Al Hoceima: La DGSN répond point par point aux accusations de violence
EXCLUSIF. Au 15ème jour des manifestations qui ont tourné à la confrontation après l’arrestation de Nasser Zefzafi, les accusations d’emploi disproportionné de la force fusent de la part du Hirak. Pour faire le point, Médias24 a contacté une source autorisée de la DGSN qui dément toute violence policière inutile. La personnalité interviewée n'a pas souhaité dévoiler son identité, mais elle s'exprime bien au nom de la DGSN.
Médias24: Quelles unités sécuritaires ont été envoyées pour encadrer les manifestations du Rif?
DGSN: Précisons d’abord que les forces de l’ordre ont été mobilisées à Al Hoceima pour garantir l’ordre public et pas pour réprimer les citoyens pacifiques. Notre priorité est donc la prévention et la protection des citoyens et des biens publics et privés.
Sur place, nous avons les groupements mobiles de maintien de l’ordre (GMMO) et les groupes d’intervention rapide (GIR) spécialisés en gestion démocratique des foules sur la voie publique.
Les premiers qui ont une vocation nationale sont à la disposition de l’administration centrale alors que les GIR, basés en préfecture, peuvent être mobilisés à tout moment par les préfets de police de chaque région.

-Combien d’éléments de la DGSN se trouvent à Al Hoceima?
-Je n’ai pas le chiffre exact mais l’effectif compte des renforts de maintien de l’ordre et des membres de la police locale.
Il y a des éléments des renseignements mais aussi de police judiciaire qui établissent les procès-verbaux d’arrestation, les auditions, les constats…
A celà, il faut ajouter une cellule locale de la police scientifique et technique qui a reçu des renforts pour identifier des individus, documenter des actes et recueillir les indices sur les scènes de crime.
-Combien avez-vous géré de manifestations au Rif depuis la mort tragique de Mohcine Fikri?
-Depuis le 28 octobre, nous avons dénombré 359 actions de protestations avec environ 70.000 manifestants en zone urbaine et rurale. Précisons que toutes ces manifestations n’ont pas été déclarées à l'avance.
-Elles sont donc illégales?
-Oui mais malgré cela, il n’y a eu aucune intervention policière ou utilisation intempestive de la force publique.
-Il y a quand même eu des cas où il y a eu des dérives de part ou d’autre?
-Dans la localité d’Imzouren, des manifestants ont attaqué dans l’après-midi du 26 Mars, le local d’hébergement des forces de l’ordre en y mettant le feu [ndlr: photo ci-dessous].
-Accident ou acte délibéré?
-Sans l’ombre d’un doute, c’est une tentative d’homicide volontaire avec préméditation car ils voulaient tuer les policiers en les brûlant dans leur habitation. Nous avons d’ailleurs interpellé 14 personnes suspectées d’avoir blessé 93 de nos éléments avant de les déférer à la justice.

-Comment ont-ils procédé?
-Ils ont d’abord mis le feu à une voiture de police et à un camion de transport garés en bas de l’immeuble puis ont lancé des cocktails molotov à l’intérieur des habitations. Après quoi, ils ont bloqué les voies d’accès du local et coupé la voie aux ambulanciers qui voulaient secourir les victimes.

-Quels types de blessures ont subi les policiers cernés par les flammes?
-Des brûlures aux mains pour ceux qui ont réussi à descendre de l’immeuble avec une corde et des fractures pour les autres qui n’ont eu d’autre choix que de se jeter dans le vide à partir du toit, pour éviter d’être brûlés vifs.
-Y a-t-il eu d’autres dérapages?
-Le jour où Zefzafi a interrompu le prêche de la mosquée et le lendemain (26 et 27 mai), il y a eu des actes de violence à Al Hoceima, Imzouren et Beni Bouayach.
Là encore, nous avons recensé 46 policiers blessés, dont un gravement par des jets de projectiles, et 25 voitures de police totalement incendiées.
-Vous avez procédé à des arrestations...
-Au départ, notre objectif était de disperser les manifestants mais nous avons fini par interpeler une vingtaine de fauteurs de trouble désireux d’en découdre avec nos éléments.
-Après l’arrestation de Zefzafi intervenue le 29 mai y a-t-il eu encore des heurts?
-Nous avons comptabilisé 13 policiers blessés à Imzouren dont plusieurs gravement par jets de pierres.
Malgré ces incidents à répétition et le fait que les manifestations soient devenues quotidiennes à Al Hoceima, Imzouren et Beni Bouayach, nous n’avons pas dévié de notre stratégie qui consiste à nous contenter de les recadrer tant qu’elles restent calmes.
-Que veut dire recadrer?
-Ne pas laisser sortir les cortèges des manifestations de leur parcours initial pour éviter les débordements et leur permettre de rester pacifiques.
-De quelle manière?
-En empêchant les fauteurs de troubles de prendre le dessus.
-Dans les événements que vous relatez, il y a eu des blessés côté manifestants ?
