Importations, offre exportatrice, dette publique: La sonnette d’alarme de Lahlimi
Le haut commissaire au Plan évoque un faible tissu productif de l'économie marocaine, qui se traduit par une forte croissance des importations au détriment d'une offre exportatrice qui pâtit du recul de la demande extérieure.
Comme à l’accoutumée, Ahmed Lahlimi Alami, haut commissaire au Plan, ne manque pas de livrer des vérités crues sur l’économie nationale. Lors de son allocution ce mardi 17 janvier à Casablanca, dans le cadre de la présentation de la situation économique en 2016 et ses perspectives en 2017, il a tiré la sonnette d’alarme sur plusieurs aspects de l’économie marocaine.
M. Lahlimi évoque, dans son discours, la faible compétitivité du tissu productif marocain. Une faiblesse qui se traduit par une forte croissance des importations destinées à la demande intérieure, aussi bien pour la consommation finale des ménages que pour l’investissement.
"Nous savons que l’amélioration du niveau de vie de larges franges de la population a permis leur accès à un nouveau modèle de consommation, avec l’émergence de nouveaux besoins de biens et services, souvent satisfaits par des importations plus compétitives que l’offre nationale quand celle-ci existe", explique M. Lahlimi.
Les importations de biens et services destinés aux ménages occupent une part croissante dans la balance commerciale du Maroc, atteignant les 20% des importations totales selon les derniers chiffres du HCP.
Le rythme de croissance du revenu brut disponible des ménages a baissé en volume entre 2007-2010 et 2011-2015. La consommation finale des ménages en volume a maintenu un taux de croissance de 5% durant la première période et de 3,7% durant la seconde.
"La consommation des ménages a vocation à préserver une tendance croissante à la hausse. Quel que soit l’effort que le pays devrait évoquer pour la limiter en vue d’accroître l’épargne nationale, cet effort devrait s’exprimer dans une volonté collective issue d’un dialogue social institutionnalisé", indique M. Lahlimi.
De son côté, l’investissement, quoi qu’en net ralentissement depuis 2010, est à l’origine d’une importation croissante de biens d’équipement, dont la part dans les importations globales est passée de 19% en 2011 à 29% en 2016. En d’autres termes, elle a représenté 40% de la formation brute du capital fixe en 2016, au lieu de 26% en 2012.
"C'est dans ces conditions que la pénétration du marché domestique par les importations n’a cessé d’augmenter dans notre pays. Le taux de pénétration des importations se situe à 34%. C’est l’un des niveaux les plus élevés dans les pays émergents, notamment parmi ceux qui réalisent un PIB plus élevé que le nôtre", estime Ahmed Lahlimi.
D’autre part, l’offre exportatrice nationale est également remise en question. La demande extérieure nette renoue avec sa contribution négative à la croissance des années 2008-2011. En 2016, la contribution à la croissance de la demande extérieure est redevenue négative à 2,8 points en 2016, et sera toujours négative 0,3 point en 2017. Elle a été de -10% du PIB en 2016 et est estimée à -9,6% du PIB en 2017.
"Il s’agit là d’un des indicateurs phares de la vulnérabilité de notre modèle de croissance, qui renvoie à la question de fond que le Maroc doit résoudre: celle de la faible compétitivité de son tissu productif, porteuse de menaces sur la soutenabilité de la croissance et la solvabilité financière du pays", affirme M.Lahlimi.
Un constat alarmant qui intervient à quelques mois avant le passage à un régime de change plus flexible, avec tout ce que cela implique comme changements économiques, en dépit des multiples propos rassurants de Bank Al Maghrib et du Fonds monétaire international.
D’un autre côté, l’augmentation de l’encours de la dette publique globale du Maroc à 81,8% du PIB en 2016, après 59,4% en 2010, est un souci selon le haut commissaire au Plan.
Il ne manque pas de souligner que 45% de l’accroissement de la dette publique globale s’explique par l’accroissement qu’a connu, entre 2014 et 2016, l’endettement des établissements publics.
"D’une façon générale, autant par son niveau par rapport au PIB que par les indicateurs de risque dont elle est assortie, la dette publique ne suscite pas aujourd’hui une réelle préoccupation. La vigilance devrait cependant être de rigueur, d’autant plus qu’aujourd’hui la dette extérieure des établissements publics aurait tendance à prendre le pas sur celle du Trésor, et que l’environnement international décline de réelles menaces sur les coûts de financement de notre économie", conclut M. Lahlimi.
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