Reportage. Bab Sebta, la frontière du chaos
Des milliers de femmes et d’hommes traversent la frontière de Bab Sebta chaque jour pour gagner quelques dizaines d’euros. Des milliers de voitures et de cyclistes les accompagnent. Pour un chiffre d’affaires annuel désormais estimé à 5 MMDH.
Les marchandises qui passent de Sebta vers le Maroc sont de tous ordres: des produits alimentaires, de l’alcool -moins cher côté espagnol-, des pneus de voitures et diverses pièces détachées, des articles de confection, des chaussures et des couvertures, mais aussi “des articles de luxe pour des boutiques à Casablanca, Rabat ou Tanger“, indique un jeune vendeur de fiches de police. A Bab Sebta tout se vend, tout s’achète.
Au lieu de diminuer, le commerce de marchandises de contrebande à Bab Sebta continue de croître au fil des ans. En 2009, le nombre de passages quotidiens était estimé autour de 15 à 20.000. Aujourd’hui, près de 30.000 passages/jour, effectués par 7.000 à 9.000 mêmes personnes dont la majorité effectuent plusieurs allers-retours dans la même journée. Le nombre passages de véhicules est estimé à 15.000. Un passeport avec une adresse à Tétouan ou Fnideq permet le passage de la frontière sans visa.
6 heures du matin
Dès 6 heures, les files de voitures, de femmes “mulets“ et de cyclistes avec casque et gilet fluo –pour respecter le code de la route espagnol- sont énormes. Quelques kilomètres pour les voitures, plusieurs centaines de mètres pour les porteuses et les cyclistes.
Les files de voitures s'étendent jusqu’à l’avenue Mohammed VI de Fnideq à trois kilomètres de là. La frontière, elle, n’ouvrira qu’au-delà de 7H15. Marchands de boissons chaudes, d’eau et de petits sandwichs se font une fortune.
Dans le chiffre de 30.000, sont inclus les contrebandiers, mais également de nombreuses femmes de ménage et des enfants qui vont à l’école du côté espagnol de la frontière, un phénomène récent et qui touche déjà quelques dizaines de familles.


Le port de Sebta est devenu un véritable point d’importation hors taxes des marchandises vers le Maroc. Des grossistes et des groupes de commerçants du Maroc commandent leurs marchandises en Asie, et celles-ci sont directement débarquées au port de l’enclave espagnole avant de traverser la frontière sur le dos des porteurs et finir sur les étals des villes du pays et dans plusieurs autres petits commerces. Ces importations rapportent 10 millions d’euros en taxes portuaires à la ville de Sebta sur un budget annuel de 225 millions d’euros, selon des sources de presse espagnole.
Des sources de presse estiment à 45.000 le nombre de personnes qui vivent de la contrebande à Fnideq, Mdiq et Tétouan. 10 fois dans tout le Maroc avec les plate-formes de distribution qui existent à Tanger, Ksar El Kébir et Casablanca.
Nerfs à vif et incidents
Des deux côtés de la frontière, les nerfs sont à vif. Dans les files d’attente, disputes, cris et évanouissements sont courants. Même scénario du côté de Sebta, avec des policiers espagnols aux visages fermés et aux airs directifs, pleins de condescendance et de mépris pour les gueux venus de Tétouan, de Fnideq et de Mdiq.
Cet important afflux rend la traversée de la frontière long, problématique et parfois dangereux pour les jeunes enfants et les personnes âgées. Depuis l’été 2015, le nombre de voitures est en forte hausse des deux côtés de la frontière, les autorités négocient avec Rabat, via Madrid, l’ouverture d’un second point de passage.
La situation actuelle profite au commerce de contrebande, mais étouffe le tourisme local et l’activité de transport maritime. Qui ira traverser vers Algésiras par Sebta, lorsque le passage est plus fluide à Tanger Med?
Un éditorial d’El Faro ce 13 février est titré “Avec le regard sur la frontière“. Le journaliste attire l’attention sur la baisse du chiffre d’affaires des commerçants et des hôteliers et du retard pris par l’ouverture d’un second point de passage, alors que démarre la saison du carnaval prisée des Tétouanais et des Tangérois. Le ministre espagnol de l’Intérieur était à Rabat. Son homologue des Affaires étrangères est également attendu au Maroc.
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