Affaire Samir: Une demi-douzaine de repreneurs se manifestent
Cinq candidats au rachat des actifs de la Samir se sont inscrits et attendaient ce mercredi matin 15 février une copie du document appelé “cahier des charges“, a constaté Médias24 avant d’être (courtoisement) expulsé de l’enceinte du tribunal de commerce.
Après avoir été interdit de couvrir deux audiences publiques de la Samir, Médias24 est désormais interdit d’accès au tribunal de commerce de Casablanca. Il en a été courtoisement mais fermement expulsé ce mercredi matin.
Médias24 dénonce de nouveau ce procédé d’interdiction orale et non motivée, contraire à la Constitution marocaine, et qui ne peut que renforcer l’opacité qui entoure cette affaire.
Notre réponse est simple: nous publions ci-dessous des révélations sur le contenu des deux “offres“ à 31 et 31,5 milliards de DH reçues par le syndic et mentionnées dans l’ordonnance du juge-commissaire, datée du 30 janvier 2017. Comme on va le voir, il n’y a pas de lieu d’utiliser le terme “offre“, et la circonspection est absolument de mise. Si le syndic arrive à vendre les actifs de la Samir, le repreneur ne sera pas l'un de ces deux offreurs.
Ce mercredi matin donc, cinq demandes de communication du “cahier des charges“ avaient été déposées au tribunal de commerce de Casablanca. Nous n’avons pas été en mesure de savoir si les deux “offreurs“ du cabinet d’avocats italiens Mazzanti et du Britannique Anglo Energy en font partie ou pas. La seule certitude, c’est que les entreprises intéressées sont toutes étrangères.
L’ordonnance du tribunal de commerce du 30 janvier valide indirectement des expertises des actifs, pour retenir la somme globale de 21,6 MMDH.
Au cours de sa conférence de presse, le syndic n’a pas été clair sur ce point: d’un côté, il dit que l’expertise est un prix minimum, de l’autre il reconnaît que l’ordonnance n’a pas fixé de prix minimum et que les actifs pourraient être cédés au dirham symbolique si le business plan, les investissements ultérieurs et les emplois maintenus et/ou créés le justifient.
Les candidats repreneurs sont pour le moment, tous du métier de l’Energie, a constaté Médias24. Leur motivation est le business du raffinage. Or, le patrimoine présenté à la vente est hétéroclite:
-un hôtel et une société de gestion hôtelière (Hôtelière d’Ifrane), évalués à 34,5 MDH (montant global) et perdant de l’argent.
-une douzaine de villas et d’appartements, ainsi que des lots de terrains, éparpillés sur les plages du nord: Ksar Rimal, Kabila, Cabo Négro, Martil, Tétouan.
-d’autres villas d’estivage, des terrains dans plusieurs villes du Maroc.
-le foncier à Mohammédia qui est évalué à 4,65 milliards de DH. La partie la plus importante est représentée par le terrain sur lequel a été construite la raffinerie, grevé d’une hypothèque au profit de la Banque populaire.
-des terrains ou biens immobiliers à Sidi Allal Bahraoui, Sidi Kacem, Al Hoceima, Moulay Bousselham.
-1,3 MDH de tableaux.
On ne sait pas si la vente en bloc est une idée de génie qui va attirer des investisseurs ou au contraire une fausse-bonne idée qui va au contraire les effaroucher. Selon nos sources, le tribunal est convaincu que les différents biens situés à l’extérieur du périmètre de la raffinerie, sont des produits d’appel, faciles à revendre à des prix intéressants. Ce qui conduit la Douane à contester une partie des expertises immobilières estimant qu’elles ont sous-évalué les biens en question.
A titre d’exemple, des villas à Ksar Rimal sont évaluées à 1,16 MDH; des villas à Kabila, entre 1,3 et 1,8 MDH; une villa à Cabo Négro à 1,8 MDH.
Si jamais il y a cession des actifs en bloc, il sera intéressant de vérifier ultérieurement si ces biens sont revendus et à quel prix.
Les “offres“ italienne et anglaise
Au mois de décembre dernier, lorsque le syndic avait affirmé l’existence d’une “offre“ à 31 milliards de DH, la surprise avait été totale. L’origine de cette “offre“ était un cabinet d’avocats italiens, Studio Mazzanti & Partners.
Dès le lendemain, Médias24 titrait sur la “circonspection“ avec laquelle le marché accueillait cette annonce. Aujourd’hui, nous apportons de nouvelles informations sur cette annonce.
Il ne s’agit en aucun cas d’une offre. L’auteur du courrier utilise d’ailleurs l’expression “manifestation d’intérêt“. Il dit qu’il est intéressé par acquérir 100% des actions contre la somme de 3,1 milliards de dollars, “avec la possibilité d’en revendre 25% à l’Etat marocain, un maintien du personnel pendant trois ans, un allègement fiscal de l’Etat pendant 10 ans, un délai d’un an pour bien étudier le groupe Samir et ses besoins financiers, techniques et de restructuration, un accord de facilités de caisse avec les banques“.
Tout cela semble un peu court et tient d'ailleurs en quatre ou cinq paragraphes.
Fin janvier, apparition d’un nouvel “offreur“. Il s’agit d’une société qui se présente comme Anglo Energy DMCC qui se dit prête à débourser 3,15 milliards de dollars. Elle affirme vouloir racheter la Samir pour cette somme, par le biais d’une joint venture avec une société marocaine de Mohammédia. Cette dernière société est connue, même si sa surface est sans commune mesure avec celle de la Samir. Elle distribue une marque étrangère crédible.
Le texte est encore plus court que celui signé du cabinet Mazzanti. Il évoque l’intention de cette société (AE DMCC) “d’acheter ou de louer“ le groupe Samir. "Aucune décision ne pourra être prise sans due diligence", écrit le correspondant. Malgré l’absence de due diligence pour le moment, le correspondant estime néanmoins que le montant global des investissements, y compris le développement futur du groupe, pourrait “grimper“ à 3,15 milliards de dollars. Suit une présentation du… président dont le nom n’est même pas cité. Puis une demande: “Nous souhaitons recevoir toutes les informations nécessaires et détaillées au sujet du groupe Samir“. Cette dernière demande semble être la raison réelle de ce courrier… rédigé sur papier à en tête.
Cet en-tête nous sera très précieux pour rechercher Anglo Energy dans le maquis des sociétés qui portent ce nom générique. Nous en identifions trois: une qui a été dissoute en 2010 et deux qui sont en sommeil.
Bref, telle est la situation ce mercredi 15 février 2017.
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