Les TPE asphyxiées par les délais de paiement
Le tissu des TPE, 81% des entreprises marocaines, connaît des difficultés financières considérables depuis 3 ans, obérant sa croissance sur le marché national et à l’export.
Inforisk, entreprise de renseignement commercial sur les sociétés marocaines, lance l’alerte sur la situation des TPE. Entre 2010 et 2013, leur poids économique s’est dégradé en valeur, sous le poids de la montée des charges, des retards de paiement et de la difficulté de lever des liquidités bancaires.
Selon l’agence, 1 TPE sur 4 fait face à un risque de défaillance dans les 3 prochaines années. Rapporté à leur poids dans le tissu économique, ce sont ainsi 20% des entreprises marocaines qui pourraient disparaître dans les prochaines années.
L’enquête d’Inforisk a été réalisée sur un échantillon test de 1.300 sociétés, durant une période d’analyse comprise entre 2010 et 2013.
La TPE, premier créateur de richesses
En 2013, le tissu des TPE représente 81% des 145.000 sociétés recensées par Inforisk.
En 8 ans, la part des TPE dans le tissu économique marocain s’est accrue de 6 points, au détriment des PME. Aujourd’hui, le segment d’entreprises réalisant entre 0 et 10 MDH de CA représente 92% du tissu économique marocain.
Le poids économique des TPE en valeur, représente seulement 4% du CA consolidé réalisé par les entreprises marocaines.
L’axe Rabat-Casablanca polarise 66% des TPE. Près du tiers d’entre elles exercent dans le secteur du commerce, un quart dans le secteur manufacturier et un quart dans l’immobilier et le BTP.
Une situation économique qui se fragilise
Le poids économique des TPE s’écroule. Elles subissent un repli du CA sur 2 exercices consécutifs de 11% entre 2011 et 2013. Elles affichent un taux de croissance annuel moyen de -3%, entre 2010 et 2013.
Si elles réalisent 67% de leur CA dans la vente de biens et services, leur part de CA à l’export est minime, de l’ordre de 4%, contre 13% pour les PME et 25% pour les GE. Les TPE industrielles représentent 1% du total des exportations marocaines.
94% des TPE n’exportent pas, ce qui représentent 75% du tissu économique.
La marge nette des TPE se dégrade de manière régulière, sous l’effet conjugué de la baisse du CA et de la hausse des charges. Leur rentabilité économique a été divisée par deux en 3 ans, passant de 8% à 4,2%, entre 2010 et 2013. Cette dégradation est le fait d’un affaiblissement du numérateur, la marge opérationnelle, et d’un accroissement du dénominateur, les capitaux engagés, et plus particulièrement du BFR.
Les principales charges de la TPE sont les postes d’achats de matières premières (28%), de personnel (27%) et de marchandises (24%). En 3 ans, les charges de personnel ont progressé de 3 points.
Le bilan des TPE écrasé par les délais de paiement et l’accès insuffisant au marché bancaire
La TPE est asphyxiée par les délais de paiement, en premier lieu des délais clients. En 2013, ils atteignaient 263 jours (8,8 mois), en progression de 53 jours par rapport à 2010, de 26 jours par rapport à 2012. Les délais fournisseurs atteignaient 227 jours(7,6 mois) en 2013, en progression de 24 jours depuis 2010, de 2 jours par rapport à 2012.
La TPE est l’entité qui souffre le plus des délais de paiement. La PME faisait face en 2013 à des délais clients de 4,8 mois et des délais fournisseurs de 4,3 mois. La GE elle, connaît des délais de paiement pratiquement conformes aux délais légaux: 2,6 mois pour les délais clients et 3,8 mois pour les délais fournisseurs.
Les TPE présentent un taux d’endettement très faible, de l’ordre de 5% de leurs ressources propres. En effet, elles accèdent difficilement au marché bancaire. La dette bancaire représente seulement 4% de leur passif.
Les besoins en liquidité de caisse se font plus pressants depuis 2010. Le BFR rapporté au CA a progressé de 48%, entre 2010 et 2013 - de 20% à 32% - dans un contexte de recul du CA et de resserrement des liquidités bancaires. Pour financer leur BFR et provisionner leurs délais de paiement, elles ont recours à leurs ressources propres.
Les capitaux propres et comptes courants d’associés représentent respectivement 38 et 29% de leurs capitaux. Les crédits inter-entreprises (dettes fournisseurs) représentent la première source de capitaux externes, soit 29% des ressources de l’entreprise. La dette bancaire ne représente que 4% du passif.
1 TPE sur 4 fait face à un risque de défaillance
Inforisk évalue le risque de défaillance des entreprises dans un horizon de 3 ans. Les entreprises notées en-dessous de 10 sur 20 connaissent une forte probabilité de défaillance dans un court horizon. Un échantillon-test de TPE affiche un score moyen satisfaisant de 12/20. En revanche, 26% de l’échantillon obtient une note égale ou inférieure à 10, dont 8% égale ou inférieure à 5, ce qui correspond à une situation critique.

À découvrir
à lire aussi
Article : Tourisme : la SFI prépare une feuille de route pour accélérer l’investissement privé au Maroc
La filiale du Groupe Banque mondiale chargée du secteur privé cherche à mandater un cabinet de conseil pour identifier les opportunités d’investissement dans le tourisme marocain, avec un accent sur la bancabilité des projets, l’emploi, la durabilité et la résilience climatique.
Article : Affaire Maes : l’audience en appel renvoyée au 14 mai 2026 à Tanger
Le dossier du rappeur franco-marocain, condamné en première instance à sept ans de prison ferme, sera de nouveau examiné par la Cour d’appel de Tanger après un renvoi motivé par la convocation de la défense.
Article : CFG Bank : Souad Benbachir quitte ses fonctions de directrice générale déléguée
Administratrice de la banque, Souad Benbachir entend désormais se concentrer sur son rôle au sein du conseil d’administration et de ses comités, après plus de trente ans de contribution au développement de Casablanca Finance Group, devenu CFG Bank.
Article : Afrique du Sud : la justice relance une procédure de destitution contre Ramaphosa
La Cour constitutionnelle sud-africaine a jugé anticonstitutionnelle la décision du Parlement de bloquer une enquête parlementaire sur le scandale dit du “Farmgate”, lié à une importante somme en devises volée dans la ferme privée du président Cyril Ramaphosa.
Article : Télécoms : Dominion renforce ses capacités au Maroc après l’intégration de Verne
Le groupe espagnol de services et de projets affirme que l’intégration de Verne consolide ses activités télécoms en Espagne et au Maroc, dans un contexte de recentrage sur les métiers récurrents et à plus forte valeur ajoutée.
Article : Numérique : le Maroc et le Ghana renforcent leur coopération administrative
Une déclaration d’intention a été signée à Rabat entre Amal El Fallah Seghrouchni et la ministre ghanéenne chargée de la Réforme du secteur public, dans le cadre des Assises africaines du Gouvernement ouvert.