Paradoxe: moins d'emplois et moins de chômeurs à fin septembre 2016
Dans quelques heures, on verra probablement des responsables se féliciter de la baisse du chômage. Il ne faudra pas les croire. La situation reste préoccupante.
Deux phénomènes au moins restent fortement préoccupants à la lecture des chiffres du chômage du troisième trimestre 2016 (et nous ne sommes pas exhaustifs, en n'en citant que deux):
-près de 41% des jeunes citadins de 15 à 24 ans sont au chômage;
-la population active continue de baisser, essentiellement avec la poursuite de la sortie massive des femmes du marché du travail.
Voyons l’évolution des principaux indicateurs du marché du travail, au terme du 3e trimestre 2016, telle que vient de les publier le HCP.
73.000 emplois détruits
En net, entre le troisième trimestre de l’année 2015 et la même période de 2016, l’économie marocaine a perdu 73.000 emplois.
125.000 emplois ont été au total perdus: 66.000 dans le secteur de l’"agriculture, forêt et pêche", 44.000 dans l’"industrie, y compris l'artisanat" et 15.000 dans les "services".
Le secteur des BTP a, en revanche, créé 52.000 emplois.
Au total, 70.000 emplois ont été perdus en milieu rural et 3.000 en milieu urbain, correspondant à une perte nette d’emplois de 73.000 au niveau national.
108.000 femmes sortent du marché du travail
En parallèle, le Maroc enregistre un nouveau recul du taux d’activité. Le nombre d’actifs (personnes qui cherchent un travail ou qui ont un travail) a reculé de 137.000 personnes, donc plus vite que le recul du nombre d’emplois. De sorte qu’en apparence et d’ailleurs d’une manière mécanique, le nombre de chômeurs a baissé de 64.000 personnes[d1] [i].
137.000 personnes ont donc volontairement quitté le marché du travail, provoquant un nouveau recul du taux d’activité. Celui-ci a été ramené de 47,9% au T3/2015 vers 46,7% au T3/2016. Ce qui est terrible, c’est la sortie des femmes du marché du travail qui se poursuit inexorablement: -108.000 en douze mois entre fin septembre 2015 et fin septembre 2016.
Baisse apparente du taux de chômage
Au cours de la même période et pour les raisons invoquées plus haut, le taux de chômage est passé de 10,1% à 9,6% au niveau national, de 15,1% à 14,3% en milieu urbain et a stagné à 4,3% en milieu rural.

Au troisième trimestre de 2016:
- Le taux de chômage s’est établi à 3,8% parmi les personnes sans diplôme, à 14,7% parmi les détenteurs d’un diplôme de niveau moyen au niveau desquels il a enregistré 22,7% parmi les actifs ayant un diplôme de qualification professionnelle, et 22,3% parmi les détenteurs d’un diplôme de niveau supérieur[1] avec en particulier un taux de 27,3% au niveau des lauréats des facultés.
- Il était de 21,8% parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans et de 40,8% parmi les citadins d’entre eux, contre 9,6% pour l’ensemble des personnes âgées de 15 ans et plus.
- huit chômeurs sur dix (79,1%) sont citadins (75,2%pour les hommes, contre 87,8% pour les femmes) ;
- près des deux tiers (64,5%) sont âgés de 15 à 29 ans (65,7% hommes contre 61,8% femmes) ;
- plus du tiers (33,7%) détiennent un diplôme de niveau supérieur (25,5% hommes contre 52,4% femmes) ;
- plus de la moitié (54,3%) sont des primo-demandeurs d’emploi (48,4% hommes contre 67,6% femmes) ;
- les deux tiers (66,1%) chôment depuis une année ou plus (62% hommes contre 75,3% femmes) ;
- et environ un sur trois (29,3%) se sont retrouvés au chômage suite au licenciement (24,3%) ou à l’arrêt de l’activité de l’établissement employeur (5%).
[1]Les diplômes de niveau supérieur regroupent les baccalauréats, les diplômes de techniciens ou de techniciens spécialisés et les diplômes d'enseignement supérieur (facultés, grandes écoles et instituts).
[i] 137.000= 73.000 (emplois perdus) + 64.000 (baisse du nombre de chômeurs.
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