Entretien avec Nabila Mounib: “crise suédoise, Sahara et devenir de la gauche”
La secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU) Nabila Mounib nous a accueilli au centre Bensaid Ait Idder. A l'occasion d'un entretien réalisé par Médias 24, elle revient sur le rôle qu'elle a joué, en tant qu'émissaire en Suède, dans la gestion du dossier du Sahara.
A juste titre, la secrétaire générale du PSU estime que la question de l'intégrité territoriale a, durant longtemps, été gérée de manière unilatérale, et malgré les efforts considérables et les investissements réalisés, l'approche marocaine dans la gestion du dossier était gangrénée par la rente.
Cette approche a eu des effets pervers sur la population sahraouie, et plus précisément sur sa jeunesse, qui s'est sentie rejetée, ce qui a développé chez elle des pulsions indépendantistes.
C'est pour cela, précise Nabila Mounib que "nous avons toujours demandé qu'il y ait une approche collaborative dans la gestion du dossier, et avons soutenu l'idée selon laquelle la solution du Sahara ne peut se faire qu'à travers la démocratisation de la société, à travers plusieurs leviers dont la mise en place d'une régionalisation renforcée, d'institutions fortes et en respectant les droits des citoyens. Ceci contribuerait à homogénéiser la population marocaine, et calmer les velléités indépendantistes."
>Une approche participative dans la gestion du dossier du Sahara
L'affaire suédoise marque un tournant dans la façon de gérer le dossier du Sahara. Elle poussera le Maroc à adopter une politique agressive et participative, et la participation de la délégation des partis de gauche dans la pacification des tensions entre le Maroc et la Suède marque le début d'un nouvelle ère.
"Nous avons remarqué, au cours de notre visite, que les Suédois n'étaient pas au courant d'un grand nombre d'éléments concernant le dossier du Sahara", constate Nabila Mounib.
Pour elle, le plus important "est de mettre un terme à la rente et à l'impunité, c'est la principale cause de radicalisation des jeunes indépendantistes. La construction de l'Etat de droit demande l'instauration d'un certain nombre de mesures, des réformes profondes, garantir la transparence et l'indépendance de la justice, une décentralisation effective, et une implication des populations dans le processus de développement local."
>L'avenir du Maroc ne peut se faire en dehors du projet du Grand Maghreb
Parlant des rapports qu'entretient le Maroc avec les pays voisins, la secrétaire générale du PSU estime qu'il est important de tracer un projet régional fort, dans le cadre d'une vision qui soutient le projet du Grand Maghreb.
"L'unité et l'intégrité des pays voisins et limitrophes est aussi importante que notre propre intégrité territoriale. Le développement du Maroc doit se faire en parallèle avec le développement du Grand Maghreb."
"Malheureusement, poursuit Nabila Mounib, nous constatons que la diplomatie marocaine commet plusieurs erreurs dues à la précipitation ou à l'impulsivité. Comme ça a été le cas, récemment, lorsqu'une délégation marocaine a soutenu l'indépendance des Kabyles en Algérie. C'est une grave erreur historique; Les armées de libération marocaine et algérienne se sont battues cote à cote pour la décolonisation du Grand Maghreb. Adopter une posture agressive ne signifie pas nuire aux intérêts de nos voisins."
A ce propos, la secrétaire générale du PSU nous annonce qu'un voyage en Algérie sera bientôt programmé, "nous irons là-bas pour créer des ponts et instaurer un terrain d'échanges avec les Algériens."
>Le PSU capitalisera sur son rôle au sein du Mouvement du 20 février
Le soutien du PSU au 20 février sera également un point à mettre à l'actif de la cause nationale.
Nabila Mounib estime à ce propos que son parti jouit d'une reconnaissance et d'un respect profond des organisations internationales des droits humains, un réseau que la secrétaire générale du PSU entend mobiliser.
Hélas, se désole Nabila Mounib, en parallèle, son action en faveur de l'intégrité territoriale est parfois critiquée au Maroc, et assimilée à une tentative de rapprochement ou de récupération par le "Makhzen".
"Il est vrai que le chemin vers la démocratie est encore long. Nous en payerons le prix fort si nécessaire. Mais cela ne doit pas justifier ni permettre que le Maroc soit amputé de son territoire," précise-t-elle.
>La troisième voie, ou l'avenir de la gauche
"Le troisième voie, est un courant politique naissant, indépendamment du clivage militantisme/fondamentalisme religieux...On nous a longtemps fait croire que deux courants s’opposent au Maroc; d'un côté les religieux et de l'autre les modernistes, et qu'il fallait choisir son bord. En réalité, ni les progressistes ni les conservateurs ne versent dans l'extrémisme idéologique", explique Nabila Mounib.
La troisième voie imagine un projet politique précis, et porte comme principale revendication l'instauration d'une monarchie parlementaire au Maroc, et de passer d'un Etat qui excuse l'impunité à un Etat qui garantit la justice.
“C'est en grande partie pour cela que nous avons imaginé ce projet alternatif et homogène qui prend en compte l'ensemble des volets de la société; économie, politique, social, environnemental et culturel“.
Qui portera ce projet de société? Nabila Mounib estime qu'il est destiné à tous les indignés qui souhaitent marquer une rupture avec les agissements du passé, et aspirent à une réelle démocratie populaire, pour cela, il faudra créer des ponts entre les différents acteurs, dont les acteurs de la société civile réputés pour leur sérieux.
Le plus important selon la secrétaire générale du Parti socialiste unifié, c'est de repenser la gauche marocaine à l'aune de la mondialisation, et c'est cela la nouveauté qu'apporte le projet de troisième voie.
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