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ECONOMIE

Flexibilité des changes: Inquiétudes du secteur pharmaceutique

Les professionnels de l'industrie pharmaceutique appréhendent les effets néfastes que pourrait avoir la libéralisation du régime des changes sur leur activité, notamment à cause du volume considérable des importations du secteur et de la haute probabilité d'une baisse du dirham.

Flexibilité des changes: Inquiétudes du secteur pharmaceutique
Sara El Hanafi
Le 22 décembre 2016 à 16h31 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

L’humeur est maussade chez les industriels du secteur pharmaceutique. Face à la libéralisation imminente du régime des changes au Maroc, l’Association marocaine de l'industrie pharmaceutique (AMIP) appréhende l’impact qu’aurait cette mesure sur son chiffre d’affaires, ses marges, ses résultats… et sur toute son activité.

Afin de mieux comprendre et de débattre de cet impact, ainsi que des solutions pour le contrer, c’est BMCE Capital qui a pris l'initiative d’organiser, ce 22 décembre, une rencontre avec les industriels du secteur, afin de mieux cerner la problématique. C'est l'occasion également de présenter, en parallèle, son offre de couverture des risques, afin de se prémunir contre les évolutions défavorables du marché des changes.

L’inquiétude des industriels émane principalement du niveau d’importations du secteur. Il faut dire que l’industrie pharmaceutique importe beaucoup: la totalité de la matière première des médicaments fabriqués localement, ainsi que toutes les machines et tous équipements techniques des usines.

Par ailleurs, l’industrie réalise ses études de bioéquivalence à l’étranger, verse des royalties aux détenteurs de licences, ainsi que des paiements de prestations d’experts techniques, toujours à l’étranger. L’industrie a des normes et des standards de qualité qui lui coûtent cher, mais qui lui octroient tout de même un classement zone euro par l’Organisation mondiale de la santé.

En gros, les importations du secteur représentent plus de 7 fois le volume de ses exportations (vers l’Afrique subsaharienne, certains pays européens et des pays du Golfe). Celles-ci représentent 10% de son chiffre d’affaires. C’est un déficit de près de 5 MMDH qu’affiche le secteur au niveau de sa balance commerciale.

Et pour rééquilibrer celle-ci, l’industrie pharmaceutique envisage de hisser la part des exportations à 40% de son chiffre d’affaires, notamment grâce à la conquête de nouveaux marchés africains.

Autre bémol pour le secteur: une politique de prix contraignante, qui le pousse à réviser à la baisse les prix des médicaments. Combinée aux éventuels aléas de la fluctuation du dirham, le climat qui règne dans le secteur est l’appréhension et l’inquiétude: "On est mal", a regretté Ayman Cheikh Lahlou, président de l'AMIP.

La CGEM répond

S’exprimant lors du même événement, Hakim Marrakchi, vice-président de la CGEM, a estimé que la libéralisation du régime des changes présente plus d’avantages que d’inconvénients: "Le régime de change fixe et le panier du dirham actuel présentent certes beaucoup d’avantages pour les importateurs, car lorsque l’euro se déprécie, comme c'est le cas aujourd’hui, les importations sont moins chères et on s’en sortait bien", affirme-t-il.

Il ajoute: "Mais les choses sont différentes pour les exportateurs. Une baisse de l’euro implique une baisse de leur chiffre d’affaires et de leurs marges, surtout dans un contexte d’appréciation des charges, notamment les charges salariales. Rien que durant les cinq dernières années, les coûts salariaux ont progressé de 30%".

Sur ce point, le vice-président de la CGEM estime que la libéralisation du régime des changes permettra de réduire le coût du travail et de renforcer la création d’une industrie compétitive, qui permettrait, à terme, de répondre à la demande grandissante d’emplois: "Avec la structure de notre pyramide des âges, nous avons besoin de créer 200.000 emplois par an et nous ne le ferons pas si nous n’avons pas une industrie compétitive et qui exporte. Il y a des investissements qui sont en cours, mais ils se font avec un dirham qui est relativement cher", continue-t-il.

Ceci dit et malgré les propos rassurants de la Banque centrale dans sa dernière sortie médiatique, M. Marrakchi estime qu’une correction à la baisse du dirham est inévitable. Une correction avec des conséquences majeures sur le secteur pharmaceutique et tous les secteurs importateurs ou majoritairement importateurs.

Un simple calcul l’illustre bien: "L’industrie pharmaceutique a un déficit commercial qui avoisine les 5 MMDH. Ses importations s’élèvent à 6 MMDH et ses exportations à 1 MMDH. Le secteur est donc exposé, en matière de changes, à 7 MMDH, alors que son chiffre d’affaires en 2015 a été de 14 MMDH. C’est une exposition de 50% du chiffre d’affaires. Il faut faire quelque chose".

C’est dans ce sens que les banques doivent réfléchir à de nouvelles solutions de couverture des risques ou de systèmes d’assurance, pour se prémunir contre les éventuels chocs de change: "Il doit y avoir des solutions qui vont au-delà des traditionnels options ou swaps, qui ne dépassent pas un an. A mon avis, ce n’est pas suffisant pour contenir une telle ouverture", conclut M. Marrakchi.

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Sara El Hanafi
Le 22 décembre 2016 à 16h31

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