Al Hoceima: le Dr Nesh Nash décrit une situation bloquée mais reste optimiste
De retour d’une mission d’étude pour une médiation de la crise d’Al Hoceima par le collectif Al Moubadara, le Dr Nesh Nash dresse le tableau d’une situation de blocage mais reste “optimiste“.
Selon le Dr Mohamed Nesh Nash qui a séjourné à Al Hoceima dans le cadre de la mission Al Moubadara, “même dans les grandes guerres, les antagonistes finissent par s’asseoir autour de la même table et je fais confiance à la justice marocaine pour distinguer entre des auteurs de délits et de simples manifestants ou militants du Hirak“.
“La solution doit passer par la satisfaction des revendications économiques, sociales et culturelles et la libération des personnes arrêtées pour avoir exprimé librement leur opinion ou pour avoir manifesté pacifiquement“, a souligné par ailleurs le Dr Nesh Nash dans cette vidéo mise en ligne ce jeudi.
Arrivée sur place lundi 5 juin, la mission d’Al Moubadara qui a achevé sa première visite ce jeudi 8 juin, rencontrant des militants du Hirak, des élus, les familles des personnes emprisonnées, des membres de la société civile et les autorités publiques locales.
“Nous voulions savoir quels étaient les problèmes posés et les solutions possibles“, a indiqué le Dr Nesh Nash, médecin, militant des droits humains, lors d’un échange téléphonique avec Médias 24 ce jeudi après-midi.
Personne ne parle à personne
Constat premier du Dr Nesh Nash: “L’Etat ne parle pas au Hirak et le Hirak ne parle pas aux élus et aux représentants de l’Etat. Les accusations de trahison ont laissé des traces. Les élus se plaignent de leur côté d’être marginalisés par les autorités publiques perdant ainsi de leurs crédibilité et légitimité“.
Si le dialogue était déjà quasi-inexistant avant le 26 mai et les premières arrestations, “désormais les leaders et porte-paroles du Hirak sont tous en prison, ce qui crée une situation de blocage de fait“.
“Aujourd’hui, constate le Dr Nesh Nash, dans une petite ville comme Al Hoceima [56.000 habitants, NDLR] chaque famille a l’un de ses membres emprisonné ou a une famille voisine dont l’un des membres est emprisonné. Des revendications économiques et sociales, la première revendication désormais est de demander la libération des personnes emprisonnées“ à Al Hoceima ou à Casablanca.
Plus de 100 militants et militantes du Hirak et des manifestants ont été arrêtés depuis le 26 mai. “Les arrestations empêchent le dialogue“ constate le Dr Nesh Nash.
Sur la situation en ville, le Dr Nesh Nash parle de “normalité le jour jusqu’au soir où se produisent rassemblements et manifestations“. Le Dr Nesh Nash décrit une situation de crise économique avec une activité de la pêche qui tourne au ralenti et de moindres transferts financiers en provenance de l’étranger, une situation qui s’ajoute au transfert de l’administration régionale d’Al Hoceima à Tanger au cours des derniers mois et le transfert des éléments de la Marine royale vers Nador.
“L’enclavement de la ville est réel, note le Dr Nesh Nash et l’aéroport est en travaux“.
Interrogé au sujet du centre d’oncologie que les membres d’Al Moubadara ont visité et qui fait l’objet de vives polémiques depuis quelques semaines, le Dr Nesh Nash parle “d’un centre inauguré en 2008 mais dont l’équipement reste incomplet“. Mohamed Nesh Nash est l’un des premiers diplômés marocains en médecine de l’université de Madrid au début des années 1960 et un ancien président délégué du Croissant Rouge.
Trop d’arrestations?
Interrogé pour savoir quel était son sentiment au terme de ces quatre jours passés sur le terrain et de sa peinture d’un tableau peu réjouissant sur le terrain et entre les différents protagonistes, le Dr. Nesh Nash s’est dit toutefois optimiste.
“Je suis optimiste car même dans les grandes guerres, les protagonistes finissent par s’asseoir autour d’une même table“, a affirmé le médecin et militant des droits de l’homme. “De plus, ajoute-t-il, il ne faut pas oublier le rôle de la justice capable de faire la distinction entre des manifestants ou des militants arrêtés et des auteurs de délits“.
“S’il y a quatre ou cinq personnes à arrêter, souligne Nesh Nash, on n’en arrête pas 100. A la fin des rassemblements le soir, on voit des manifestants aller vers les forces de l’ordre et les saluer, et tout le monde rentre dormir chez soi“.
Le collectif Al Moubadara doit dans les prochains jours présenter un rapport et faire des propositions de sortie de crise.
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