 véhicules par an la première année, pour monter ensuite progressivement à 200.000 véhicules annuels. La production commencera en 2019. Les travaux de construction de l'usine sont annoncés pour début 2016. L’usine sera implantée à Kénitra, le terrain a déjà été choisi. L'investissement global est de 557 millions d'euros. 4.500 emplois directs et 20.000 emplois indirects seront créés. À terme, le CA à l'export de ce seul constructeur au Maroc atteindra 33 MMDH (20 MMDH actuellement pour Renault).
Le taux d’intégration sera très élevé, de 60% au démarrage pour atteindre 80% à terme. Tous les records seront ainsi battus. Même les moteurs seront fabriqués au Maroc, ce qui est une grande première. Cela signifie que ce sera un projet bien plus gros, bien plus industrialisant que celui de Renault (Meloussa, Tanger) lequel a malgré tout atteint une capacité exceptionnelle.
Parallèlement, PSA va créer un grand pôle de RD (recherche-développement) qui va recruter 1.500 ingénieurs. En matière de sourcing, le constructeur français va s’approvisionner au Maroc, pour une enveloppe annuelle de 1 milliard d'euros.
Commercialement parlant, l'usine produira au départ véhicules des segments B et C, destinés aux marchés africain et du Moyen Orient, probablement les remplaçants de la 301 et de la C-Elysée.
>L'industrie automobile au Maroc.
En 2014, elle représentait 73.000 emplois, 9,4 MMDH de valeur ajoutée et 55 MMDH de chiffre d'affaires. L'export représente 40 MMDH, dont la moitié pour Renault et la moitié pour les équipementiers.
C'est le secteur le plus dynamique à l'export. Son taux de croissance annuel moyen (TCAM) à l'export a été de 26% entre 2012 et 2014, contre 8,4% pour l'agro-alimentaire et 11,5% pour l'électronique. Il est aujourd'hui le premier secteur exportateur marocain.
Le Plan d'accélération industrielle ambitionne pour la période 2014-2020, de porter la capacité de production de 400.000 à 800.000 véhicules/an, avec un taux d'intégration global porté de 40% à 60%.
90.000 emplois supplémentaires seraient créés, le total emplois passant de 73.000 à 163.000. Le chiffre d'affaires global doit dépasser les 100 MMDH.
"Nous sommes dans une démarché vertueuse", explique MHE: l'arrivée du second constructeur profitera au premier (Renault), puisqu'elle porte l'ensemble du marché à une taille critique, de sorte que les équipementiers de rangs 2 et 3 vont pouvoir s'implanter. Il est donc possible que le taux d'intégration de Renault augmente à son tour. Ce taux est théoriquement de 40%, et dans la réalité, il se situe entre 36% et 38%.
>Comment PSA a été convaincu.
Selon nos sources, MHE s’est totalement investi dans le traitement de ce dossier, le suivant jour après jour jusqu’à sa conclusion. C'est le Maroc qui a approché PSA. Ensuite, pendant trois mois, "nous n'avons fait que ça ou presque", explique MHE au cours de la rencontre avec la presse.
Carlos Tavares ajoute: "Nous avons travaillé avec une équipe professionnelle, rigoureuse, proactive, pilotée par MHE".
Bien sûr, il y a aussi la stabilité du Maroc, sa position géographique, son ouverture sur le continent africain, "qui est une vision royale dont nous voyons bien les fruits", dira Moulay Hafid.
Il y a également les lois du marché. Le marché africain devrait absorber 2,5 millions de véhicules supplémentaires par an d'ici 2025 et sur ce chiffre, PSA espère placer 1 million de véhicules supplémentaires. "Mais pour cela, il faut pouvoir fabriquer avec des coûts africains, avoir un sourcing africain, ajoute M. Tavares. Le choix du Maroc tient compte de ces différents éléments de compétitivité". Rien n'est toutefois précisé sur des avantages ou encouragements spécifiques que PSA a certainement obtenus du Maroc.
L'avenir du projet, ses extensions éventuelles, dépendent de la taille du marché africain et de la situation économique en Afrique.
>Le capital.
Dans le cas du projet Renault, la CDG avait pris 49% du capital et Renault 51%.
Dans le cas de PSA, Peugeot prend 95% et la CDG 5%.
À découvrir
à lire aussi
Article : Marchés financiers : Bloomberg accueille à Londres une délégation marocaine de haut niveau
Une délégation représentant l’écosystème marocain des marchés de capitaux a été reçue au siège européen de Bloomberg, dans le cadre des Morocco Capital Markets Days 2026, rendez-vous destiné à renforcer la visibilité de la place financière marocaine auprès des investisseurs internationaux.
Article : Défense antiaérienne : pour contrer les drones et les munitions rôdeuses, les FAR renforcent leur dispositif mobile
Des images récentes de véhicules Sherpa marocains équipés de systèmes Mistral 3 confirment l’intégration d’une capacité de protection rapprochée destinée à accompagner les unités des FAR au plus près du terrain. Un choix qui traduit l’adaptation progressive de la défense antiaérienne marocaine à des menaces plus mobiles, plus nombreuses et plus difficiles à intercepter.
Article : Attaque de Smara. Le front international contre le polisario s’élargit
Après les États-Unis, la France et l’Union européenne, d’autres pays, de l’Europe au monde arabe en passant par l’Afrique, ont condamné l'attaque terroriste du 5 mai 2026 contre Smara, dans une séquence où les appels au cessez-le-feu se doublent d’un soutien plus explicite que jamais au plan d’autonomie marocain.
Article : Futsal : le Maroc conserve sa 6e place mondiale au classement FIFA
Les Lions de l’Atlas restent la première sélection africaine et arabe, avec 1.486,53 points, selon la dernière mise à jour publiée vendredi 8 mai 2026 par l’instance internationale.
Article : Maroc-Chine : l’ENSA signe un accord avec l’Institute of State Governance de HUST
L’École nationale supérieure de l’administration entend renforcer ses partenariats internationaux dans la formation, la recherche et la modernisation de l’action publique.
Article : Hommage. Abdelwahab Doukkali, le messager s’est tu
Le plus grand chanteur que le Maroc ait jamais donné au monde arabe est mort ce vendredi 8 mai 2026 à Casablanca. Il avait 85 ans, une voix d'éternité et une vie qui ressemblait à un roman.