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ECONOMIE

Les banques participatives davantage sujettes aux risques de liquidité

Les banques islamiques détiennent jusqu’à 40% de liquidités supplémentaires par rapport aux banques conventionnelles. A cause de différentiels de maturité entre leurs actifs et leurs passifs, elles courent un risque plus considérable sur leurs liquidités.

Les banques participatives davantage sujettes aux risques de liquidité
Sara El Hanafi
Le 16 janvier 2017 à 18h19 | Modifié 11 avril 2021 à 1h06

Plus que les banques conventielles, les banques participatives sont confrontées aux aléas liés à la gestion de leurs liquidités. Les marchés interbancaires et monétaires participatifs "sharia compliant" sont rares et, même s’ils existent, ils sont sous-développés par rapport aux marchés conventionnels. Qui plus est, les instruments classiques des banques centrales ne s’accordent pas avec les exigences des règles chariatiques.  

Ces éléments font que les banques participatives "sharia compliant" se voient obligées de détenir des niveaux de liquidité bien supérieurs à ceux de leurs consœurs conventionnelles. Une étude menée en 2008 a démontré que les banques islamiques détiennent jusqu’à 40% de liquidités supplémentaires par rapport aux banques conventionnelles.  

Une gestion défaillante des liquidités impacte indéniablement la rentabilité et la compétitivité d’une banque. Un excès de liquidités induit que la banque rate des opportunités, ce qui influe donc sur son rendement et ses résultats.

Les conclusions d’une étude comparative menée par le Fonds monétaire international (FMI) auprès de 65 banques des pays du Golfe entre 2008 et 2014, l’illustrent bien:

Les banques participatives davantage sujettes aux risques de liquidité

Il faut dire que le modèle d’intermédiation bancaire islamique en soi a un impact direct sur ce risque de liquidités. Avec un actif constitué principalement de créances Mourabaha de diverses maturités, et un passif majoritairement constitué de dépôts concentrés de particuliers à maturité courte (Wadiaa et comptes d’investissement participatifs) et peu de dépôts corporate et interbancaires, le risque de liquidités émane principalement du différentiel de maturité.

Les normes de Bâle III ont introduit deux nouveaux ratios de liquidité pour remédier aux différentes problématiques qui peuvent découler de la gestion de celle-ci. Tout d’abord, il y a le ratio à court-terme, le LCR (Liquidity Coverage Ratio). Applicable dès 2015, le LCR calcule quotidiennement le taux de couverture des sorties nettes de trésorerie par l’encours des actifs liquides de haute qualité sur un horizon de 30 jours, dans une situation de tension sur la liquidité.

Ensuite, il y a le ratio structurel de liquidité, le NSFR (Net Stable Funding Ratio). Applicable, quant à lui, dès le 1er janvier 2018, le NSFR est calculé trimestriellement de manière à ce que les actifs à long terme soient financés à l’aide d’un montant minimal de fonds stables à long terme. Objectif: résister à une crise de liquidités d’un an.

Dans ce sens, l’Islamic Financial Services Board (IFSB), l’organisation internationale de normalisation des services financiers islamiques, a introduit de nouvelles normes (IFSB 12-Mai 2012 et GN-6, Avril 2015), qui s’alignent sur les nouvelles règles de Bâle III, d’autant plus que leur calendrier d’application a été calqué sur celui de Bâle III également.

L’instance offre ainsi un traitement détaillé du calcul du LCR (journalier) et du NSFR, ainsi que le traitement des comptes d’investissement participatifs, tout en offrant des recommandations multiples aux autorités de supervision.

Le "risque commercial déplacé"

D’autre part, les banques participatives subissent un type de risque qui leur est unique: le risque commercial déplacé. Un risque qui émane des comptes d’investissement qui nécessitent le partage des profits entre la banque et les titulaires de ces comptes.

A vrai dire, le risque commercial déplacé découle principalement du comportement de ceux-ci qui pourraient retirer leurs fonds de la banque, suite à une insatisfaction de la rémunération aléatoire offerte par celle-ci, lui faisant donc courir un grave risque d’illiquidité.

Alors que théoriquement, il y a partage des profits et des pertes entre les titulaires des comptes d’investissement et la banque, les banques islamiques peuvent décider de réduire leurs marges afin d’assurer une rémunération compétitive à leurs clients, à travers le transfert d’une part des profits des actionnaires vers ses clients titulaires de comptes d’investissement.

Dans ce sens, la banque peut supporter des coûts supplémentaires sous l’influence de la pression commerciale de ses clients, afin de leur offrir un taux de rendement compétitif. C’est le transfert d’un risque théoriquement supporté par les clients vers les actionnaires, d’où le nom: risque commercial déplacé.

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Sara El Hanafi
Le 16 janvier 2017 à 18h19

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