Samir: voici le plan de sauvetage d'Al-Amoudi
A l’appui de sa demande de mise en redressement judiciaire, qu’elle a communiquée lundi 7 mars au tribunal de commerce de Casablanca, la Samir a présenté un plan de sauvetage.
C’est un volumineux dossier, destiné à prouver que la situation n’est pas irrémédiablement compromise et que la Samir est capable de se redresser et de faire face à ses échéances.
L’idée centrale consiste à signer des accords de rééchelonnement avec les créanciers, accompagnés dans certains cas de versements immédiats, allant de 20% à 50% au maximum.
Le dossier est présenté sur papier à en-tête de la Samir et ne comporte pas la caution d’un grand cabinet financier.
L’augmentation de capital décidée en octobre 2015 par l’AGE est complètement évacuée. Elle est remplacée par un apport de l’actionnaire principal, d’un montant de 4 milliards de DH au cours du 1er semestre 2016.
Le dossier passe outre un élément important: les sûretés. Tous les créanciers demandent des garanties réelles pour pouvoir rééchelonner. On verra que la Samir ne propose, dans le meilleur des cas, que des hypothèques basées sur l’actif, lequel est largement hypothéqué.
A l’appui de son scénario, la Samir fournit notamment trois documents:
-un pv de réunion avec l’ANP, Agence nationale des ports. Daté du 18 janvier, il reconnaît l’existence d’une dette de 19 MDH en principal. L’ANP a donné son accord de principe pour un rééchelonnement, en posant les conditions suivantes:
*le protocole d’accord n’entrera en vigueur qu’après versement par la Samir de la moitié de la dette;
*des garanties données par la Samir;
*le reliquat doit être réglé au maximum en six mois.
-un protocole d’accord avec Marsa Maroc, daté du 5 février 2016. Le document constate une dette de 44,6 MDH, arrêtée à la date du 28 janvier. Il prévoit le versement de la moitié immédiatement, le reste étant étalé sur six mois, majoré des intérêts de retard. Parmi les conditions, une caution bancaire de 20 MDH, des effets de commerce pour le reliquat et enfin à l’avenir, le paiement devra être fait par des effets à réception de facture.
-le document le plus important est un paquet de courriers échangés avec la douane. Le dernier en date remonte au 19 février 2016. C’est un refus à la demande de la Samir de conclure un arrangement, “en raison de l’absence de garanties suffisantes“. La douane confirme son accord de principe pour un arrangement, mais pose deux exigences: l’augmentation de capital promise en octobre 2015 doit être effectivement lancée, avant tout arrangement et d’autre part, il faut des garanties pour le paiement final du reliquat.
La Samir avait proposé, dans un courrier daté du 8 février, le paiement immédiat de 500 MDH, qui viendraient s’ajouter au 1,7 MMDH que la douane a obtenu par ATD. Le reste serait échelonné sur 36 mois, avec signature d’effets de commerce et garantie sur l’actif.
Deux autres documents sont fournis enfin par la Samir, l’un de Glencore, qui est l’un des principaux créanciers et l’autre d’un trader de Genève, la Socar, qui affirme accepter de fournir les matières premières à la Samir à des conditions commerciales favorables.
La Samir expose également les propositions qu’elle compte faire à ses créanciers pour rembourser ses dettes. La liste des créanciers est longue, elle est conforme à celle que Médias 24 avait publiée et… elle ne comporte pas les montants.
La Samir propose que les remboursements commencent au plus tôt en juin 2016. Le premier versement se situera entre 0% et 20%. Les dettes sont étalées entre 36 et 60 mois. C’est une conversion de dettes exigibles et échues, en dettes à long terme. Si la société l’obtient, c’est bien joué. Mais est-ce réaliste?
Seules quelques banques marocaines (et la BNP) se verraient proposer un étalement du reliquat sur 12 mois: la Société Générale, AWB et Crédit du Maroc.
Le plan de la Samir prévoit l’injection par l’actionnaire principal, des montants suivants :
-1 MMDH en avril 2016
-1 MMDH en mai 2016
-2 MMDH en juin 2016.
-2 MMDH en janvier 2019.
L’entreprise espère également:
-un report du remboursement de l’emprunt obligataire de 800 MDH échu en décembre 2015. Elle souhaite le reporter de trois ans, donc au 31 décembre 2018.
-une émission obligataire de 2 milliards de DH en juin 2019.
-une restructuration des facilités bancaires à court terme ;
-la mise en place de nouvelles lignes, grâce à des préfinancements, pour un montant de 3,5 MMDH par an;
-maintien des facilités bancaires à 4 MMDH avec les banques locales ;
-facilités bancaires auprès d’établissements étrangers, dont 400 millions de dollars auprès de l’ITFC (société internationale islamique de financement du commerce).
En ce qui concerne les dettes à l’égard du fisc, la société demande un délai de grâce de 90 jours à partir de la date de redémarrage de la raffinerie. Son business plan annonce un cash flow annuel de 2 MMDH en moyenn, entre 2016 et 2025.
Au final, avec une dette aussi importante et une crédibilité aussi faible, Al-Amoudi s’engage uniquement à verser 4 MMDH dans le court terme et en contrepartie, demande des rééchelonnements ainsi que de nouveaux crédits auprès des banques marocaines. Nulle part, il n'est question de garanties réelles fournies par ses soins. Sans garanties, son dossier ne devrait pas susciter un enthousiasme débordant chez les créanciers.
En attendant, le temps continue à tourner au détriment des salariés, des créanciers et de l'entreprise elle-même. Des connaisseurs du dossier se demandent désormais si cette raffinerie ne présente pas un danger pour la sécurité de la ville de Mohammédia.
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