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Tunnel de l’Ourika. Pourquoi ce projet à 10 milliards de DH peut changer le destin de tout le Sud-Est du Royaume

Reliant Marrakech à Ouarzazate, le tunnel de l’Ourika figure parmi les projets d’infrastructure les plus stratégiques du Maroc contemporain. Mais malgré les nombreuses relances, aucun calendrier de réalisation clair n’a encore vu le jour, alors que les études de faisabilité restent suspendues au creusement d’une galerie de reconnaissance. Le point sur un chantier à 10 milliards de DH, au croisement d’enjeux techniques, économiques et territoriaux.

Tunnel de l’Ourika. Pourquoi ce projet à 10 milliards de DH peut changer le destin de tout le Sud-Est du Royaume
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Le 11 mai 2026 à 19h13 | Modifié 11 mai 2026 à 19h36

L’essentiel :

  • Le tunnel atlasique reliant Marrakech à Ouarzazate, désormais repositionné sur l'axe de l'Ourika, ne dispose toujours pas d'un calendrier de réalisation clair.
  • Les études préliminaires sont achevées, mais la phase de faisabilité reste bloquée après l'échec de deux appels d'offres nationaux pour le creusement d'une galerie de reconnaissance.
  • Le ministère de l'Équipement et de l'Eau s'oriente désormais vers des entreprises étrangères pour mener à bien cette étape déterminante.
  • Faute de temps d'ici la fin de la législature, la concrétisation du projet devrait être renvoyée au prochain gouvernement.

Certes, de tels projets sont complexes et nécessitent du temps (cinq ans en moyenne), mais les gains attendus, sur les plans social et économique, compensent largement les surcoûts engagés. Le prochain gouvernement aura tout à gagner s'il parvient à mettre ce projet sur les rails.

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Les détails :

Relancé à plusieurs reprises depuis une dizaine d’années, le tunnel atlasique reliant Marrakech à Ouarzazate ne dispose, à ce jour, d'aucun calendrier clair, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'un projet techniquement complexe.

Pourtant, sa mise en service est stratégique, puisqu'elle permettrait de connecter durablement la région de Marrakech-Safi à celle de Drâa-Tafilalet, et de désenclaver tout le sud-est du Royaume.

Invité de Sâat Al-Haqîqa sur 2M, Nizar Baraka, ministre de l'Équipement et de l'Eau, a fait le point sur le tunnel de l'Ourika.

À ce jour, les études préliminaires sont achevées, mais la seconde phase des études de faisabilité reste bloquée après l'échec de deux appels d'offres nationaux, en raison de la nécessité de creuser des galeries de reconnaissance.

Le ministère se tourne désormais vers des entreprises étrangères, avec lesquelles des négociations sont engagées. Faute de temps suffisant d'ici la fin de la législature, le projet devrait être porté par le prochain gouvernement.

Tunnel atlasique, une concrétisation qui se compte en années

Initialement envisagé sur le tracé du col du Tichka, le projet de tunnel reliant Marrakech à Ouarzazate a finalement été repositionné sur l'axe de l'Ourika.

Un choix stratégique qui s'explique d'abord par les gains de temps attendus par rapport à l'option initiale du Tichka. Porté par l'ancien ministre de l'Équipement Abdelkader Amara, aujourd'hui à la tête du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le projet de l'Ourika affiche toutefois un coût plus élevé, estimé à près de 10 milliards de dirhams.

Tunnel de l’Ourika. Pourquoi ce projet à 10 milliards de DH peut changer le destin de tout le Sud-Est du Royaume
Tracé prévisionnel du tunnel de l'Ourika reliant Marrakech à Ouarzazate

Un surcoût justifié par la sécurité accrue qu'offre ce tracé, jugé bien moins exposé aux risques que l'ascension sinueuse du col du Tichka. Le projet fait actuellement l'objet d'une étude de faisabilité, préalable indispensable au lancement effectif des travaux.

En raison de leur complexité, les projets de tunnels s'inscrivent généralement dans la durée. Leur exécution mobilise en moyenne cinq ans, sans compter les défis géotechniques susceptibles d'allonger considérablement les délais.

Tunnel de l’Ourika. Pourquoi ce projet à 10 milliards de DH peut changer le destin de tout le Sud-Est du Royaume
Extrait de la carte topographique de la zone prévue du tunnel, montrant des altitudes dépassant 3.000 mètres, reliant Ourika à Igadain avant de rejoindre la RN9 vers Ouarzazate.

Dans ce contexte, la prochaine étape, à savoir le creusement de la galerie de reconnaissance, dite galerie-pilote, s'annonce déterminante. Au-delà de son rôle dans l'évaluation de la faisabilité technique et financière du projet, elle constitue un véritable levier pour accélérer son avancement.

La galerie pilote, un outil bien plus qu'exploratoire

Une galerie-pilote est un tunnel de dimensions réduites, exécuté au titre des travaux de génie civil en amont du chantier principal. Sans caractère fonctionnel propre, elle fait partie intégrante du procédé de construction du tunnel définitif.

