Aluminium du Maroc: “Il n’y aura pas d’AGE le 19 juillet”
Dans la presse ou en coulisses, les mots sont durs. Les noms d’oiseaux volent. Certains parlent de “trahison“, d’autres de conseillers “véreux“. Médias 24 a appris que Jawad Sqalli porte plainte contre son ancienne direction.
Entré à Aluminium du Maroc en 1983, Jawad Sqalli a été mis en congé en ce mois de juin sans qu’on ne lui demande rien. Sqalli était directeur général jusqu’au 31 mai dernier.
Pendant plusieurs mois, on lui a fait miroiter des postes d’administrateur et des «missions», alors que du côté de la présidence , on travaillait à un scénario parallèle. Médias 24 a pu avoir accès à un document détaillant une offre de collaboration adressée à M. Sqalli mais signée de Sharif El Alami, 33 ans, éleveur de chevaux de race à Khémisset de son état.
Jawad Sqalli porte plainte
J. Sqalli, pour rester sur le chapitre des directeurs généraux du Groupe El Alami, n’est pas le seul à avoir servi pendant quelques dizaines d’années et à être pauvrement traité au moment du départ. L’ancien directeur d’Industube et toujours administrateur d’Afric Industries, Ramon Fernandez, a vécu les mêmes mésaventures lorsqu’Aluminium du Maroc a racheté Industube.
Vendredi dernier, au siège de l’Association de la zone industrielle de Tanger (AZIT), les deux hommes ont eu un violent échange en présence de dizaines de témoins, certains parlant «d’incompétence» et d’autres «d’ingratitude».
Contacté au téléphone, le nouveau directeur général d’Aluminium du Maroc, Benoît Vaillant, est nerveux. Interrogé sur la gouvernance actuelle, il hésite à donner un nom, car donner un nom engage.
Avant de quitter Aluminium du Maroc, Jawad Sqalli l’a averti: «Tu n’es pas obligé de prendre position. Situe bien tes intérêts et ceux de la boîte». Pour Vaillant, «Abdelouahed El Alami est le patron. Moi je ne suis ni dans la gouvernance ni actionnaire, je suis un manager, je travaille».
Les mots s’embrouillent. Il y a deux hommes pour un fauteuil à Aluminium du Maroc. C’est très compliqué pour gérer une carrière. Même s’il ne sait sur quel pied danser aujourd’hui au milieu de cette mini-tempête, Vaillant est considéré avec Jawad Sqalli comme l’un des deux meilleurs connaisseurs de la marche d’Aluminium du Maroc.
Nommé DG le 1er juin dernier, Benoît Vaillant a auparavant occupé le poste de directeur financier de la société. Il est marié à Qods, elle-même experte-comptable et fille de l’expert-comptable Abdellatif Bernossi, ancien collaborateur et expert-comptable attitré de Abdelouahed El Alami, depuis plus de 30 ans. Le cabinet Bernossi Moore Stephens n’est plus co-commissaire aux comptes d’Aluminium du Maroc, depuis que M. Vaillant a été nommé directeur général.
Impact sur la société
L’impact de la crise actuelle sur l’avenir d’Aluminium du Maroc n'est pas forcément négligeable. Selon un ancien membre de la direction, «si la crise dure quelques semaines, l’impact sera faible et on pourra repartir; si c’est plus long, ce sera plus difficile».
Aluminium du Maroc a également des intérêts dans Afric Industries, cotée en Bourse, possède Industube et a lancé un investissement hôtelier coûteux à Marrakech. Des proches de Abdelouahed El Alami savent aussi aujourd’hui que le maintien de cette situation peut porter préjudice à la société.
L’autre développement dans cette affaire revient à un administrateur du groupe, qui a contacté Médias 24 pour nous informer qu’«il n’y aura pas de 19 juillet». Cela signifie que l’assemblée générale extraordinaire convoquée par Abdelouahed El Alami pour le 19 juillet n’aura pas lieu, selon notre interlocuteur.
Explications de l’administrateur proche de Holding S.A. et qui a souhaité garder l’anonymat: «Le 31 mai dernier, l’assemblée générale a révoqué et nommé de nouveaux administrateurs. Ceux-ci étaient au nombre de six. Parmi eux, Mourad El Bied et Tawfiq Bouzoubaâ venaient d’être révoqués et Douah El Alami n’était plus PDG». «L’ancien PDG n’a pas autorité pour convoquer une AGE», nous indique un représentant de l’actionnaire majoritaire Holding S.A. «Il n’y a pas eu de conseil d’administration pour convoquer l’assemblée générale extraordinaire».
Le fils de Mohamed El Alami, Abdeslam, n’en revient toujours pas, plus d’une semaine après la tenue de l’assemblée générale qui a implosé la direction du groupe. Au téléphone, il explique: «Aluminium n’est pas une boîte à papa (sic). Douah –le petit nom de Abdelouahed- ne réalise pas qu’il a des comptes à rendre aux actionnaires. C’est la première responsabilité de la boîte. Le job d’Aluminium du Maroc n’est pas de mettre un demi-milliard de DH dans un hôtel de luxe à Marrakech». La capitalisation boursière d’Aluminium du Maroc est de 522 MDH.
Un autre dirigeant enfonce le clou: «L’investissement hôtelier de Marrakech devait absorber 320 MDH, il en est à 450 MDH, un surcoût de 40%. Le business plan a donc foiré et la rentabilité du projet aussi, aux dépens de celle d’Aluminium du Maroc et d’Afric Industries».
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