Tanger-Al Hoceima: alerte sur l’environnement
Déversements douteux dans la baie de Tanger et la forêt diplomatique; domaines forestiers massacrés à Al Hoceima: des élus et la société civile s’inquiètent.
En moins deux semaines, Tanger a vécu deux alertes environnementales, l’une sur la baie de Tanger, l’autre à la fameuse forêt diplomatique sur la côte atlantique.
La première alerte a eu lieu à la fin du mois d’octobre lorsque des responsables de l’Observatoire régional de l’environnement et du développement durable (OREDD), basé à Tanger, ont constaté des déversements d’eaux colorées dans l’oued Moghogha et puis dans la baie de la ville. Les eaux provenaient d’une unité industrielle textile et l’OREDD attend à ce jour les analyses de laboratoire.
Eaux polluées dans la baie et sur l’Atlantique
Un schéma identique s’est reproduit cette semaine sur la côte atlantique tangéroise avec le constat, par des promeneurs, d’importants déversements d’une eau rouge et lourde. Les flux venaient de l’intérieur des terres et se déversaient dans l’océan atlantique à quelques centaines de mètres de la plage d’Achakkar et de la pointe du cap Spartel. Contacté à ce sujet, l’OREDD a indiqué qu'il a envoyé des observateurs sur place.
Placé sous la tutelle de l’Intérieur et du Conseil régional, l’OREDD dispose de maigres moyens par rapport aux besoins d’une région en fort développement où les richesses de la nature sont perçues non comme des actifs durables et transmissibles mais comme un butin à consommer et à exploiter de manière égoïste.
Au cours de cette dernière décennie, la forêt diplomatique a vu le groupe immobilier Alliances y être autorisé à construire des appartements contre tout bon sens. Le groupe Qatari Dyar y bénéficie d’une parcelle de plus de 200 hectares pour y édifier un projet immobilier, hôtelier et sportif. 10 ans après son lancement, le chantier est toujours en cours. Son bouclage est régulièrement reporté tandis que certaines voies de passage public y sont barrées.
La CGI irresponsable à Al Hoceima?
Du côté d’Al Hoceima, le député à Rabat et au Conseil régional de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Abdelhak Amghar (USFP), a de nouveau élevé la voix cette semaine pour protester contre le projet Souani de la Compagnie générale immobilière (CGI).
Souani est une petite forêt en bord de mer où s’est installé le Club Med d’Al Hoceima pendant près de 20 ans. A la fermeture du club de vacances, la CGI a repris la parcelle pour y construire des villas. Avant cela, il fallait couper des arbres.
Selon Amghar joint au téléphone par Médias 24, "la CGI est irresponsable. Elle coupe des arbres pour édifier des villas où des propriétaires viendront quelques semaines par an voire plus rarement".
Le bois situé en bord de mer juste à la sortie d’Al Hoceima a constitué un lieu de sortie pour les habitants jusqu’à ce que des clôtures y soient élevées pour la conduite du chantier.
Rif, kif et scies électriques
Du côté d’Issaguen, toujours dans la province d’Al Hoceima, c’est le député Noureddine Moudiane (Istiqlal) et plusieurs associations qui ont élevé la voix cette semaine pour dénoncer la déforestation en cours. Ils accusent les trafiquants de cannabis de sacrifier le cèdre et les sapins du Rif pour faire pousser toujours plus de kif.
Des militants associatifs cités par les médias parlent d’une "immense catastrophe". La coupe se fait à la scie électrique et n’épargne ni le précieux cèdre ni les vieux chênes. Selon des associatifs, "les services des eaux et forêts ont été avertis mais sans résultat jusqu’à présent".
La déforestation du Rif au profit du kif n’est pas un phénomène nouveau mais il prend de l’ampleur en contradiction avec les objectifs du Maroc de réduire les superficies cultivées de cannabis et de lutter contre le réchauffement climatique.
La forêt, outre qu’elle stabilise les sols sismiques ou inondables, absorbe le carbone qui se trouve dans l’air. Après la Cop 21 à Paris en décembre prochain, Marrakech abrite la Cop 22 en 2016. Il faut que ce soit plus qu’une simple opération de relations publiques.
L’observatoire régional de l’environnement du Nord –et ceux d’ailleurs- mérite d’être doté de plus de moyens et d’être activement soutenu dans ses actions par le nouveau Conseil régional de Tanger, Tétouan et Al Hoceima. La région en a besoin et elle va en avoir de plus en plus besoin.
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