Le coût d'une telle prestation représente généralement entre 15 et 20% du budget total du projet. Pour rentabiliser l'usage d'une machine de creusement (tunnelier), une longueur minimale de 3 à 4 km est nécessaire afin d'en amortir le déploiement, ce qui est le cas pour le projet du tunnel de l’Ourika.

Outre sa fonction première d'exploration, la galerie-pilote facilite concrètement la construction du tunnel principal. Elle assure notamment la ventilation des chantiers de terrassement, qu'ils soient mécanisés ou réalisés à l'explosif, ainsi que le drainage des eaux d'infiltration. Elle permet également le franchissement d'accidents géologiques avérés ou présumés, tout en réduisant les vibrations lors des tirs à l'explosif destinés aux abattages ultérieurs, grâce à la création d'une surface libre de dégagement.

La réalisation d'une galerie-pilote n'est toutefois pas une tâche aisée. Plusieurs difficultés techniques jalonnent ce type d'opération. D'abord, le comportement des terrains sous faible à moyenne couverture, creusés à la machine foreuse puis abattus ultérieurement à l'explosif, demeure complexe à apprécier. Ensuite, le forage préalable de la galerie-pilote, lorsqu'il intervient en amont du passage du tunnelier dans des conditions géologiques difficiles, accroît sensiblement les risques et peut, dans certains cas, conduire à l'arrêt ou au coincement de la machine.

À noter que, sur le plan géologique, la zone est traversée par la célèbre faille de Tizi n’Test ainsi que par un réseau de failles qui rend plus complexe la construction des ouvrages, a fortiori celle d’un ouvrage souterrain.

Autant de paramètres qui font de cette phase préparatoire un véritable exercice d'équilibriste entre exigences techniques, contraintes géologiques et impératifs budgétaires.

Les enjeux socio-économiques pèsent sur le coût du projet

Reliant deux régions stratégiques du Royaume, le futur tunnel de l'Ourika s'impose comme un projet structurant aux retombées multiples. Au-delà du simple gain de temps, il répond à des impératifs de sécurité, de désenclavement et de développement économique.

Le passage par le col de Tizi n'Tichka, voie directe entre Marrakech et Ouarzazate, demeure aujourd'hui largement tributaire des conditions météorologiques. Les chutes de neige fréquentes provoquent des fermetures temporaires et des perturbations majeures de la circulation. À ces aléas climatiques s'ajoute la configuration même de la route, particulièrement sinueuse, qui accroît considérablement le risque d'accidents et complique le transit des poids lourds. À cela s'ajoutent les chutes fréquentes de pierres, liées à la nature instable des formations rocheuses qui bordent le tracé, autant de facteurs qui font de cet axe l'un des plus dangereux du Royaume.

Le tunnel de l'Ourika viendra précisément lever ces contraintes. En offrant une liaison directe, il permettra d'éviter les montées et descentes successives ainsi que les virages serrés qui caractérisent l'ascension du col de Tizi n'Tichka (2.260 m). Au-delà du gain de temps significatif, cette nouvelle infrastructure garantira un trafic plus fluide, plus sûr et accessible en toutes saisons, qu'il s'agisse du transport de voyageurs ou de marchandises.

Le creusement d'un tunnel reliant Marrakech à Ouarzazate n'est pas un sujet nouveau. L'idée remonte à l'époque du protectorat, bien que la vision portée à l'époque obéisse avant tout à une logique mercantile. Le projet a ensuite été relancé à plusieurs reprises au fil des décennies, sans jamais aboutir à une concrétisation effective. Aujourd'hui, l'enjeu demeure plus que jamais d'actualité, à l'heure où le Royaume accélère la mise en œuvre de sa vision de régionalisation avancée.

Au-delà de sa complexité technique, le tunnel de l'Ourika s'inscrit pleinement dans la nouvelle impulsion donnée au développement régional. En reliant efficacement deux régions aux profils complémentaires, il contribue à réduire les disparités territoriales et à renforcer la cohésion nationale.

Le Maroc a tout à gagner de la concrétisation de ce projet trop longtemps différé. La nouvelle infrastructure renforcera notamment l'attractivité touristique de Drâa-Tafilalet en offrant un accès plus rapide et plus aisé depuis Marrakech, principal bassin émetteur de visiteurs.

La relance de Drâa-Tafilalet ne relève plus aujourd'hui de l'option, mais bien de la nécessité. La région enregistre en effet un taux de vulnérabilité à la pauvreté de 11,8%, témoignant des fragilités socio-économiques persistantes qui pèsent sur ses populations. Certes, le tunnel ne constitue pas à lui seul la solution miracle aux défis de la région.

Mais il en représente un levier déterminant, à même de stimuler les flux économiques, de désenclaver les territoires de l'arrière-pays et d'amorcer une dynamique de rattrapage longtemps attendue.

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Le 11 mai 2026 à 19h13

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