Flexibilité des changes: “il n'y aura pas de dévaluation”
Le récit d'une folle journée, ce lundi 19 juin, dans les salles de marchés. L'imminence de la flexibilisation des changes a provoqué une anticipation de décote du Dirham et une ruée vers les couvertures. Une source de haut niveau nous indique qu'il n'y aura ni décote ni dévaluation et qu'en tout état de cause, la libéralisation ne concerne qu'une étroite bande de flucutuation.
Journée agitée ce lundi 19 juin sur la place casablancaise, notamment dans les salles de marché des banques et chez une partie des importateurs.
Ce lundi donc, des importateurs connus qui voulaient couvrir leurs importations à terme, n’ont pas été servis par leurs banques. Seules les importations spot ont été acceptées aux conditions habituelles.
Toutes les banques n’ont pas eu ces réactions. Mais certaines, de premier plan, l’ont fait.
Les prétextes étaient multiples, ils ont été livrés oralement: la Banque centrale aurait fermé le robinet des devises, il y aurait un tarissement des réserves de change, etc…
Chez les importateurs, on constate depuis plusieurs jours, une crainte de la dévaluation. Certaines sources évoquent une psychose.
Au fur et à mesure qu’approche l’échéance supposée de l’entrée en vigueur de la flexibilisation des changes, le risque de décote du Dirham est avancé.
Et qui dit risque de décote, dit couverture du risque de change. Et donc, une intéressante marge pour les établissements bancaires.
Tout cela est “naturel, légitime et sain,“ estime une source de premier plan à Rabat jointe par Médias24. “Il y a problème lorsque le risque de dévaluation est agité d’une manière délibérée pour pouvoir vendre les couvertures au plus haut“, ajoute notre source.
Médias24 a contacté plusieurs banques de la place ainsi que des importateurs de premier plan.
Interrogées officiellement par notre journal, les banques font systématiquement une réponse “politiquement correcte“: "nous cotons n’importe quelle demande et la livrons aux conditions habituelles“.
Les opérateurs disent le contraire. Plusieurs cas de refus (sauf à passer des opérations spot), ont été constatés par nos soins, pour des montants généralement considérés comme sans problèmes, inférieurs à 500.000 euros.
L’un des dirigeants de l’une des plus importantes salles de marchés nous explique alors que la place vit des tensions importantes mais “prévisibles“ en raison de la proximité de la flexibilisation du régime des changes. Il y a une relative ruée vers les couvertures, de crainte d’une baisse de la valeur du Dirham.
Selon des sources professionnelles, la Banque centrale a effectivement réduit les disponibilités en devises pour les opérations de couverture. Cette information n’a pu être confirmée auprès de Bank Al-Maghrib. La Banque centrale tient demain mardi son conseil trimestriel. Traditionnellement, une banque centrale ne s'exprime jamais la veille de son conseil.
Une source de haut niveau ne comprend pas que les banques puissent “conseiller à leurs clients des instruments qui anticipent une correction créant une bulle d’inquiétude injustifiée et exerçant une pression sur les réserves de changes.“

Décélération des réserves de change (trait bleu) accentuée au cours des derniers mois par des transferts de gros dividendes, le dénouement de l'achat de la Barclays Egypt et le désengagement de la SFI de la Banque Populaire.
La même source ajoute “qu’il est erroné de tabler sur une baisse du Dirham, pour la simple raison que la bande de fluctuation du Dirham sera très étroite. A titre de simple exemple, si elle est de ± 2,5%, au pire la baisse sera de 2,5%“.
Selon notre source:
-il n’y aura pas de dévaluation avant la flexibilisation;
-il n’y aura pas de correction à la baisse de la valeur du Dirham, car tous les fondamentaux sont bons.
En d’autres termes, ceux qui paient à un prix élevé des couvertures inutiles, vont simplement subir des surcoûts.
Sur le marché, les rumeurs couraient toute cette journée du lundi, évoquant une dévaluation imminente, un épuisement des réserves de change, une forte correction du Dirham ou un report sine die de la flexibilisation. Aucune de ces rumeurs ne paraît fondée.
Le gouverneur de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, recevra ce mardi la presse à l'issue du conseil trimestriel de Bank Al Maghrib et répondra à une série de questions dont tout le monde attend les réponses.
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