Sur le Sahara, manions les mots avec prudence
Nos amis et confères de Telquel ont publié un édito sur le Sahara et la manière dont la plupart des médias marocains se sentent obligés d’accoler des termes non seulement inusités mais aussi inefficaces comme fantomatique.
Médias 24 est favorable au débat d’idées. C’est pourquoi nous rebondissons sur les idées exprimées par notre confrère, avec une opinion différente, mais en partie seulement.
Telquel a raison de dire qu’il faut pouvoir débattre de tout et parler de tout, d’une manière neutre, car c’est plus efficace, les messages passent mieux et le discours a une forme d’objectivité qui est plus audible qu’une terminologie qui remonte aux années 80.
Le journal ajoute:
“le terme «RASD» recouvre bel et bien une réalité, au moins sémantique, mais qui n’est pas à craindre. La République arabe sahraouie démocratique est ni plus ni moins qu’une entité autoproclamée. Ce n’est pas un État, sauf pour une petite quarantaine de pays essentiellement africains et sud-américains. Ce n’est évidemment pas non plus un territoire autonome, même pour l’ONU“.
Pour autant, faut-il écrire “République Arabe Sahraouie Démocratique“ ou RASD?
La réponse de Médias 24 est: NON.
Pour une raison simple: les mots sont performatifs. En quelque sorte, ils légitiment ce qu’ils désignent. Ils lui donnent vie.
Prenons des exemples :
-dans les débats concernant les libertés individuelles au Maroc, Médias 24 a dénoncé plusieurs fois un discours qui banalise la régression, un discours performatif dans le domaine du takfir par exemple: si je suis un théologien ou si je me présente comme tel, si je m’inscris dans un référentiel religieux, même implicite, il n’est pas du tout anodin que je traite x ou y de “mécréant“. Si des médias reprennent une telle accusation sans aucune précaution, le mal est fait. Cf. cas Cheikh Abou Naim vs Driss Lachguar.
-Au cours des mois de mai et juin derniers, nous avons eu au Maroc une succession d’événements où le discours régressif a été banalisé, y compris au sein du gouvernement. Cf le cas de Mawazine ou de Much Loved.
-Mais le cas le plus proche de la question du Sahara est celui de Daech. Sans se concerter, la plupart des voix dans le monde, qu’elles soient médiatiques ou politiques ont adopté Daech ou Daesh. Même Al Jazeera a répugné à adopter “L’Etat Islamique“ et lui a préféré “L’Organisation de l’Etat“ ou “L’Organisation de l’Etat islamique“.
Accepter d’écrire Etat Islamique pour désigner l’organisation de Baghdadi, c’est accepter sa rhétorique d’Etat constitué, de califat et de représentation des musulmans et de l’Islam.
Il en est de même du Sahara. Accepter d’écrire ce que vous savez, c’est donner corps à l’idée que c’est un Etat constitué qui représente les Sahraouis et la souveraineté sur l’ex Sahara occidental.
Les chimériques et autres fantomatiques sont effectivement des qualificatifs qu’il faut bannir.
Faisons comme pour l’organisation de Baghdadi. Ecrivons simplement “rasd“. Et polisario. Pas "Front Polisario" sauf dans le cadre d'une citation (résolution onusienne par exemple).
A Médias 24, c’est généralement la forme que nous appliquons.
Pour lire l'article de Telquel, cliquer ici.
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