-Aucun, et ce n’est pas nous qui l’affirmons mais les registres des centres hospitaliers de la région et ceux des ambulanciers dispersés sur le parcours des manifestations qui n’ont transporté personne.
-Qu’avez-vous utilisé pour disperser les récalcitrants?
-Dans les rares cas où il y a eu des débordements, nous avons fait usage de bombes lacrymogènes mais il n’y a jamais eu d’utilisation d’armes à feu même pas de balles en caoutchouc.
Nous nous félicitons de la retenue de nos hommes car il faut préciser que nous n’avons pas toujours des enfants de chœur en face de nous. L’objectif était de disperser les manifestants là où il y a d’éventuels débordements violents. Je me répète mais nous sommes les seuls à avoir eu des blessés.
-Pourquoi un avocat de Meknès vous accuse de violences à son égard?
-Contrairement aux rumeurs, ce monsieur a eu une altercation avec un manifestant anti-hirak et pas avec nos éléments qui les ont séparés. Le barreau de Meknès a d’ailleurs publié un communiqué affirmant qu’il n’avait pas à s’exprimer en son nom sans l’aval du bâtonnier.de la ville.
-Que répondez-vous aux accusations d’emploi disproportionné de la force?
-Si c’était le cas, où sont les blessés? Hormis certains posts irresponsables sur les réseaux sociaux, y a-t-il eu des photos de victimes dans les manifestations de Rabat, Casablanca, Tanger…
-Vous réfutez les allégations d’avoir bousculé voire violenté des manifestants pacifiques?
-Il n’y a aucun fait avéré alors qu’à l’ère du digital, il est très facile de prouver ces accusations au demeurant fausses, avec des photos ou des vidéos de manifestants brutalisés.
En dehors des citoyens qui auraient pu le faire, aucun journaliste n’a publié de clichés prouvant que nous cachons la vérité.
Est-ce à dire que les médias nationaux et internationaux sont de notre côté alors que tout le monde sait qu’ils ne nous auraient pas épargnés?
-Selon vous, il n’y a donc eu aucune utilisation condamnable de la force publique...
-Quand vous devez disperser une foule agressive, en général les manifestants ne s’exécutent pas après une simple demande. Il faut donc user d’un minimum de force pour y arriver.
-Pourquoi disperser une manifestation pacifique comme à Rabat ou Casablanca?
-Parce que ce sont des manifestations non déclarées au préalable qui ont tourné à l’attroupement.
-Vous laissez faire celles de Al Hoceima qui ne bénéficient pas d’autorisation préfectorale et vous intervenez ailleurs. Pourquoi ce deux poids deux mesures?
-Pour la simple raison que dans les villes que vous avez citées, les manifestants ont bloqué la voie publique.
Juste à Rabat, il y a près de 30 actions quotidiennes de protestation (diplômés chômeurs …) sur l’avenue Mohammed V mais on ne disperse que celles qui font des va-et-vient sur la voie publique et impactent donc la fluidité de la circulation routière.
Nous intervenons uniquement quand il y a risque de bavures et quand on localise des fauteurs de trouble ou des mineurs.
-Pourquoi les mineurs?
-D’expérience, nous savons que tous les dérapages sont possibles en cas de présence d’adolescents dans une manifestation.
Tous les polices du monde savent que le risque que la situation dégénère s’accroît avec un attroupement de mineurs. Notre action de dispersion se veut donc préventive car ils peuvent s’avérer incontrôlables voire dangereux pour eux-mêmes et pour les autres.

-Exhiber le drapeau du Rif est-il un motif pour charger la foule?
-Pas du tout car depuis la mort tragique du poissonnier Fikri, les manifestants ont toujours défilé, sans encombre, avec ce drapeau.
Quand il y a dérapage, entrave à la libre circulation ou menace à l’ordre public, nous n’hésitons pas à intervenir mais cela ne nous empêche pas de respecter le Dahir des libertés publiques qui protège les manifestants.
-Comment dispersez-vous une foule menaçante ou gênante pour la circulation?
-Il y a toujours plusieurs sommations préalables. En cas de refus de se plier à nos injonctions, nous utilisons le déplacement massif de nos unités qui dispersent en rang serré les manifestants.
Ainsi, lorsque la situation a vraiment dérapé à Imzouren, nous avons été contraints de faire usage de canons à eau pour dégager les barricades que les manifestants avaient installé sur la voie publique. Au pire des cas, nous utilisons des gaz lacrymogènes.
-Qui étaient les manifestants qui ont voulu brûler vivants les policiers à Imzouren?
-La justice déterminera leur motivation et qui ils sont mais si les renforts n’avaient pas intervenu rapidement, près de 100 policiers auraient péri après avoir été piégés dans leur logement de fonction.
-L’avocat de Zefzafi affirme que son client porte des traces des coups assénés par vos éléments...
