Boucraâ, Al Marsa: comment OCP va mieux valoriser les phosphates
Jusqu’en 2008, les mines de Boucraâ n’étaient pas rentables. En sortir une tonne de minerai revenait à 2,5 fois plus cher qu’à Khouribga. Il a fallu améliorer la maintenance, maîtriser des coûts et investir.
L’exploitation des mines de phosphates de Boucraâ a démarré en 1962 par l’INI espagnol, l’Institut national industriel espagnol fondé par le général Franco. Lorsqu’en 1976, le Maroc réintègre les provinces du sud, Rabat acquiert une participation de 65% dans Phosboucraa. «Mais l’exploitation de la mine ne reprendra qu’en 1981-82», précise l’actuel directeur de Phosboucraa Maoulainine Maoulainine à Médias 24.
Jusqu’en 2002, la joint-venture maroco-espagnole fonctionnera en tandem jusqu’à ce que l’OCP rachète les 35% du capital restants et Phosboucraa devient une filière à 100% d’OCP. Selon M. Maoulainine, qui a rejoint l’OCP en 1982, «l’exploitation de cette mine n’a commencé à être rentable qu’en 2008». Boucraâ représente 2% des réserves de phosphates du Maroc.
Stabiliser les coûts d’exploitation …
Le directeur de Phosboucraâ M. Maoulainine, interrogé par Médias 24 indique que «la mine n’a véritablement repris le travail qu’à partir de 1982. A partir de 2000, nous avons commencé à mettre en œuvre un plan d’amélioration de la productivité et de maîtrise des coûts en renouvelant les équipements de la mine, en entretenant et en mettant à niveau le convoyeur et en améliorant les équipements de l’unité de lavage et de séchage des phosphates. Nous avons aussi travaillé à un meilleur entretien du wharf d’Al Marsa».

La maquette du futur complexe industriel de valorisation des phosphates de Boucraâ. Il produira de l'acide phosphorique (0.5 MT) et des engrais (1 MT)
M. Maoulainine précise que «le wharf est fermé 240 jours par an à cause de la houle et des vents et ne permet pas les opérations d’importation des intrants. Après les travaux, le wharf fermera 30 jours/ an au maximum et permettra l’importation de l’ammoniac, de la potasse et du soufre pour l’usine d’engrais».
Pour cela, OCP a investi pour traiter la roche de phosphates et améliorer la durée de vie du gisement et son rendement de 40%. Cela est possible grâce à de nouvelles techniques de lavage. Mais le choix stratégique d’OCP pour rendre sa filiale plus rentable a été d’investir dans toute la chaîne de valeur de l’exploitation du phosphate de Boucraâ.
…investir pour plus de valeur ajoutée et une meilleure logistique
Pour cela, un plan en six étapes a été mis en œuvre. Au niveau de la mine, les équipements ont été améliorés, avec la mise en place d’une «dragline» plus performante. Ainsi, les performances du creusage ont été améliorées. Ensuite, les capacités de stockage de phosphate brut et de phosphate lavé ont été augmentées et sont en cours d’augmentation à travers le lancement cette semaine des travaux de la nouvelle unité de lavage et de flottation d’Al Marsa.
En 2020, Al Marsa sera dotée de deux unités de lavage d’une capacité unitaire de 400 tonnes/heure. Le quatrième élément du programme d’amélioration de la chaîne de valeur est constitué de la création d’une nouvelle unité de séchage pour le phosphate destiné à l’export.
Le cinquième élément est déterminant, puisqu’il concerne un apport de valeur ajoutée industrielle et chimique; il s’agit de l’usine de production d’engrais d’une capacité d’un million de tonnes d’engrais avec son unité de dessalement de l’eau de mer, sa centrale de cogénération électrique et ses capacités de stockage renforcées des engrais et des intrants (acide, soufre et ammoniac).
Le dernier et sixième élément du plan d’amélioration de la chaîne de valeur de Phosboucraa est relatif à la logistique. Il consiste en la construction d’un wharf avec digues de protection qui permettra de réaliser les opérations de chargement d’engrais ou de déchargements d’intrants, quel que soit le niveau de la houle. Une information peu connue sur la caractéristique de la côte atlantique sahraouie est que la houle peut varier de plusieurs mètres rapidement et selon les saisons. Cette particularité n’a permis jusque-là l’accostage des navires à Al Marsa que 100 à 120 jours par an au maximum.
Selon M. Maoulainine, «il y a des semaines où les stocks de phosphates s’accumulent à Al Marsa, tandis que les bateaux attendent au large. Cela fait des pertes aux deux bouts de la chaîne». 17 MMDH d’investissements doivent permettre à Phosboucraa de travailler plus, pour gagner plus.
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