Finances publiques, crédits, Samir, chômage: ce qu'en dit Abdellatif Jouahri
Au menu de la traditionnelle conférence de presse qui succède au conseil trimestriel de Bank Al Maghib: l’évolution des taux directeurs, du crédit, la finance publique et l'affaire Samir.
Le gouverneur Abdellatif Jouahri s’est montré préoccupé par l’évolution des agrégats de l’économie réelle: la demande de crédit, le taux d’activité et la destruction des postes dans l’agriculture.
Maintien du taux directeur à 2,5%
Le 3e conseil trimestriel Bank Al-Maghrib de l’année a décidé de maintenir le taux directeur à 2,5%, en raison de l’absence de pressions inflationnistes et de la transmission du taux interbancaire à l’économie réelle.
L’évolution des prix demeure stable. Le taux d’inflation s’est établi à 1,7% en août après 2,4% en juillet. Il devrait s’établir à 1,8% pour 2015. L’inflation sous-jacente, qui écarte les variations saisonnières, est passée de 1,4 à 1,5%.
Ces prévisions d’inflation n’anticipent toutefois pas l’effet des réformes sociales à venir, en particulier des résultats du dialogue social et de la réforme des retraites, a prévenu le gouverneur.
Quant à la transmission à l’économie réelle, les crédits marquent une progression faible, en dépit du repli des taux bancaires ce trimestre de plusieurs points de base.
La prévision de progression du crédit a été revue à la baisse pour 2015, à près de 3%, alors que l’économie marocaine est habituée à des croissances moyennes de 9%.
Les taux directeurs ont enregistré des baisses trimestrielles de 9 points de base pour les crédits à la consommation, de 7 points pour ceux destinés à l’équipement et de 6 points pour les prêts immobiliers. En revanche, les taux assortis aux crédits de trésorerie ont augmenté de 18 points de base, portant le taux moyen global à 5,93%.
Atonie de l’économie: chômage et demande de crédit
Le gouverneur de Bank Al Maghrib explique la progression molle de l’encours de crédit par la diminution de la demande des entreprises.
«Ce n’est pas en abaissant le taux directeur qu’il faut s’attendre à des miracles: en baissant le taux on a vu le crédit encore baisser. Les banques disent qu’elles ne voient pas passer de projets.» Les entreprises ne se montreraient pas assez confiantes pour investir.
Le gouverneur préconise un examen plus approfondi du comportement des acteurs économiques, et évoque la possibilité que ceux-ci intègrent de plus en plus l’économie informelle.
A la Banque centrale, on a pourtant recentré ses interventions en direction des TPME. Son volume d’intervention de refinancement est de 16 MMDH pour TPME. Elle intervient notamment à travers le fonds de soutien aux PME, lancés l’année précédente, qui vise à recapitaliser des entreprises viables en difficulté passagère. Jusqu’à présent une petite centaine de dossiers ont été traités pour 1 MMDH d’encours.
«Ce sont des entreprises viables, en difficulté passagère, mais qui sont toujours confrontées aux délais de paiement.» Cette intervention paraît néanmoins minime au regard du volume d’entreprises en faillite qui a dépassé les 5.000 en 2014.
Le problème pour lui ne réside pas seulement sur le secteur bancaire. «Les retards de paiements existent et pénalisent les entreprises», un problème majeur auquel font face les entreprises et qui affaiblissent leur capacité d’auto-financement, ainsi que ses garanties vis-à-vis des banques.
Corollaire du manque de dynamisme de l’économie, le repli du taux d’activité. Si le taux de chômage baisse de 0,6 point au 2e trimestre à 8,7%, cela reflète le recul sensible du taux d’activité de 0,9 point, tandis que les créations d’emplois sont demeurées limitées à 38.000 postes.
Derrière ces chiffres agrégés, se cache la destruction de l’emploi en secteur agricole, qui atteint 58.000 emplois entre le 2e trimestre 2014 et 2015. Le gouverneur s’est montré préoccupé par ces tendances: «ces évolutions méritent une analyse approfondie. Si le taux de chômage s’améliore, c'est juste suite à la réduction du taux d’activité».
Finances publiques et balance des paiements: les points positifs du bilan
L’élément positif de cet examen des agrégats économiques, c’est la balance courante des paiements.
Grâce essentiellement à l’allègement de la facture énergétique de 30%, les réserves de change couvrent 6 mois d’importations à fin août, et devraient atteindre 6 mois et demi à la fin de l’année. Les exportations automobiles et celles de phosphates marquent une progression de 19,1% et 18,4% respectivement. Le déficit commercial s’est amélioré de 20,4% sur la même période.
Côté finances publiques, les dépenses globales se sont améliorées de 5% à fin août, grâce à la contraction de la charge de compensation de 54%. Cette économie compense le manque à gagner côté recettes des dons des pays du Golfe, prévus à 13 MMDH dans la loi de Finances, et qui n’atteignent aujourd’hui que 1,3 MMDH. Elles seront de 6 à 7 milliards de DH d'ci la fin de l'année, pas plus. Par ailleurs, les recettes fiscales sont en recul de 0,8%, notamment celles de l’IS (-4,4%).
Supervision des grands risques: quel bilan tirer de la Samir?
Le gouverneur est revenu également sur le dossier brûlant de la Samir.
Se demandant si les contrôles adéquats ont été posés par les autorités de régulation, il a rappelé que le stress test de la résistance du secteur bancaire, dont la créance s’élève à 8 MMDH, avait été positif, les provisions des banques étant suffisantes en cas de défaut complet du raffineur. Cette information avait été publiée en primeur par Médias 24.
Quant l’intervention des autorités de régulation, celles-ci doivent demeurer à leur place et laisser les règles du marché jouer. «Nous ne voulons pas revenir aux méthodes administratives où la BAM fixe les taux, les encours de crédit».
Le gouverneur préconise au contraire que les banques se mettent en consortium pour les gros crédits, comme elles l'ont souvent fait par le passé. La consortialisation a le mérite de diviser le risque et également d'échanger périodiquement les infos entre les banques, généralement une fois par mois. "Mais cela doit être la décision des banques plutôt que celle du régulateur".
A l’avenir et pour une meilleure anticipation sur les difficultés des gros groupes, Jouahri a évoqué la possibilité de baisser les taux de division des risques et revoir la réglementation sur les apparentés.
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