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Al Hoceima: Faut-il s'inquiéter? La réponse de la Moubadara civile de médiation

Face à une contestation qui ne semble pas faiblir, les 13 signataires d’un appel à négocier pour répondre aux revendications socio-économiques des manifestants vont envoyer dix de leurs membres sur place lundi 5 juin. Le porte-parole de cette mission et le président du mouvement Damir essayeront de désamorcer la crise en jouant un rôle d’interface entre l’Etat et les contestataires.

Al Hoceima: Faut-il s'inquiéter? La réponse de la Moubadara civile de médiation
Samir El Ouardighi
Le 30 mai 2017 à 16h09 | Modifié 11 avril 2021 à 2h41

Place à la médiation? Est-il possible de mener une médiation?

Les avis sont partagés. Des sources bien connectées à Al Hoceima et habituées de l'action politique, sont sceptiques: "les conditions d'une médiation ne sont pas réunies. D'un côté, les structures de médiation classiques ne fonctionnent pas ou sont affaiblies [partis, syndicats]. De l'autre, il n'y a jamais eu d'attitude acceptant un dialogue ou une médiation. Bien au contraire. Tout a été fait pour que cela échoue".

13 intellectuels et militants de la société civile ont pourtant décidé de tenter leur chance. Ils ont lancé la "Moubadara" [littéralement: l'initiative] et se sont engagés à jouer un rôle de facilitateurs.

Interrogé par Médias24, Mohamed Neshnash, porte-parole de ce comité de médiation et ancien président de l’OMDH, déclare qu’il se rendra lundi prochain à Al Hoceima avec neuf autres signataires de l'appel pour prendre contact avec les différentes parties.

Lire aussi : Al Hoceima: quelques leçons à retenir de la crise actuelle

Qualifiant de légitimes les manifestations et de bon signe pour la démocratie car elles traduisent la vitalité de la jeunesse locale, il ajoute cependant que l’Etat a déjà répondu aux demandes des manifestants en s’engageant à concrétiser rapidement la construction d’infrastructures sociales.

"Comme ce mouvement risque de s’élargir à d’autres régions qui ont aussi été négligées, nous voulons nous inscrire dans une dynamique d’apaisement même s’il n’y a pas de baguette magique pour satisfaire l’ensemble des revendications qui requièrent du temps", explique Neshnash

A la question de savoir si l’interpellation de Zefzafi ne va pas compliquer la tentative de médiation de la société civile, l’ex-membre de l’IER (instance équité et réconciliation) préfère attendre le verdict de la justice pour voir si le meneur de la contestation constitue toujours un interlocuteur incontournable.

Selon Salah El Ouadie qui préside l’association Damir, également membre de la Moubadara, la seule façon de circonscrire le mouvement de contestation est d’apporter une réponse immédiate et une autre sur le moyen-terme.

"La première consiste à satisfaire les revendications socio-économiques qui sont visibles et palpables. La seconde s’appuie sur la redynamisation du processus de réconciliation qui ne peut pas se faire de manière administrative. Les mieux placés pour y arriver sont les représentants de la société civile dont nous nous prévalons car nous n’avons pas de visées politiques ni de passif. Seule la neutralité pourra concourir à un consensus pour faire aboutir le processus", explique El Ouadie.

Selon lui, les premiers contacts établis sur place avec certains meneurs de la contestation semblent prometteurs car les interlocuteurs qu’ils ont identifiés "sont preneurs de l'initiative".

"Nous écouterons les porte-parole des manifestants, les élus, les responsables de l’administration mais aussi les proches de Zefzafi car il n’est pas question de marginaliser qui que ce soit. Les autorités seront informées en temps réel des progrès pour pouvoir jeter des ponts entre les antagonistes", précise le président de Damir.

Soucieux de la sauvegarde de l’ordre public, l’intellectuel poursuit que le processus de réconciliation ne pourra réussir que si la loi est strictement respectée par les contestataires et les forces de sécurité.

"En signe d’apaisement, nous avons réclamé la libération des jeunes interpelés mais les violences de part et d’autre ne peuvent pas rester sans réponse car il y a une responsabilité envers tout le pays. Si demain il y a une crise ailleurs, on nous reprochera d’avoir été indulgents avec les habitants du Rif", prévient le membre du comité civil de médiation et ex-détenu politique d’extrême-gauche.

Dans un deuxième communiqué qui sera rendu public ce mardi 30 mai, le comité de la moubadara juge inacceptable l’intrusion violente de Zefzafi dans une mosquée mais demande aussi qu’à l’avenir, le ministère des Habous évite de distribuer des prêches clivants voire provocateurs.

"C’est le manque d’encadrement politique qui lui a permis de prospérer car il suffit d’être un tribun populiste pour se connecter à sa population", conclut ce militant infatigable des droits humains.

Optimiste, le poète annonce qu’il se rendra à El Hoceima pour réactiver ses réseaux dans une ville qu’il connaît bien pour s’y être déplacé vingt cinq fois en voiture du temps où il travaillait avec le défunt Driss Benzekri au sein de l’IER qui avait traité plusieurs dossiers rifains des années de plomb.

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Samir El Ouardighi
Le 30 mai 2017 à 16h09

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