Passage “imminent” à la flexibilisation des changes
Une source de haut niveau a déclaré à Médias24 que le passage au nouveau régime de flexibilité progressive est "imminent". Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale, a annoncé une conférence de presse pour fin juin, conjointement avec Mohamed Boussaid, pour annoncer la date de l'entrée en vigueur effective.
Les deux questions essentielles au sujet de la flexibilité attendent toujours réponse. Il s'agit de la date et de la largeur de la bande de fluctuation.
La date sera annoncée conjointement par les autorités: ce sera une conférence de presse commune qui sera donnée par le wali de la Banque centrale et le ministre des Finances Mohamed Boussaid.
Jouahri annonce cette conférence pour fin juin. Une source de haut niveau indique à Médias24 un passage "imminent" vers le nouveau régime de change. L'hypothèse la plus probable est donc le vendredi 30 juin après-midi pour la conférence de presse et une entrée en vigueur du nouveau régime le lundi 3 juillet. Cette date commence à circuler sur la place de Casablanca en tant que scénario le plus probable.
La seconde question concerne la largeur de la bande de fluctuation. Elle sera connue le jour de la conférence ou plus tard. Mais pas avant. C'est ce qu'a indiqué Jouahri aux journalistes ce mardi 20 juin.
Dévaluation, correction, dépréciation...
Malgré le jeûne et la chaleur, ce fut un Jouahri volubile et en grande forme qui a reçu la presse ce mardi.
Depuis quelques jours, une question était sur toutes les lèvres: la flexibilisation sera-t-elle accompagnée ou précédée d'une dévaluation? Cela fut le cas en effet dans tous les pays qui ont quitté le régime de taux fixe pour un régime flexible. Les exemples les plus proches de nous sont ceux de l'Egypte et de la Turquie.
Manifestement, des opérateurs économiques ont anticipé une dévaluation imminente qui accompagnerait ou précèderait la flexibilisation. Ces opérateurs ont-ils été poussés par leurs banques? Une espèce de psychose de la dévaluation s'est installée, de sorte que les devises quotidiennement servies par les banques au cours des dernières semaines ont atteint le chiffre moyen record de 1,2 milliard de DH. Une partie concerne des dividendes (par exemple Maroc Telecom ou Total) ou encore d'autres opérations qui se sont naturellement dénouées comme le rachat de la Barclays.
D'autres sont des opérations inhabituelles et nombreuses de couverture du risque de change. Jouahri a révélé le chiffre de 44 milliards de DH de baisse des réserves de change sur la période mai-juin.
Jouahri n'en démord pas, et il met dans la balance sa crédibilité personnelle et professionnelle. Il en fait presqu'une affaire personnelle: il n'y aura pas de dévaluation, promet-il.
A l'écouter, on a du mal à avoir le moindre doute, surtout que sa démonstration est limpide: tous les pré-requis ont été satisfaits, les fondamentaux sont solides, une dévaluation serait contre-productive pour l'économie, la flexibilisation est une décision, un processus volontaire, qui n'est dictée par aucune partie et surtout pas le FMI. Tout indique que les événements lui donneront raison.
Par contre, une précision essentielle s'impose: il n'y aura pas de dévaluation, certes. La dévaluation est une décision volontaire de baisser la valeur de la monnaie nationale dans un régime de taux fixe.
Par contre, dès la flexibilisation, le Dirham pourrait baisser... dans la limite de la bande de fluctuation, qui sera étroite au démarrage. Dans ce cas, on parle de correction ou de dépréciation.
Bref, pas de dévaluation mais la monnaie pourrait perdre quelques points. La largeur de la bande de fluctuation est un secret. Donc, le risque à ce stade n'est pas commnu.
Une spéculation contre la monnaie nationale
A ce stade, les éléments disponibles collectés auprès du wali de Bank Al Maghrib comme auprès des banques ou des opérateurs, ne permettent pas de reconstituer tout ce qui s'est passé. Une seule certitude: Jouahri dispose d'éléments lui permettant de conclure qu'il y a eu des spéculations de grande ampleur contre le Dirham. En d'autres termes, de nombreux opérateurs ont pris des couvertures injustifiées par leurs activités passées, et de grande ampleur, contre une baisse importante du Dirham, sous forme de dévaluation. Jouahri dit qu'il a une idée du montant de la baisse supposée mais il a refusé de livrer le chiffre.
Jouahri et d'autres responsables de l'Etat pensent qu'il y a eu de la part des banques, une instrumentalisation des possibilités de couverture dans une optique de spéculation. Les choses ne sont pas exactement exprimées en ces termes. Du moins, dans les prises de parole publiques.
En tous les cas, Jouahri n'a pas mâché ses mots, ni devant la presse, ni lorsqu'il a pris son téléphone lundi et a appelé les présidents des banques. "Ils me connaissent, ils ont compris", ajoute Jouahri. "Je suis très mécontent". Il est en colère, il ne le cache pas. C'est comme si on mettait en doute la crédibilité des autorités monétaires et des engagements pris. Aucune autorité monétaire au monde n'accepterait que des banques soient à l'origine d'une spéculation contre la monnaie nationale. D'où sa colère.
Jouahri tempère et nuance, à la fin de la conférence de presse: "c'est la première fois que je suis mécontent, d'habitude c'est le contraire". Tant mieux.
Cela étant dit, pourquoi une colère au point de réduire de moitié les montants quotidiens alloués aux banques? Après tout, puisque la flexibilisation est imminente, ces sorties de devises ne sont que des avances sur de futurs achats.
Et demain? A cetteque de change? pourquoi ne pas les servir? "Jamais je n'ai fermé ma porte à un opérateur". Un importateur qui a l'habitude de se couvrir doit être servi par sa banque, nosu question insistante de Médias24, Jouahri répond que les banques l'ont compris, et que tout va rentrer dans l'ordre. Et les importateurs qui ont l'habitude de couvrir contre le risque nous répond un autre responsable de la Banque centrale.
A priori, mercredi matin dans les salles de marché des banques marocaines, la situation devrait être plus détendue.
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