-Cette déclaration est en contradiction totale avec l’article 66 du code de procédure pénale qui stipule qu’il n’a pas le droit de faire état de ses communications avec son client avant la fin du délai de garde à vue. Le législateur l’a prévue pour éviter de griller les pistes de l’enquête ou alerter des complices en fuite.
-Si ces violences sont avérées, comment les expliquez-vous?
-Il faut faire la distinction entre les traces de violence et celles issues de la résistance des suspects pendant leur interpellation.
S’ils subissent des violences volontaires par les forces de l’ordre, ce sont des abus punissables par la loi.
Quand on frappe un individu soupçonné de crime pour avouer un forfait, c’est clairement de la torture mais s’il ne se laisse pas faire lors de son arrestation, ce n’est plus de la violence mais une situation de résistance.
-Zefzafi est donc responsable des coups qu’il a reçus...
-Je dois rappeler que quand le procureur a donné l’ordre de l’interpeler le 26 mai dernier, Zefzafi a opté pour la fuite et n’a pu être arrêté que trois jours plus tard soit le 29 du même mois.
Selon nos informations recueillies avant l’arrestation, il était accompagné de 4 gardes du corps rompus aux arts martiaux. De plus, nous avons appris que des réseaux criminels transnationaux avaient l’intention de l’exfiltrer à Melilia. La situation était donc potentiellement dangereuse avec un individu n'ayant pas l'intention de se rendre et désireux de fuir.
Disposant de tous ces éléments, la Brigade de recherche et d’intervention a été chargée de procéder à son arrestation qui ne s’annonçait pas du tout simple.
Au moment de l’arrêter, ses accompagnateurs ont fait barrage et il y a eu un affrontement physique. Les traces qu’il porte au visage sont donc des traces de résistance consécutives à une interpellation musclée.
Celà a d’ailleurs été confirmé par le médecin qui l’a examiné à la BNPJ car l’expertise médicale a montré que ses hématomes à l’œil et à la tête remontent au moment de son interpellation. Lui-même a affirmé qu’il n’avait pas fait l’objet de violences lors de sa garde à vue.
-Son avocat affirme qu’il a été insulté et qu’on lui a inséré une chaussette sale dans la bouche...
-C'est de bonne guerre car en général les suspects ne reconnaissent jamais avoir été interpelés dans les règles de l’art. En outre, il faut préciser que Zefzafi n’a pas fait personnellement ces déclarations et que plusieurs familles d'interpelés ont demandé à leurs avocats d’éviter de mettre de l’huile sur le feu et certaines les ont même récusés.
-Zefzafi a-t-il porté plainte contre vos services pour maltraitance?
-Ni lui ni ses 20 co-accusés. Après leur arrestation, ils ont bénéficié de toutes les garanties du code de procédure pénale pour écarter les accusations d’enlèvement ou de torture. Les gardés à vue ont tous passé un coup de téléphone à leurs parents pour les rassurer, ont reçu la visite d’un avocat et même d’un médecin.
S’ils avaient été malmenés voire torturés pendant leur garde à vue, leurs avocats auraient demandé une copie de l’expertise médicale que le juge d’instruction a ordonnée le 5 juin, pour la contester.
-Y a-t-il eu des sanctions contre des policiers qui perdent leur sang froid (insultes…)?
-Dans les manifestations d’Al Hoceima, nous n’avons recensé aucun cas qui nécessitait des sanctions mais il y a eu des cas où les encadrants ont dû retirer des éléments énervés après avoir été harcelés.
-Quel est le cadre juridique pour charger une foule?
-Dans la gestion des attroupements, il y a deux éléments diamétralement opposés qu’il faut ménager et équilibrer: préserver l’ordre public et respecter les libertés individuelles. C’est une problématique qui existe dans le monde entier.
Le Dahir des libertés publiques amendé depuis sa création en 1958 énonce que chaque manifestation doit être déclarée au préalable auprès des autorités locales. Sans déclaration, ce n’est plus une manifestation mais un attroupement. La Constitution de 2011 dit que les attroupements sont légaux sauf quand ils deviennent armés ou portent atteinte à l’ordre public.
Dans ce cas, le Chef d’arrondissement doit faire 3 sommations par mégaphone pour prévenir que l’attroupement est illégal et que la force publique va être utilisée incessament pour disperser les manifestants.
-A qui appartient la décision de charger la foule?
-Les éléments du maintien de l’ordre sont une force d’exécution placée sous le contrôle des walis et des gouverneurs qui décident seuls d’intervenir ou pas. Ce sont donc les autorités locales qui prennent cette décision. Du côté de la justice, nous ne contactons le procureur que quand l’attroupement devient violent et qu’ il y a de la casse. En outre, s'il y a des arrestations , nous avons également l’obligation de l’aviser.
-Où se trouve le quartier général qui coordonne vos actions sur le terrain?
-Toutes les opérations sont coordonnées par un commandement qui se trouve à Al Hoceima pour éviter les bavures et faire les choses dans les normes.
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