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Polémique. Le Pay to fly soulève la question de la sécurité des passagers de la RAM

Le dernier numéro de l’émission "Pièces à conviction" sur France 3 dénonce des compagnies aériennes, parmi lesquelles elle cite la RAM, qui font payer des jeunes pilotes étrangers sans expérience, pour assurer des vols. Des accusations réfutées par la compagnie nationale.

Polémique. Le Pay to fly soulève la question de la sécurité des passagers de la RAM
Samir El Ouardighi
Le 28 mars 2016 à 15h37 | Modifié 11 avril 2021 à 1h03

Un reportage de l'émission pièces à conviction intitulé "Faut-il un pilote dans l'avion?" et diffusé le 23 mars 2016 sur France 3, a soulevé une grosse polémique. Le reportage affirme que la RAM fait appel à des agences de placement qui lui offrent la possibilité d'employer à titre gracieux de jeunes pilotes... inexpérimentés. Cette situation peut mettre en danger les passagers de la compagnie, laisse entendre l'émission, qui précise que ces jeunes lauréats doivent débourser 62.500 euros pour avoir accès à une formation pratique. Ces frais sont répartis entre l’agence de placement et la compagnie qui les forme. 

Joint par Médias 24, Hamid Addou, PDG de la RAM, dément en bloc ces propos. 

 

Un communiqué de la compagnie nationale publié ce lundi 28 mars accuse le reportage de contenir des informations diffamatoires:

«Les propos de la responsable d'un cabinet lituanien selon lesquels notre compagnie recourt à la formation des pilotes étrangers sans «exiger des évaluations préalables» sont mensongers. 

«D’autant plus que la RAM n'a jamais collaboré avec ce cabinet. En regrettant que les réalisateurs se soient appuyés sur un faux témoignage pour avancer des conclusions erronées, nous avons saisi les autorités judiciaires compétentes, eu regard au préjudice subi».

Selon ce communiqué, la RAM forme depuis 2002 des pilotes étrangers titulaires de diplômes et de qualifications délivrés par les autorités européennes, en leur imposant des conditions de sélection rigoureuses et les soumet à des examens et des contrôles draconiens pour accéder à ces formations.

A l'issue de cette sélection, «les candidats doivent passer un contrôle sur simulateur supervisé par la Direction générale de l'aviation civile marocaine (DGAC), avant de pouvoir assurer des vols en ligne, sous supervision du Commandant de bord instructeur Royal Air Maroc».

Dans une déclaration à Médias 24, un commandant de bord de la RAM, s’exprimant sous couvert d'anonymat, confirme le fait que «ces stagiaires» sont nombreux à être formés, puis à voler pour la compagnie.

«J’en ai côtoyé plusieurs, qui viennent s’aguerrir au pilotage dans notre pays. Avant de devenir copilotes sur les vols de la RAM, ils s’exercent effectivement sur des simulateurs jet de vol et honnêtement, je pense qu’ils sont au moins aussi qualifiés que 80% de nos jeunes pilotes Marocains».

Concernant les risques soulignés par le reportage, ce commandant de bord expérimenté affirme que si leurs compétences mettaient en danger la sécurité des passagers, il refuserait de voler avec eux.

«Tout ceux que j’ai côtoyés étaient bons et s’ils étaient vraiment inexpérimentés, le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) serait monté au créneau en dénonçant leur utilisation par la compagnie».

Contrairement au communiqué de la RAM, qui affirme que «la formation dispensée aux pilotes étrangers n’a aucune vocation commerciale», notre interlocuteur confirme qu’elle est bien payante, comme annoncé dans l’émission «Pièces à conviction».

«Il est tout à fait normal qu’ils payent leur formation pratique (Pay to Fly), car la RAM ne va pas les former gratuitement pour qu’ensuite, ils aillent rejoindre les effectifs de compagnies étrangères».

Notre interlocuteur poursuit que si dans le passé, sa génération n’avait pas à payer pour décrocher le sésame permettant de piloter légalement un avion de ligne, ce n’est plus le cas pour les Marocains.

«Depuis la fermeture de l’école de la RAM, les Marocains payent aussi pour s’entraîner à voler. Pour décrocher leur qualification (500 heures de vol), ils déboursent 300.000 dirhams, prélevés sur leur salaire par la RAM».

«Si à l’issue de leur quota d’heures de vol, les Marocains sont embauchés pour des contrats à durée indéterminée par la compagnie, ce n’est pas le cas des pilotes étrangers».

Face à la pénurie de pilotes marocains due à la fermeture de l’école de formation de la RAM et aux nombreux départs en retraite (60 ans), la compagnie préfère utiliser temporairement ces étrangers.

«Il y a quelques années, ils faisaient de la concurrence aux Marocains et nous avions même fait une grève réclamant la marocanisation des pilotes de la RAM. Désormais, nous en avons besoin, car s’ils ne sont plus là dans 1 ou 2 ans, les commandants de bord n’auront plus de copilotes à leurs côtés».

La principale explication de cette pénurie est la fermeture de l’école de formation qui formait entre 40 et 50 copilotes par an, tous embauchés par la compagnie nationale. Actuellement, les futurs copilotes marocains doivent passer par l’école nationale de l’aviation civile (ENAC de Toulouse), mais il faudra attendre 3 à 4 ans avant qu’une vingtaine d’entre eux soit opérationnels

«La RAM a besoin d’au moins 20 nouveaux pilotes par an mais en fait, il en faut beaucoup plus, car des nouvelles lignes sont créées et certaines fréquences traditionnelles sont doublées, voire triplées.»

En conclusion, la présentation faite dans le reportage est erronée, mais Royal Air Maroc a bien recours à des candidats étrangers comme copilotes sur certains de ses vols. La compagnie affirme qu'ils ont un niveau professionnel élevé. Nous voulons bien le croire. Il s'agit malgré tout d'une main d'oeuvre gratuite. Royal Air Maroc ne nous a pas non plus communiqué le nombre de candidats pilotes étrangers qui bénéficient chaque année de cette "formation".

Voulant vérifier l’information du reportage selon laquelle la RAM emploie 3 stagiaires de l’agence de placement «Aviation CV», cette dernière nous a invités à consulter la liste de ses clients sur son site.

Contrairement aux affirmations de l’émission, la compagnie aérienne marocaine ne fait pas partie de la longue liste de clients partenaires de l’agence qui recrute des futurs copilotes. A moins que le logo RAM n'ait été retiré après les protestations de cette dernière.

Polémique. Le Pay to fly soulève la question de la sécurité des passagers de la RAM

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Samir El Ouardighi
Le 28 mars 2016 à 15h37

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