Orange Maroc: du rebranding vers l’opérateur de services
INTERVIEW. Mutation vers un opérateur de services, lancement d’une offre de sécurité pour les entreprises et positionnement sur le mobile paiement. Les détails de la feuille de route de Yves Gauthier, le DG d’Orange, après le bouclage du chantier de rebranding.
- Médias24: Votre focus après votre arrivée aux commandes était de réussir le rebranding Méditel en Orange Maroc. Un an après, quel bilan dressez-vous de ce chantier?
- Yves Gauthier: Le changement de marque et le repositionnement de l’opérateur sur le marché marocain étaient ma priorité depuis ma prise de fonctions en 2016.
Le défi premier était de revoir les offres et les processus pour nous aligner sur les standards du label Orange à travers nos filiales de par le monde. Il ne s’agit pas seulement d’un processus de changement de logo, mais surtout comment appréhender le client Orange d’une manière similaire et qualitative, indépendamment de sa localisation géographique.
Sur le plan opérationnel, nous avons réussi à baisser les tarifs du roaming international, à introduire le premier forfait à 49 DH et à lancer la smart recharge.
La data n’est pas en reste. Nous avons travaillé sur l’amélioration du taux de couverture de la population par notre réseau 4G et 3G.
Plus intéressant, notre mutation d’un opérateur mobile à un opérateur de services se confirme dans le segment entreprises (BtoB). Objectif: monter dans la chaîne de valeurs. C’est le cas de nos offres cloud et de services managés en capitalisant sur le savoir-faire de l’écosystème mondial d’Orange.
Certes, le fixe n’a pas connu le boom qui a marqué le segment mobile. Aujourd’hui, la stratégie d’Orange est claire: nous nous focalisons sur l’accélération du déploiement de la fibre optique pour une offre du haut débit accessible, mature et agressive sur le fixe.
Nous avons, déjà, lancé une offre fibre duo à 240 DH sur les grandes villes du Maroc, ce qui représente un avant-goût de nos futures offres liées à notre stratégie de déploiement rapide de la fibre optique.
Parallèlement, Orange capitalisera sur le partage d'infrastructures de fibres optiques avec des acteurs hors télécoms comme l’ONCF, ONEE et la Lydec.
- Sur la base de votre vision orientée services pour approcher le marché, quel regard portez-vous sur la politique publique dans le domaine des télécoms et des TIC pilotée par l’autorité de régulation ANRT?
- Sur la base de mon retour d’expériences en Tunisie et en Egypte, je peux reconnaître que le régulateur au Maroc est mature avec une vision claire sur le marché.
Il a privilégié, par exemple, le long terme pour le cas de l’octroi des licences 4G à des tarifs raisonnables ce qui a permis d’accélérer les investissements des opérateurs sur cette nouvelle infrastructure. Ce qui n’est pas le cas d’autres pays qui ont exigé des tickets d’entrée très chers au détriment de l’investissement post-octroi de la licence.
Même approche originale pour le service universel (SU). Le Maroc pousse les opérateurs à injecter les budgets du SU dans l’infrastructure pour avoir moins de zones blanches et démocratiser rapidement l’accès aux technologies à la plus large frange de la population.
Sur un autre registre, la décision d’avril dernier de l’ANRT relative à l'asymétrie tarifaire est courageuse pour éviter la guerre sur les prix et la tendance baissière des tarifs nuisibles aux investissements et à la profitabilité des opérateurs.
- Mais, au-delà de cette évaluation positive des actions de l’ANRT, il reste encore des axes d’amélioration pour booster le rôle de l’autorité de régulation qui stagne selon les analyses de plusieurs professionnels?
- Nous pensons qu’un bilan des lignes directrices de la feuille de route de l’année dernière serait une bonne chose pour mieux les adapter aux évolutions du marché.
Par ailleurs, la révision des prix minimum de la data se révèle importante pour la rentabilité des investissements réalisés par les opérateurs. Les prix sur le roaming national doivent, aussi, baisser pour disposer de prix économiquement viable qui permettra aux deux autres opérateurs d’utiliser les infrastructures de l’opérateur historique à des tarifs intéressants.
- Autre chantier majeur du marché TIC au Maroc, les préparatifs pour l’ouverture du segment du paiement mobile. Votre avis sur le déroulement de ce processus d’ouverture de cette niche à fort potentiel?
- Orange (ex Méditel) a déjà lancé une expérience en la matière. Nous croyons fermement au potentiel du marché du mobile money. Cependant, l’approche idéale est de créer l’écosystème et par la suite travailler sur l’interopérabilité entre les différents acteurs. Or, aujourd’hui, le comité en charge du dossier, piloté par Bank Al Maghrib, privilégie l’axe de l’interopérabilité, ce qui risque de pénaliser la dynamique du marché du paiement mobile à court terme.
Dans tous les cas, Orange capitalisera sur son expérience internationale pour se positionner comme contributeur à la création et à l'émergence de ce marché.
Yves Gauthier, un expert qui connaît bien le monde arabe
Diplômé de l’Institut National des Télécommunications d’Evry, Yves Gauthier a démarré sa carrière au sein d’Orange (ex-France Telecom) dans les équipes commerciales. Quelques années plus tard, il est nommé DGA et Directeur Commercial d’Orange Roumanie qu’il quittera en 2005 pour prendre la direction générale d’Orange Netherlands.
En 2007, il est nommé Directeur Général de Tunisiana qui sous sa direction est devenu leader du marché tunisien en quelques mois avec 56% de parts de marché. En 2012, il revient dans le Groupe Orange pour prendre en charge la plus importante filiale du Groupe dans la région Middle-East & Africa, Orange Egypte (ex-Mobinil) et ce jusqu’en 2016. Une filiale où il a mené avec succès plusieurs projets structurants et notamment le rebranding de Mobinil vers Orange Egypt.
En 2016, Yves Gauthier est nommé Directeur Général d’Orange au Maroc.
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