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ECONOMIE

Bachir Abdellaoui: Comment nous avons préparé le budget 2017 de Tanger

Budget 2017, accusations de corruption, état des chantiers de la ville, réactions par rapport à l'interpellation des membres de la Jeunesse après avoir fait l'éloge du policier qui a abattu l’ambassadeur russe à Ankara. Bachir Abdellaoui, maire de Tanger, revient pour Medias24 sur ces sujets. Entretien.

Bachir Abdellaoui: Comment nous avons préparé le budget 2017 de Tanger
Jamal Amiar
Le 6 janvier 2017 à 10h41 | Modifié 11 avril 2021 à 2h39

Bachir Abdellaoui: Comment nous avons préparé le budget 2017 de Tanger

 

Médias24: Comment s’est passée votre première année à la tête de la mairie de Tanger?
 

Bachir Abdellaoui: Une première année à la tête d’une grande ville n’est pas chose aisée. Tanger est une ville importante qui porte des ambitions.

C’est une ville à laquelle Sa Majesté accorde un intérêt particulier et qui est dotée d’un plan de développement solide. Enfin, c’est une ville qui accueille les plus grandes personnalités du monde toute l’année comme le roi d’Arabie saoudite, de grandes personnalités du Golfe et des personnalités européennes de premier rang.

-Comment avez-vous vécu la préparation du budget 2017?

-Parmi les difficultés que j’ai trouvées en arrivant en septembre 2015, il y a la situation financière difficile. Cette année, nous avons voulu revoir la structure du budget 2017, ce que nous n’avons pas pu faire pour le budget 2016 car notre équipe a été élue en septembre 2015.

Dès le budget 2016, nous avons constaté un important déficit dans les recettes programmées. Ce déficit était de 160 millions de DH par rapport aux prévisions. 530 millions de DH de recettes pour un budget de 700 MDH prévus. Ce fut la première surprise.

La deuxième surprise budgétaire est arrivée au moment où nous avons constaté que des saisies étaient opérées sur les comptes bancaires de la commune auprès de Bank Al Maghrib pour l’exécution de jugements sur des dossiers d’expropriations.

Dès décembre 2015, 15,2 MDH ont été saisis sur nos comptes alors que nos équipes étaient en place depuis le mois d’octobre précédent. Nous avons contacté et discuté avec la direction des collectivités locales du ministère de l’Intérieur, avec la Justice, négocié avec les créanciers.

Mais entretemps, les saisies ont atteint 25 MDH début 2016. Ces saisies sur nos comptes, il faut le préciser, portaient sur d’anciennes affaires que nous avons trouvées en arrivant.

Troisième surprise enfin, nous avons trouvé des impayés pour plusieurs millions de dirhams vis-à-vis de fournisseurs comme des hôtels, d’Amendis et des sociétés de ramassage des déchets. Nous avons tout réglé alors que cela n’était pas programmé dans le budget 2016 préparé par l’équipe sortante.

Finalement courant 2016, grâce à notre maîtrise des dépenses et à l’amélioration du recouvrement des taxes et impôts locaux, nous avons pu assurer les services communaux et finir l’année avec un léger déficit pour un budget supérieur à 700 MDH. Les années 2016 et 2017 sont celles d’un assainissement financier.

Nous avons découvert que Tanger est la ville marocaine avec la taxe sur les terrains non bâtis (TNB) la moins élevée du pays. A Fès ou Marrakech, la TNB est de 20 DH/m²  et la moyenne nationale est située entre 12 et 20 DH/m². A Tanger, la TNB est entre 2 et 6 DH/m² malgré l’importance du secteur immobilier.

Donc en octobre dernier, lorsque nous avons préparé notre projet de budget, est intervenu le discours royal à l’ouverture du Parlement et le passage sur les rapports entre citoyens expropriés et l’administration. Nous en avons tenu compte pour revoir la structure du budget 2017 et accroître les provisions pour rembourser les gens expropriés.

Allégations de corruption

 -Que répondez-vous à l’élu Hassan Belkhaïdar du PAM qui vous a demandé, en séance du conseil communal, d’enquêter sur les soupçons de corruption d’élus par des entreprises liées, par contrat, avec la ville?

-Ce sont de fausses allégations. La preuve en est que les deux sociétés de propreté visées par l’élu en question ont dû payer des pénalités pour diverses clauses non respectées du contrat. C’est la première fois que ça arrive. Cela concerne la Seita et Solamta.

-Ces sociétés ont-elles réglé leurs pénalités?

-Oui, car nous les avons prélevées des montants annuels que nous leur versons et qui se montent à près de 200 MDH, 190 MDH en fait. Le dossier de la propreté et l’exécution des contrats font l’objet de réunions de concertations hebdomadaires sous mon mandat.

Par ailleurs, nous avons demandé à M. Belkhaïdar de nous communiquer des noms mais il a refusé. J’ai appelé les deux sociétés Seita et Solamta pour leur demander s’il y a un seul dirham en numéraire ou en nature qui est sorti de leurs caisses en direction d’un membre du conseil communal. Elles ont rejeté ces allégations.

Je vous affirme que s’il y a un élu corrompu et que nous avons des preuves, nous sommes prêts à aller devant les tribunaux pour défendre les intérêts de la ville.

-Quel est l’état des grands chantiers de Tanger: le marché de gros, la gare routière, les abattoirs et la fourrière communale notamment?

-Nous avons enregistré quelques retards notamment sur deux chantiers en raison de problèmes de financement et de procédure s’agissant de contrats passés de gré à gré.

Il y a également eu des difficultés rencontrées par la commune pour le suivi technique. Mais je peux vous affirmer que tous seront prêts à temps avant la fin de l’année 2017 comme prévu par le plan Tanger Métropole.

Nous avons notamment passé un contrat avec l’APDN (Agence de développement du nord) pour lui confier le suivi technique des projets et nous avons renforcé nos propres compétences en la matière.

-En tant que responsable régional du PJD, comment réagissez-vous au fait que des membres de la Jeunesse de votre parti soient actuellement interrogés par les services de sécurité ? Pour rappel, ils sont soupçonnés d' "apologie du terrorisme" après avoir fait sur Facebook l'éloge du policier qui a assasiné l’ambassadeur russe à Ankara.

-A ma connaissance, il y a plusieurs jeunes concernés et pas seulement des jeunes du PJD. Les jeunes sont un peu excités: ils regardent la télé, ils voient ce qui se passe en Syrie et parfois, ils souhaitent exprimer leurs émotions de différentes manières.

Personnellement, je n’ai pas lu ce qu’ont publié ces jeunes. Je ne regarde pas ce qu’il y a sur Facebook. Pour nous, au PJD, c’est une affaire claire: toute forme de terrorisme est condamnée et chaque être-humain est libre, il a sa dignité et il doit être respecté qu’il soit juif, chrétien, russe ou allemand.

Donc toute agression contre un civil est inacceptable. Nous ne pouvons pas accepter ce qui s’est passé à Ankara. L’ambassadeur est un civil, un commis de l’Etat qui accomplissait son devoir de diplomate.

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Jamal Amiar
Le 6 janvier 2017 à 10h41

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